Ah, la BNF... Tout un poème. Lorsque plus jeune, et donc plus innocente, Pétronille fréquentait les bibliothèques municipales et archives départementales (peuplées de grands-mères généalogistes qui aimaient à se retrouver pour commenter à voix haute les problèmes d'infertilité de leur gendre et les pustules de la voisine), elle aimait à rêver qu'un jour elle aussi, elle travaillerait sous la lumière douceâtre des lampes vertes, dans le confort et les odeurs de cuir.
Mais la BNF, ça se mérite, lecteurs, ça se mérite. Et entre le moment où vous fermez votre porte et celui où vous vous asseyez enfin devant votre livre, il s'en est passé des choses...et du temps !
Mais jugez plutôt. D'abord, la BNF, c'est loin. Vous me direz, c'est relatif, évidemment, mais pour Pétronille, aller à la BNF, ça veut déjà dire se taper 40 mn de métro avec l'ordinateur dans le dos, et avec changements s'il vous plaît, ce qui implique de monter des marches, en descendre d'autres, en remonter, car vos savez bien, lecteurs parisiens, que les escalators dans le métro sont toujours en panne.
Une fois arrivée à bon port, il y a encore des marches, puisque les 4 tours sont montées sur une estrade en bois, casse-gueule au possible par temps de pluie, rejetant des bouffées d'air chaud en pleine canicule, sans un poil d'ombre ou d'abri. Bref, passons. Essoufflée, mais la cuisse alerte, Pétronille, après tous ces escaliers, redescend ensuite jusqu'à l'entrée, où un monsieur étudie le contenu de son sac et la passe au détecteur de métaux.
Vous la croyez arrivée ? Que nenni ! Il faut encore laisser son sac au vestiaire, et mettre ses affaires essentielles dans un sac en plastique transparent, qui montre à tous vos vieux mouchoirs en papier et autres stylos rognés.
C'est le moment d'aller retrouver la place que Pétronille a préalablement réservée, des jours à l'avance, sur internet. Il faut pour cela passer un premier tourniquet en y insérant la carte de lecteur. Puis pousser une lourde porte métallique qui ouvre sur un sas, tirer une seconde porte (et se déboîter l'épaule au passage), pour se retrouver dans un paradis de béton et de lumière artificielle, muni d'un escalator qui vous fait descendre dans les entrailles de la bête...et encore un second escalator, un second tourniquet, un troisième tourniquet, une autre porte à pousser, un nouveau sas, une autre porte à tirer (qui achève définitivement votre épaule). Après tout ça, il faut reprendre et son souffle, et sa contenance, prendre vite fait un rendez-vous chez le kiné pour son épaule, et traverser les couloirs à la recherche de sa salle.
Vous noterez donc, lecteurs, qu'entre le moment où vous arrivez devant l'entrée, et le moment où vous vous asseyez, il peut se passer un temps relativement long, pour finir par se retrouver à côté d'une fille qui écoute du Wagner à fond dans ses écouteurs, et d'un monsieur qui pousse des gémissements dans son sommeil, tout cela sans lampe verte et sans cuir, mais plutôt entourée de béton armé grisâtre, avec une pointe de lumière du jour qui filtre par-dessus les cloisons de bois.
Je ne vous parle même pas (mais en fait, si, je m'apprête à le faire), des toilettes, dans la mesure où il vous faut prévoir à l'avance que vous aurez envie de faire pipi dans 10 minutes, car le temps de retraverser le couloir et de passer les deux portes, le sas, le tourniquet, et d'emprunter un nouveau couloir vers les bas-fonds dignes des buanderies des films d'horreur américains où l'héroïne aime à faire sa lessive vers 2 heures du matin alors que tout le monde sait que le FBI recherche un dangereux psychopathe, les accidents arrivent vite... C'est ça aussi, les joies du travail en bibliothèque...
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