Aujourd’hui Pétronille (moi, donc) inaugure une nouvelle catégorie pleine de promesses,
intitulée sobrement mais néanmoins avec un judicieux sens de l'à-propos « Pétronille dans le 16e arrondissement ». Car, depuis quelques jours qu’elle commence à se
familiariser avec son nouveau quartier, Pétronille ne peut s’empêcher de noter quelques différences surprenantes avec l'ancien.
Ainsi, aujourd’hui, Pétronille a fait des courses dans le 16e.
Première constatation qui s’impose : ne jamais, jamais, jamais, imaginer qu’il est possible de faire quelques petites courses d’appoint dans la supérette du bout de la rue (et encore moins dans l’épicerie). Car pour pouvoir vous payer un paquet de pâtes, une motte de beurre et une boîte de thon, vous aurez été obligés de revendre au préalable vos organes inutiles (ou amochés...comme, par exemple, au hasard, euh...le foie) sur e-bay.
Donc, il faut se rabattre sur un supermarché plus grand, habilement dissimulé dans une petite rue sombre que Pétronille met des heures à retrouver à chaque fois, suivant les gens portant des sacs plastique, croyant reconnaître le bon croisement, et se paumant, il faut bien le dire, à tous les coups.
Les rayons y sont identiques à n’importe quel supermarché. Ce qui diffère, ce sont les gens,
la faune locale, quoi. Le midi, les gens chic en costume cravate viennent se mêler au commun des mortels et remplir leur caddie de mini sushi pour déjeuner sur le pouce en toute simplicité. Les
jeunes gens arborent un brushing que n’aurait pas renié Patrick Swayze au temps de sa splendeur, mais avec juste ce qu’il faut de boucles folles pour leur donner un air romantico-rebelle digne
d’un jeune Werther souffreteux, en plus blasé. Et les dames, ah les dames, tout un poème. Elles ont toutes ce teint orange censé leur donner l’air de rentrer de la Côte d’Azur (Pétronille
envisage de consacrer un article entier à ce mystère insondable : mais pourquoi toutes les femmes ici, quel que soit leur âge, sont orange ??? Merci de m'écrire si vous avez la réponse, je n'en
dors plus), et la moitié d’entre elles sont revêtues de fourrures, avançant au son clinquant de leurs bijoux qui s’entrechoquent. Leur fidèle petit chien bien peigné est assis dans le caddie à la
place réservée aux enfants et menace de vous arracher un doigt si vous avez le malheur de vous approcher un peu trop près pour attraper un paquet de gâteaux. La palme revient à une grande et
vieille dame à la queue de cheval blonde virevoltante, engoncée dans un manteau de vison, tendant un doigt crochu vers Pétronille et lui ordonnant prestement de lui lire le prix d’un article,
« il fait trop sombre ici, voyez-vous, je ne peux pas déchiffrer ». Forcément, elle fait ses courses en lunettes de soleil Ch*nel… !
C’est bien simple, on se croirait à un défilé de mode tellement les gens font la
gueule. La dame en vison vous passe évidemment (mais élégamment) devant à la caisse parce qu’elle a 2 articles de moins que vous (elle le sait, elle a compté) et qu’elle ne veut pas
attendre.
Heureusement, on croise quand même de petites dames souriantes, qui vous prédisent le temps qu'il fera en fonction du calendrier des saints à coups de dictons bien sentis, et c'est toujours bon de savoir si on devra porter une jupe ou un pantalon le lendemain, non ? C'est ça aussi, la magie des courses dans le 16e arrondissement...
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