Quand on est une gentille provinciale pétronillesque, élevée au grand air comme tout poulet label rouge qui se respecte, et qu'on a passé une enfance à courir dans les champs parmi les sauterelles, les genoux écorchés et boursouflés par les orties, se retrouver à Paris peut provoquer un choc culturel (sans parler du choc microbien) un peu violent.
Non pas que Pétronille ait passé sa vie dans une ferme. Elle a vécu jusqu'à il y a peu dans une ville de province, avec sa grande rue principale, ses quartiers XVIe siècle, ses terrasses ensoleillées, et ses étudiants qui pouvaient la voir sortir les poubelles en chaussons orange ou rentrer passablement éméchée à 4 heures du matin. C'est ça aussi, la joie des petites villes.
Et puis voilà que Pétronille se retrouve propulsée à Paris. Une fois que son nez a cessé de piquer et ses yeux de pleurer tout seuls, elle a pu apprivoiser sa nouvelle vie. Notez qu'en général, elle en vit surtout les bons côtés : virées en vélo, sushis le dimanche, pique-niques au bord de l'eau, bouquinistes poussiéreux, baisers sur les ponts, théâtres et expos, bières apéritives et j'en passe.
Mais bon, il ne faut pas se leurrer, hein, chers lecteurs : pour vouloir vivre à Paris toute sa vie, il faut être parisien (ou cinglé). Pour vouloir dépenser 800 euros de loyer pour vivoter dans 30 m² avec homme et enfants ; pour ne pouvoir sortir un peu les gamins le dimanche que dans le square au bord du boulevard, parmi les canettes et les nuées de pots d'échappement ; pour vouloir perdre 3 heures par jour dans des RER bondés et suintants de transpiration, il faut être parisien, y'a pas à tortiller.
D'où le plan B pétronillesque, qui est de filer se la couler douce parmi les ours et les caribous. Alors bien sûr, tout le monde lui dit "mais tu as pensé à l'hiver ???", sur un ton hystérique (Tante Suzon, flocons-de-neigeophobe), angoissé (Maman, qui tricote déjà fiévreusement des chaussettes en grosse laine) ou amusé (les copains, qui l'imaginent déjà avec des stalactites miniatures collés au bout du nez, roulée dans une peau d'orignal, distribuant à la ronde ses miasmes phtisiques à chaque éternuement).
Alors bien sûr, tout le monde lui dit "mais c'est drôlement loin", sur un ton catastrophé (Maman, sentant bien qu'il lui sera plus difficile de me mijoter des tomates farcies le samedi midi) ou enjoué (les copains, qui se voient déjà débarquer pour les vacances et envoyer des cartes postales tachées de sirop d'érable à leurs péquenots d'amis faisant du camping derrière les hôtels bétonnés de la Costa del Sol).
Mais bon, c'est parti pour l'aventure, comme disent les héros à grosses mâchoires à de frêles héroïnes toutes en blondeur évanescente dans les mauvais téléfilms. Et l'aventure commence dès maintenant, car ce n'est pas une mince affaire, de partir, et avant de se faire arracher un bras (le gauche, espérons) par un ours, il y a des formalités à remplir, ce que Pétronille vous contera dans un prochain article, car pour l'heure elle doit courir s'acheter des boules quiès pour cesser d'entendre Monsieur Alf imiter d'une voix rauque le bruit de la perceuse.
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