Un peu d'Allen fraîche

"L'argent est préférable à la pauvreté, ne serait-ce que pour des raisons financières" Woody Allen.
Vendredi 21 septembre 2007

Quand on est une gentille provinciale pétronillesque, élevée au grand air comme tout poulet label rouge qui se respecte, et qu'on a passé une enfance à courir dans les champs parmi les sauterelles, les genoux écorchés et boursouflés par les orties, se retrouver à Paris peut provoquer un choc culturel (sans parler du choc microbien) un peu violent.

Non pas que Pétronille ait passé sa vie dans une ferme. Elle a vécu jusqu'à il y a peu dans une ville de province, avec sa grande rue principale, ses quartiers XVIe siècle, ses terrasses ensoleillées, et ses étudiants qui pouvaient la voir sortir les poubelles en chaussons orange ou rentrer passablement éméchée à 4 heures du matin. C'est ça aussi, la joie des petites villes.

Et puis voilà que Pétronille se retrouve propulsée à Paris. Une fois que son nez a cessé de piquer et ses yeux de pleurer tout seuls, elle a pu apprivoiser sa nouvelle vie. Notez qu'en général, elle en vit surtout les bons côtés : virées en vélo, sushis le dimanche, pique-niques au bord de l'eau, bouquinistes poussiéreux, baisers sur les ponts, théâtres et expos, bières apéritives et j'en passe.

Mais bon, il ne faut pas se leurrer, hein, chers lecteurs : pour vouloir vivre à Paris toute sa vie, il faut être parisien (ou cinglé). Pour vouloir dépenser 800 euros de loyer pour vivoter dans 30 m² avec homme et enfants ; pour ne pouvoir sortir un peu les gamins le dimanche que dans le square au bord du boulevard, parmi les canettes et les nuées de pots d'échappement ; pour vouloir perdre 3 heures par jour dans des RER bondés et suintants de transpiration, il faut être parisien, y'a pas à tortiller.

D'où le plan B pétronillesque, qui est de filer se la couler douce parmi les ours et les caribous. Alors bien sûr, tout le monde lui dit "mais tu as pensé à l'hiver ???", sur un ton hystérique (Tante Suzon, flocons-de-neigeophobe), angoissé (Maman, qui tricote déjà fiévreusement des chaussettes en grosse laine) ou amusé (les copains, qui l'imaginent déjà avec des stalactites miniatures collés au bout du nez, roulée dans une peau d'orignal, distribuant à la ronde ses miasmes phtisiques à chaque éternuement).

Alors bien sûr, tout le monde lui dit "mais c'est drôlement loin", sur un ton catastrophé (Maman, sentant bien qu'il lui sera plus difficile de me mijoter des tomates farcies le samedi midi) ou enjoué (les copains, qui se voient déjà débarquer pour les vacances et envoyer des cartes postales tachées de sirop d'érable à leurs péquenots d'amis faisant du camping derrière les hôtels bétonnés de la Costa del Sol).

Mais bon, c'est parti pour l'aventure, comme disent les héros à grosses mâchoires à de frêles héroïnes toutes en blondeur évanescente dans les mauvais téléfilms. Et l'aventure commence dès maintenant, car ce n'est pas une mince affaire, de partir, et avant de se faire arracher un bras (le gauche, espérons) par un ours, il y a des formalités à remplir, ce que Pétronille vous contera dans un prochain article, car pour l'heure elle doit courir s'acheter des boules quiès pour cesser d'entendre Monsieur Alf imiter d'une voix rauque le bruit de la perceuse.

par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Mardi 18 septembre 2007

Chers lecteurs, je suis au regret de vous le dire, mais force de reconnaître que Pétronille, aussi, parfois, se laisse aller à la facilité. Elle n'en est pas bien fière, notez, mais bon, en ce moment elle travaille comme une forcenée, avec son écran d'ordinateur pour tout horizon, des tas de papiers voletant partout autour d'elle, Monsieur Alf derrière la cloison imitant le bruit des touches de son clavier au fur et à mesure qu'elle tape... bref, Pétronille a plein de boulot, c'est la raison pour laquelle elle laisse peu d'articles palpitants et ô combien intellectuels, vous en conviendrez, sur ce blog. Il faut dire que comme elle écrit en parallèle des articles passionnants, pour ceux que ça passionne s'entend, sur des églises, elle vit dans une ambiance monacale peu propice à l'inspiration bloguesque. Pour un peu sainte Rita (sa préférée) lui apparaîtrait, là, au milieu de la pièce, parmi les chaussettes sales, les bouquins et les cartes du Canada, qu'elle ne serait pas plus surprise que ça, la Pétronille.

Alors du coup, histoire de publier un peu, quand même, sur son blog (parce que Pétronille a une conscience, sachez-le, et elle pense à ses lecteurs bien-aimés se tordant les mains de désespoir en constatant qu'il n'y a toujours pas de nouvel article aujourd'hui...ben oui, Pétronille fantasme un peu), elle se la joue facile et écrit dans la catégorie "en ce moment", histoire que vous sachiez tous, chez lecteurs, ce qu'elle fait en ce moment (d'où le titre de la catégorie...quand on vous dit qu'elle fait dans le facile).

Alors, en ce moment, Pétronille écoute le dernier Manu Chao en boucle. Ca sent bon la téquila, le gaspacho (sans commentaire), les fêtes entre copains, les virées dans des vans bringuebalants qui ne dépassent pas le 80 sur les autoroutes allemandes (en descente). Ca permet d'oublier un peu saint Bernard et les cisterciens, un vrai bol d'air, soyez en sûrs.

En ce moment, Pétronille se lance dans la lecture de Kate Atkinson. Il paraît qu'elle a raflé un prix sous le nez de Salman Rushdie, c'est dire. Quoi qu'il en soit, de la bonne petite littérature anglaise, sans prétention, ça permet là encore de décompresser tranquillement, les orteils en éventail, tandis qu'au dehors les touristes se font des mamours dans un nuage de pollution et que les policiers collent des prunes aux cyclistes.

En ce moment, Pétronille boit trop, elle l'avoue en rosissant (ou est-ce un début de couperose éthylique ?). De petit vin de Bordeaux en Carlsberg bien fraîche, en passant par le mojito apéritif, Pétronille commence à avoir la vague impression que son foie va finir par se venger d'une manière ou d'une autre. Le spectre de Tante Suzon commence à flotter de manière angoissante dans l'appartement... mais que voulez-vous faire, aussi, quand il y a toujours un truc à fêter (de type : chouette, c'est la fin de la journée) ?

En ce moment, Pétronille se prépare psychologiquement à partir bientôt à l'aventure sous d'autres cieux peut-être plus cléments, qui sait ? Gambader gaiement parmi les caribous, manquer de se faire dévorer par un ours, choper une pneumonie par -40°C, manger des tourtes à la viande... tous ces merveilleux rêves pourront peut-être devenir réalité, si tout se passe bien, mais je vous raconterai ça plus en détail quand j'aurai un peu plus de temps, chers lecteurs.

par Petronille publié dans : En ce moment
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Mardi 11 septembre 2007

Aujourd'hui, lecteurs bien aimés, Pétronille fait à nouveau montre de son grand coeur et partage bien volontiers avec vous la phrase du jour. Phrase du jour adaptable, s'il en est, à toutes situations, de la plus drôle à la plus triste, et c'est ce côté universel qui l'a fait choisir par votre servante.

En effet, si toi aussi, lectrice, tu as traversé tout le campus (ça marche aussi avec "tout le bureau", "toute la cour du lycée", "tout le hall d'entrée"... universel, on vous dit) avec le bas de ta jupe fort peu élégamment coincé dans ta culotte, dévoilant ainsi à des regards amusés qui n'en demandaient pas tant un élastique pendouillant et deux gambettes intimidées, la phrase du jour est pour toi.

Si toi aussi, lecteur, tu as un jour abusé légèrement du trou normand au mariage de ta cousine Sidonie, vomissant gentiment dans les vignes sous le regard effaré de tes géniteurs, lesquels se jurèrent mentalement de te déshériter à la première occasion (et voilà le chat empaillé de l'arrière grand-mère qui te passe sous le nez au profit de cette chipie de Sidonie, qui te ressert en douce une lampée de liqueur), la phrase du jour te convient également.

Si toi aussi, par un soir d'automne, telle Scarlett O'Hara échevelée brandissant sa carotte au soleil couchant, tu juras qu'on ne t'y reprendrait plus, oh là là, non merci, que les hommes/les ministres/les plombiers sont tous des salauds (rayez les mentions inutiles s'il y en a), tu peux la prononcer à voix haute.

La phrase du jour, chers amis, est aujourd'hui extraite de ce petit bijou cinématographique qu'est "Chantons sous la pluie" (à voir en VO, s'il vous plaît), comédie musicale sautillante à base de sourires Gene Kelliens. Et je vous la livre sans plus attendre et sans sourciller, faites-en ce que bon vous semble, tatouez la sur votre épaule gauche, brodez la sur votre oreiller, recopiez la à la plume dans votre carnet secret :

"Dignity, always dignity".

 

par Petronille publié dans : La phrase du jour
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Lundi 3 septembre 2007

Aujourd'hui, Pétronille découvre avec effarement que la rumeur était vraie, et que les jolies plantes blondes américaines, extirpées de leur campagne natale propice à l'égarement des adolescents en van et au découpage allègre de promeneurs par des tronçonneuses millésime 1968, poussées par des mères aigries rondies par les maternités, les cheeseburgers et les p'tits coups de mauvais whiskey derrière la cravate sans oublier des pères bourrus mais néanmoins joyeux collectionneurs de fusils à pompe, élevées à coups de sermons de télévangélistes et d'entraînements intensifs de pom-pom girls, tout ça pour être pomponnées, brushinguées, french-manucurées, talons-aiguillées, pailletées, et j'en passe, avant même d'avoir l'âge légal de porter un soutien-gorge ou une arme à feu (âge qui est sensiblement le même, lecteurs), n'ont effectivement pas grand chose à dire, mais ne se privent pas de le faire (et continuent, on ne sait pour quelle mystérieuse raison hormonale, à faire fantasmer le mâle moyen).

Pourtant, loin de Pétronille l'idée de critiquer gratuitement nos amis américains en alignant des clichés affreux sur leurs comportements et modes de vie (hum...). Mais à l'heure du multimédia, les images parlent pour elle, chers lecteurs.

J'en veux pour preuve la dernière élection, certainement prestigieuse pour ces jeunes filles impeccablement glossées, de Miss Teen USA 2007, où la candidate de Caroline du Sud répond à une délicate question (à savoir, pourquoi 1 américain sur 5 est-il incapable de placer les Etats-Unis sur une carte ? Voilà déjà en soi une information extrêmement inquiétante ou bien c'est moi qui suis trop naïve ?) en roulant de grands yeux bovins et vides.

Allez, c'est lundi, c'est la reprise, c'est le début d'une nouvelle longue semaine de rentrée, alors je vous laisse savourer.

par Petronille publié dans : Petronille raconte n'importe quoi
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Mercredi 29 août 2007

Aujourd'hui, Pétronille réalise que même à 30 ans, on peut encore découvrir des choses. Certaines sont agréables, comme réussir à bronzer des mollets ou et puis d'autres se révèlent des expériences éprouvantes. Prenons totalement au hasard parmi un choix donné d'expériences éprouvantes : aller aux Assédic pour la première fois.

L'Education Nationale étant ce qu'elle est, mes pauvres amis, Pétronille se retrouve aujourd'hui chômeuse, oui oui, vous avez bien lu. Après avoir enchanté la triste existence d'étudiants persuadés que l'art gothique consiste à porter du rouge à lèvres noir, Pétronille a vu revenir au bercail l'enseignant qu'elle remplaçait depuis maintenant 3 ans. Il a donc bien fallu lui rendre ses chères têtes blondes.

Alors aujourd'hui, Pétronille a posé son mignon peton dans les locaux de l'Assédic de son quartier. Locaux, d'ailleurs, tellement bien dissimulés qu'elle a mis un petit moment à les trouver. Délicatement, elle ouvre la porte menant à l'accueil et, humant l'air moisissant, fait son plus beau sourire à la dame , qui s'empresse de lui dire que cette porte est condamnée, et qu'il faut à présent, pour rejoindre les locaux, contourner le bâtiment, descendre un escalier dérobé, s'engouffrer sous un petit porche et ouvrir la première porte qui se présentera. Ah ? Bon. Pétronille s'en va donc, secrètement admirative des ruses gouvernementales en matière de baisse du taux de chômage : en effet, lecteurs, plutôt que de simplement condamner la première porte, ils ont embauché une dame qui reste assise toute la journée derrière son comptoir défraîchi et répète inlassablement que non, ici, il n'y a rien d'autre qu'elle, merci de prendre l'autre porte.

Bref.

Arrivée dans les vrais locaux, Pétronille reçoit un billet numéroté, comme au supermarché, au moins c'est familier. Pourtant elle est la seule personne vivante dans le hall, mais on ne plaisante pas avec le règlement sinon tout fout le camp et les chômeurs n'apprendront jamais la discipline bordel. Bref (bis). Soudain, son numéro s'affiche en rouge sur le panneau lumineux, c'est son tour. Oui, mais elle va où ? Des dizaines de portes sont alignées les unes à côté des autres dans un couloir fleurant bon le linoléum verdâtre de nos écoles maternelles. Derrière la porte n°1, le monsieur rougeaud qui relève la tête de ses Sudoku n'est pas très content de la voir et la renvoie vite fait dans le couloir. C'est alors qu'une jeune fille flegmatique émerge de la porte n°8 et appelle Pétronille, vous croyez qu'on n'a que ça à foutre, d'attendre que les chômeurs trouvent la bonne porte ? Bon. Bref.

Pétronille explique sa situation : oui, elle a de jolis petons, oui elle a un joli petit minois, mais surtout elle a fini son contrat à l'Université, et se retrouve grosjean comme devant, comme on dit vulgairement dans les campagnes reculées et aux repas de sa Tante Barbe, après 4 ans de bons et loyaux services à essayer de tirer vers le haut une jeunesse dépravée mais néanmoins fort attachante.

"Hum", répond la jeune fille, furieusement absorbée par le vernis de son index qui s'écaille un peu, quand même. Elle sourit chaleureusement à Pétronille et lui explique que, ayant travaillé en fac, ce ne sont pas les Assédic qui vont l'indemniser, mais le service de l'Université, qu'il faut contacter d'urgence sous peine de voir sa demande repoussée de plusieurs mois. Ensuite, il faudra que Pétronille pointe aux Assédic, qui écriront à l'Université pour lui donner le feu vert du paiement. Que du simple, en fin de compte. Oui, mais à l'Université, c'est bien connu, on est encore en vacances le 30 août, mademoiselle, sauf votre respect. Hé ben tant pis, vous n'aurez qu'à vivre 3 mois à Paris sans argent, prenez la porte n°1, merci au revoir.

Ah?

Revoilà Pétronille dans le bureau du monsieur aux Sudoku, quelque peu perturbée par les spectres grandissants et grimaçants du loyer, des impôts, de l'électricité, de la mutuelle, de la nourriture, et autres trucs générateurs de dépenses. Gloups. Le monsieur aux Sudoku lui annonce avec une joie non dissimulée que ça tombe drôlement bien, quand même, car le domaine de la charcuterie recrute beaucoup, on manque de bouchers et de plombiers, c'est dire. Après un échange émouvant de regards médusés, il comprend qu'il a lu un 8 au lieu d'un 3 dans le code métier de Pétronille : la voilà qui repasse en une seconde, grâce au tout-puissant géant informatique, du statut de bouchère-charcutière-tripière à celui d'enseignante. Ouf.

Rendez-vous est pris pour la semaine prochaine, à l'ANPE cette fois, où, lui explique-t-il joyeusement, on pourra vous soutenir dans votre vocation de professeur des écoles, mademoiselle, même si on ne peut rien faire pour vous, puisque c'est l'Education Nationale qui recrute. Difficile de lui expliquer posément qu'en fait Pétronille enseigne l'histoire de l'art, et que de toute façon, elle n'a pas le concours de professeur des écoles, donc on voit mal comment elle pourrait soudain se retrouver environnée de charmants bambins de type Kelly et autres Steven, comme ça, sans prévenir.

Au bout de cette éprouvante mais ô combien enrichissante demi-heure, Pétronille est donc rentrée chez elle le sac lesté d'une riche et pesante documentation sur les joies du chômage, aussi claire et compréhensible qu'un mode d'emploi de lave-linge, et heureuse propriétaire d'une carte de chômeuse qui "vous permet d'entrer gratuitement dans les musées, c'est quand même une bonne nouvelle, non, ma petite demoiselle ?". Ben oui, parce que comme je vais être sans le sou pendant 3 mois, je pourrai toujours aller me réchauffer devant l'église d'Auvers-sur-Oise.

par Petronille publié dans : Les joies du travail (...!!!)
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Le Jour J

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Une explication

Où il est question de Pétronille,
demoiselle exquise et néanmoins stressée par son travail,
qui a besoin d’une petite soupape de décompression
et qui, dans un éclair de génie,
estima par un beau matin grisâtre comme seul l’air de Paris peut en offrir,
qu’un blog ferait précisément l’affaire…

Pétronille à domicile

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