[Enfin, pour être plus exacte, aujourd'hui, Pétronille s'apprête à faire du sport, ce qui signifie qu'elle va d'abord s'acheter le matériel adéquat, et tâter le terrain].
Mais pourquoi, se demande le lecteur ébahi, ce soudain désir de transpirer dans un justaucorps trop serré ?
D'abord, parce que, n'en déplaise aux mauvaises langues, Pétronille est une sportive.
Oui, m'sieurs dames.
Et elle l'a prouvé à maintes reprises, en s'explosant les genoux sur les pierres glissantes des montagnes norvégiennes, en se tapant un coup de soleil au cours de l'ascension du pog de Montségur, en respirant les pots d'échappement des bus sur les pistes cyclables parisiennes, et en faisant le cobra de manière fort élégante pendant ses cours de yoga sur des tapis de sol qui sentent les pieds.
Ca vous en bouche un coin, ça, hein ?
La seconde raison, s'il vous en faut absolument une autre, c'est cette fameuse épreuve de l'essayage de maillot de bain en milieu hostile (à savoir, la lumière blafarde des cabines d'essayage) qui a convaincu Pétronille qu'un peu de muscle en certains endroits ne serait peut-être pas du luxe.
De peur de perdre ces bonnes résolutions aussi sec et de finir vautrée sur le canapé avec un paquet d'oursons en guimauve, Pétronille s'est donc empressée de se jeter dans le premier magasin de sport venu, errant entre les tutus de danse et les gilets de pêcheurs jusqu'à ce qu'elle entre dans le saint des saints : le rayon fitness.
Rayon, c'est beaucoup dire, hein. La partie fitness, c'est en fait trois crochets où pendouillent quelques accessoires aux formes barabres entre les vélos d'appartement.
Ce qui est bien, avec les accessoires de fitness, c'est justement qu'on n'a aucune idée de la manière de s'en servir, qu'ils sont vendus sans aucune explication (mais avec une belle photo des abdos que vous pourriez avoir si la génétique avait été clémente avec vous, présentés sur une fille pourvue d'une queue de cheval et d'un beau bandeau jaune en mousse - peut-être que le port du bandeau jaune suffirait à faire illusion sur Pétronille ? Mmmf).
Alors, vous vous dirigez plutôt vers des choses plus familières, comme les petites haltères, toutes mignonnes avec leurs jolis coloris. Vous soupesez, vous vous tordez un peu le poignet, vous hésitez : 500g ou 1 kg pour commencer ? Le mieux est encore de demander à la vendeuse.
Laquelle, évidemment, quand vous l'entraînez vers le rayon fitness, évalue d'un coup d'oeil professionnel votre silhouette, son regard englobant le sac contenant votre maillot de bain (elle a compris, vous ne devez pas être la première cabine-d'essayageophobe à se pointer ici).
"Je ne sais pas quelle poids je dois prendre pour les haltères", dites-vous avec vos grands yeux de femme flasque et désespérée.
Elle agrippe vigoureusement les 2 kg : "pour commencer, celles-ci sont pas mal".
Ah ?
Exit, les 500g, donc. Petite joueuse, Pétronille.
"Et ces...euh...trucs, là ? [des élastiques roses pourvus de poignées, certains ronds, d'autres carrés, mais qu'est-ce que c'est ???]"
"Ca c'est idéal pour muscler tout le corps, le buste, les bras, les jambes [dit-elle en examinant au passage toutes ces parties du corps d'un air de penser qu'il y a du boulot]"
"Ah ? Et...euh...comment on s'en sert ?"
Il s'avère que ces...euh...trucs là, personne ne sait comment ce qu'il faut en faire. La vendeuse, perplexe, retourne le bout de plastique dans tous les sens. Aucune explication nulle part, si ce n'est un gros encadré rouge signalant que vous ne devez, sous aucun prétexte, faire du sport tout seul si vous avez plus de 35 ans. Donc, si j'achète ces élastiques, j'ai plus de chances de me coincer le dos, de faire une crise cardiaque, ou, plus simplement de finir par les transformer en corde à linge, que de parvenir à me muscler une quelconque partie du corps avec. Et tout ça pour la modique somme [tenez-vous bien Maryse] de 39,99 €, une affaire.
Je laisse tomber les élastiques, je fais un compromis sur les haltères [1,5 kg] et je prends un tapis de sol à 3 euros pour la bonne bouche, histoire de me remettre au yoga.
Après tout, faire la "flûte de Krishna" me semble tout à fait approprié au contexte Greensleevien de mon appartement, et si j'arrive à faire le vide dans mon esprit tout en me passant un mollet derrière l'oreille alors que la voisinette s'essouffle dans sa flûte à bec, j'aurai gagné en sérénité et sagesse.
Tout ces événements émouvants se sont déroulés il y a 4 jours déjà. Depuis, le tapis de sol trône dans son emballage au milieu de la chambre et les haltères sont du plus bel effet sur la table de chevet. Promis, je m'y mets, je m'y mets, je m'y mets.
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