Mardi 27 février 2007

Pour mon travail, je suis parfois amenée à dormir dans des hôtels à petit budget (un indice qui prouve que je ne suis pas top model…), essentiellement situés aux abords des gares, et qui portent tous des noms exotiques de type : « hôtel de la gare » ; « hôtel de la place de la gare » ; « hôtel gare centrale ». J’aime bien, ça évite les confusions.  

Comme j’arrive tard le soir, je suis donc amenée à entrer en contact oral avec deux catégories bien distinctes de personnes :  

-          le chauffeur de taxi  

-          le veilleur de nuit de l’hôtel

 Il y a différents genres de chauffeurs de taxi et je tiens à dire ici que 99% d’entre eux sont des gens charmants, aimables, polis, gentils, serviables, sans qui je serais condamnée à traîner ma carcasse vaseuse malmenée par les retards SNCF sur mes petits pieds fatigués pendant des kilomètres dans une ville inconnue et souvent un peu glauque la nuit avec pour seule arme une valise à roulettes qui fait sur le pavé un bruit que ne renierait pas un Airbus en train de décoller. Qu’ils soient ici remerciés (les chauffeurs, pas les Airbus).

 Mais, évidemment, les cieux n’étant pas cléments avec moi, je me coltine souvent le 1% restant. A savoir : 

-          le fumeur compulsif qui s’allume une clope pendant que la première fume encore allègrement dans le cendrier 

-          le chanteur de disco qui pointe un doigt en l’air au rythme des hululements d’Imagination (à toutes fins utiles, je rappelle aux lecteurs qu'il est une heure du matin et que je sors de plusieurs heures de train)

-          le colérique qui veut à tout prix débattre, là, à une heure du matin, de sujets aussi délicats que le génocide arménien, le conflit israélo-palestinien, la canonisation de Jean-Paul II, les sans-papiers, les SDF, les contrôleurs fiscaux…

 -          l'indélicat qui n’a pas de monnaie et empoche mes 30 euros quand la course en valait 21,50

 -          l’ami des bêtes qui te demande de ne pas prendre trop de place pour ne pas réveiller son berger allemand prénommé…je vous le donne en mille…Rex, qui ronfle sur la banquette arrière

 Quant aux veilleurs de nuit, si la plupart sont extrêmement gentils, j’ai eu la chance de rencontrer la perle rare, le veilleur de nuit à 10 000 dollars, celui que les autres pays nous envient. A peine suis-je entrée dans le vestibule de l’hôtel à 2 heures du matin, épuisée par six heures de train assise en face d’une famille nombreuse braillarde à fort potentiel migraineux, les cernes violacées, le teint fadasse, la tronche en biais, le manteau de traviole, croulant sous le poids de mon sac à dos géant qui donne à mon ombre l’allure d’un Quasimodo des temps modernes, qu’il me siffle de manière qu’il croit flatteuse. Je n’ai pas eu le temps de dire mon nom que déjà il me complimente en précisant quand même que j'ai les cheveux teints et que lui n'aime pas ça, il trouve que ça fait troupeau, ces femmes qui se teignent les cheveux au lieu de garder leur couleur naturelle, et qu'elles se jetteraient sous un pont si on leur disait de le faire.

J'encaisse (Tiens, mes doigts se crispent autour de la poignée de mon sac). 

Il m’accompagne à ma chambre et me la fait visiter. Etonnant quand on sait qu’elle se compose d’une petite pièce de 6 m², avec un lit et une tablette de bois pour tout meuble. Des fois que je me perde... Une heure plus tard, il téléphone dans ma chambre pour savoir si je suis bien installée et en profite pour me réciter son CV, agrémenté de la longue liste de toutes ses lectures intellectuelles depuis le 5 juillet 1986, date à laquelle son monde a basculé quand Mme Lourdingue, sa prof de français de 4eB, lui a fait découvrir les joies insoupçonnées de la lecture de Jean-Jacques Rousseau. Quand il raccroche, je dors, la joue plaquée contre la moquette du mur et la bouche entrouverte.

 

Cet état de béatitude ne dure hélas que quelques minutes puisqu’une sonnerie stridente se met à retentir dans le couloir, et il se passe quelques instants avant que je comprenne qu'il teste les nouvelles sonneries de son téléphone portable. Au bout de 25 sonneries, quand je réalise qu'il peut y passer le nuit, je surgis comme une furie, vêtue de mon pyjama en pilou (mais tu peux m’imaginer en nuisette de soie sauvage rouge, lecteur, si le cœur t’en dit) et lui signale que je me lève dans 4 heures et que je suis épuisée. A quoi le veilleur de nuit me répond que si j’étais vraiment aussi fatiguée que je le prétendais, aucun bruit ne pourrait m’empêcher de dormir… !

 Voilà une aventure édifiante et parabolesque à méditer.

 Je devais rester 3 nuits, je me suis enfuie avec armes et bagages (enfin, surtout bagages car si j’avais eu une arme, cet homme ne serait plus de ce monde aujourd’hui, et le téléphone non plus) le lendemain matin. 

par Petronille publié dans : Les joies du travail (...!!!)
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Lundi 26 février 2007

Aujourd'hui, Pétronille (moi, donc) a la grippe, la vraie, la méchante qui donne la goutte au nez, l'impression d'avaler en continu une grosse pelote d'épingles (alors, permettez mais merde, Sisyphe à côté, son supplice, c'est vraiment une broutille, mais bien sûr, les bonshommes se plaignent tout le temps), une humeur massacrante (voir parenthèse précédente…), une fièvre carabinée et une tête à faire peur que ne renieraient pas les japonaises chevelues et rampantes des films d’horreur… bref, aujourd’hui Pétronille est malade et pas à prendre avec des pincettes. Ce qui explique son silence ces derniers jours, d’autant que, l’Education Nationale n’étant jamais la dernière à y aller de sa petite blague, Pétronille n’a pas encore de Sécu. Car notre bien-aimée administration de l’Education Nationale ne lui a toujours pas envoyé sa feuille de paie de décembre 2006 (alors janvier 2007, on n’en parle même pas… !) parce que c’est quand même drôlement long à imprimer, à mettre dans l’enveloppe, à poster, on n’est pas aux pièces quand même, donc Pétronille n’a pas encore assez de feuilles de paie à présenter à la Sécu pour s’inscrire.

 

Alors vous comprendrez, lectrices et lecteurs de mon cœur, qu’aujourd’hui, rongée par la fièvre, le dépit, le chagrin et l’envie d’un gros pot de Nutella à manger à la cuillère (mais passons…), Pétronille se plaigne un peu.

 

Merci de votre compréhension et de votre compassion.

 

 

par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Mercredi 21 février 2007

Aujourd’hui, Pétronille (moi, donc) est perplexe. 

 

Je viens de recevoir sur ma messagerie privée (le premier mystère est donc de savoir comment cette information ultra confidentielle s’est répandue comme une traînée de poudre sur le campus) un mail alarmé (et alarmant) d’un étudiant (de 22 ans), que je retranscris ici pour l’édification de mes lecteurs bien aimés afin que ceux qui ont des enfants en bas âge les prennent en main dès à présent et autant dire tout de suite dans l’immédiat et afin que ceux qui sont les heureux propriétaires d’adolescents leur suppriment leur forfait SMS, c’est pour leur bien, et pour celui de leurs profs, qui vous en seront éternellement reconnaissants, et « ça n’a pas de prix », comme dirait une pub hilarante malgré elle. 

Mais jugez plutôt :  

« Mdme G 1 pb ac le td pr 2min G pa trouV le book Q vs ns avé KonCyé il lon + a la BU & je sé pa koi fer »

 Après un conciliabule enfiévré avec ma petite sœur de 16 ans – une beauté doublée d’un cerveau bien fait, est-il besoin de le préciser puisque les lecteurs l’ont déjà deviné ? – j’ai pu obtenir une traduction à peu près fidèle du message en question qui dirait en substance : 

« Chère Madame, je me permets de vous écrire sur votre messagerie personnelle pour vous signaler que j’aurais des difficultés à préparer le TD pour demain dans la mesure où le livre que vous nous avez conseillé la semaine dernière a déjà été emprunté par un autre usager de la Bibliothèque Universitaire. Je vous remercie de votre compréhension et vous souhaite une bonne journée, Etudiant X »

 

 Tout lecteur qui aurait une meilleure traduction peut évidemment la proposer, qu'il soit asssuré qu'elle sera lue avec intérêt et plaisir.

par Petronille publié dans : Les joies du travail (...!!!)
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Mardi 20 février 2007

Bon alors il paraît que si je veux trouver des lecteurs il faut que mon blog soit un peu référencé et pour cela je ne dois pas hésiter, me dit-on amicalement dans la rubrique "conseils", à mettre des mots importants en gras. Des mots qui permettraient de ranger mon blog dans des catégories appropriées et ô combien excitantes. 

Alors, je me lance, je mets des trucs en gras, tout et n’importe quoi, y’en a bien un qui va me rapporter quelques lecteurs. 

Et je m’excuse auprès de mes lecteurs bien aimés (s’il y en a, donc, puisque je n’ai encore rien mis en gras (*) pour ce message qui ne veut rien dire :

Prof en détresse – Poilade - Joies du train - Scarlett O’Hara - Ma Grand-mère - Pull qui gratteHistoireVoyagesBiographie - Rire, joie, bonheur (ah ah) - livres - théâtre - Paris - voisins crispants - Pétronille tu sens la menthe

Et puisque sur un malentendu ça peut aussi marcher, essayons de recruter des lecteurs de tous horizons :

KantRap - Jeanne d’Arcrecettes (promis, j’en mettrai) – voilesoutien-gorge (promis, j’en mets) – Québecbroderie anglaise – Guiness (par association d’idées…) – téléphonie mobilesoda au colaBeatlestaxigroumpf - liberté pour les ours - mobilier en tout genre - ratatouille - double décimètre - fête foraine - services - scrogneugneu - vie étudiante - ich bin ein berliner...

Pfffff, j'arrête, j'ai un TD à préparer... 

Je laisse les moteurs de référencement se dépatouiller avec tout ça... 

 

(*) à force d’écrire « gras », je sens que je vais être référencée dans une catégorie qui ne me plaît pas trop…

 

 

par Petronille publié dans : Petronille raconte n'importe quoi
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Mardi 20 février 2007

Pétronille (moi, donc) exerce le plus beau métier du monde : celui d’éduquer la belle jeunesse de notre beau pays, toujours assoiffée de connaissances et désireuse d’apprendre . 

Parfois, lorsque je me tape des heures de train juste pour aller enseigner deux heures à de jeunes adultes encore sous le choc d’être sortis presque indemnes des émois de la puberté et qui découvrent les joies des beuveries estudiantines qui leur inspirent des poèmes exaltés en plein pendant mes heures de cours, je me prends à rêver.

Je me prends à rêver à ce qui aurait été si je n’avais pas aimé faire des études, et si je ne m’étais pas fais suer les genoux à faire 10 ans d’études après le bac.

Si je n’avais pas fait ces études, je ne serais pas aujourd’hui à 30 ans l’heureuse détentrice d’un emploi précaire payé à coups de trique par l’Education Nationale. Je ne travaillerais pas dans deux villes à la fois, à savoir celle où j’habite et celle où je me rends deux fois par semaine en train et qui se trouve à l’autre bout de la carte de France.

Je ne donnerais pas gracieusement la moitié de ma paie à la SNCF (qui n’a même pas la bonté, en remerciement, de faire arriver ses trains à l’heure pour m’éviter d’attendre la correspondance deux heures à 23h30 sur un quai de gare désert et venteux). Si vous y ajoutez le prix d’un loyer à Paris pour quelques mètres carrés au dernier étage sans ascenseur sur un palier habité par des êtres étranges (je ne parle même pas des impôts et de la mutuelle des profs, car je n’ai pas vocation à faire pleurer dans les chaumières), vous imaginez le standing d’une jeune trentenaire diplômée qui fait cours avec des trous dans ses chaussettes.

Alors que si j’avais eu l’intelligence de me spécialiser dès les jours bénis de mon adolescence dans une formation professionnalisante, je serais aujourd’hui chauffagiste et je pourrais faire attendre des mois les gens en panne de chaudière qui me béniraient quand j’arriverais enfin chez eux, telle le Messie avec sa boîte à outils, et les sauverais d’une pneumonie galopante pour la modique somme de 690 euros taxes comprises, et encore c’est un prix d’amis, je ne vous compte pas le joint que j’ai du remplacer à mes frais (et qui vaut 0,57 centimes chez Monoprix). J’aurais tellement de travail, et la demande serait si énorme, que je pourrais demander 120 euros rien que pour enlever 2 boulons pour faire mon diagnostic et ensuite je demanderais 45 euros rien que pour écrire sur une feuille à en-tête « DEVIS » la somme que requerrait le travail de mes mains expertes (alors que quand je corrige 180 copies en une semaine, je ne gagne rien, si ce n’est le droit d’investir dans un stock de stylos rouges et le sentiment du devoir accompli). Et puis après, j’enverrais mon jeune apprenti de 10 ans faire le boulot tout seul, il y passerait la journée, m’appellerait 16 fois sur mon portable pour me dire « je trouve pas le trou où mettre le tournevis » et autres phrases à fort potentiel de stress pour le client, inonderait la salle de bain, s’ouvrirait l’index, maculerait de sang les serviettes éponges du client qui commencerait à se demander si la pneumonie n'aurait pas mieux valu que la crise cardiaque, finalement, quand on y réfléchit. 

Mais je m'égare et je laisse mes problèmes personnels de démêlés chaudièresques prendre le dessus sur le reste.  

Tout cela pour te dire, cher lecteur, qu’à moins d’être très haut placé ou pistonné chaudement, le jeune prof vit dans une galère noire et aucun chanteur engagé n’en parle, même pas Pascal Obispo qui pourrait avoir l’obligeance de rameuter ses troupes pour leur faire chanter en chœur « la complainte du jeune prof » et offrir la recette (c’est-à-dire 1% du prix de chaque CD acheté) à la Caisse de Secours du jeune prof en détresse (à créer d’urgence). 

par Petronille publié dans : Les joies du travail (...!!!)
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