Samedi 31 mars 2007
Oyez chers lecteurs l’aventure de Pétronille (moi, donc) partie le temps d’un week-end sur l’autoroute qui mène au pays des rollmops, j’ai nommé les Pays-Bas, terre d’asile des Parisiens à vélo asphyxiés dans leurs pays par les échappements des gros bus et des taxis qui partagent avec eux un couloir, je ne parle même pas des scooters qui déboîtent et t’arrachent un bras (ou autre chose précieuse : une jambe, un sac à main, un pan de ton manteau...) au passage, c’était implicite, on s’était compris.

Bref.


Pétronille partit donc avec sac à dos, amoureux transi et paquet de bonbons (long trajet en voiture oblige) sur cette belle autoroute qui traverse le Luxembourg (pensez à prendre de l’essence à l’entrée ou la sortie du territoire, vous ne trouverez rien au milieu et risquez de tomber en rade, comment ça, ça sent le vécu ?), et la Belgique.


Et c’est là qu’un instant d’inattention, un fou rire complice, une main sur un genou ou toute autre démonstration d’amour chaste mais émouvante, fait basculer dans le drame. Lequel drame porte un nom : Bruxelles.

Bruxelles, pour moi, c’était les femmes en crinoline, les omnibus, l’Impériale… bref, c’était beau, c’était bien, c’était Brel.  

Oui mais Brel a oublié de mentionner le RING, le périph de Bruxelles, que tu rates systématiquement (puisque l’autoroute ne comporte qu’un seul panneau indicateur, placé pile à la dernière minute, quand tu ne peux plus changer de file), et te voilà en banlieue bruxelloise à tourner et à t’arrêter au feu rouge toutes les dix secondes, dans l’espoir d’apercevoir un panneau qui te reconduirait dans la bonne direction.


Car il faut savoir, lecteur voyageur, que Bruxelles est particulièrement dépourvue de panneaux indicateurs (la version soft pour dire qu'il n'y en a pas, ou si peu, ou alors si minuscules avec une écriture si petite que quand tu peux les déchiffrer il est déjà trop tard...). Et quand, miracle, ouf en plus on n'avait plus de bonbons, tu en trouves un qui indique « Ring », l’itinéraire suivi te fait faire un cercle de 360° et te fait revenir au point de départ (à savoir, la longue rue pleine de feux rouges, donc).


Et quand enfin, le sens de l’orientation aigu de ton amoureux se remet en position "on" et te permet de rejoindre le tant désiré « Ring », ces Messieurs Belges de l’Autoroute te font réaliser une prouesse technique à fort potentiel de stress : un demi-tour sur le périph’.


"Et on voudrait qu'j'aie le moral..." ...??...!!...??

par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Jeudi 29 mars 2007

Il y a quelques jours, mue par des besoins impérieux de recherche, Pétronille est allée à la Sorbonne.   

Il faut te dire, lecteur, que Pétronille n'est pas une véritable parisienne, (sinon, elle serait en train de braver les lois de l'hiver et de la pneumonie en se baladant dans la rue pieds nus dans des ballerines dorées avec des leggins léopard) mais que c'est l'amour qui lui a fait suivre l'Homme dans la capitale. Or, une lancinante question s'est rapidement posée : où emprunter des livres un peu pointus à Paris ?

Ayant lu sur le site de la Sorbonne que le service prêt était accessible aux étudiants et enseignants, et se reconnaissant dans cette dernière catégorie grâce à son flair hors normes, elle s'est donc rendue, très excitée, dans ce lieu mythique.

1e découverte : la Sorbonne est un lieu sous haute protection et surveillance et non accessible à n'importe quel malotru qui s'aviserait d'y poser un de ses orteils bouffis (si si). Alors que Pétronille passe paisiblement et un peu émerveillée sous le porche, elle se fait immédiatement arrêter par l'un des 3 gardiens postés devant (car la Sorbonne , comme le Palais de l'Elysée, est un lieu sous haute protection) : 

-          Dites Mademoiselle, vous allez où comme ça ?   

-          Euh..pardon…excusez-moi…( la Pétronille est de nature à s’excuser pour un rien), je suis bien à la Sorbonne  ? (à sa décharge, comme il y a plein d’entrées, c’est pas forcément évident)

-          Vous avez votre carte ? 

-          Non, je viens m'inscrire à la bibliothèque. 

-          Vous avez votre carte ? 

-          Euh...non, je ne suis pas étudiante, je suis enseignante, je viens m'inscrire à la bibliothèque (sourire désarmant et grands battements de cils) 

-          Pour entrer, il me faut votre carte de bibliothèque 

-          (soupir immense mais intérieur) : mais, je ne l'ai pas encore puisque je vais seulement m'inscrire, là. Ils vont me la faire et je viendrai vous la montrer. 

-          Sans carte, je ne peux pas vous laisser entrer  

 Ca aurait pu durer longtemps comme ça, mais il se trouve que l'attention des gardiens a été retenue par une touriste japonaise qui osait prendre en photo la façade vénérable et interdite de la Sorbonne , car tous comme les sites d'essais nucléaires russes, la Sorbonne ne peut être photographiée sous peine de graves sanctions (pour s'en faire une idée, voir "Don't drink the water", de Woody Allen).

Pétronille, sachant saisir les bonnes occasions au vol, se glisse prestement dans la cour et se rend dans l'escalier vétuste mais prestigieux qui mène au service inscription (3e étage). Elle rejoint une file de gens au regard vide et aux mollets tendus, debout sur les marches en bois pourri, appuyés contre le mur à la peinture craquelée, qui attendent leur tour. Elle prend place dans la queue, au milieu de l'escalier, pas très confortable, mais la bibliothèque de la Sorbonne , ça se mérite, qu'on se le dise.

Quand vient enfin son tour, elle décoche son plus beau sourire au Monsieur en face d'elle et lui explique sa situation en étalant devant lui tous les justificatifs et papiers nécessaires à une inscription en bibliothèque, à peu près autant que pour aller en mission sur Mars, les aptitudes de survie en apesanteur en moins.

2e découverte : oui, le site signale que le prêt est accessible aux enseignants et étudiants, mais seulement ceux de la Sorbonne , ça semblait inutile de le préciser. Pétronille a donc beau habiter à 20 minutes de métro (justificatif à l'appui : facture de réparation de chaudière... voir mésaventures précédentes) et enseigner à Paris (et province), elle porte une tare indélébile : elle n'a pas fait ses études à la Sorbonne , et ne peut donc pas emprunter des livres.

Elle apprend avec une certaine surprise et de grands yeux écarquillés que si elle avait fait ses études à la Sorbonne mais qu'elle habitait et enseignait à Perpette-la-Galette, un bled paumé au milieu de nulle part et desservi par aucune route, là où les hommes attaquent les adolescents boutonneux et égarés à coups de tronçonneuse, elle aurait le droit d'emporter là-bas des dizaines d'ouvrages de la Bibliothèque. La conclusion qui s'impose est que quand on s'inscrit à la Sorbonne , on nous met une puce sous la peau qui permet de nous localiser à coup sûr dans un rayon de 25 000 km.

Le Monsieur est attendri par le désarroi visible de Pétronille et lui assure, avec une lueur de compassion dans l'œil, qu'il voudrait bien l'aider mais que les ordinateurs ont été programmés pour justement éviter que toute personne travaillant à la Sorbonne éprouve ce sentiment rédhibitoire qu'est la sympathie pour autrui, et que même s'il voulait tricher pour ses beaux yeux, l'ordinateur se bloquerait automatiquement. Pétronille se retrouve donc avec une carte lui permettant de consulter des livres sur place, ce qui n'est pas idéal quand on doit recopier presque intégralement une thèse de 850 pages.

Lorsqu'elle ressort enfin, elle assiste devant le porche d'entrée à sa 3e découverte : un étudiant sorbonnard accompagné d'un ami voudrait entrer juste pour déposer un papier à l'entrée. Il pleut à torrents, ils n'ont pas de parapluie et leur mèche romantico-sorbonnarde pendouille misérablement sur leur visage trempé. Le gardien laisse entrer le 1er et oblige le second à attendre sous la flotte (le porche étant réservé aux détenteurs de carte).

Tout ceci est à suivre, parce que, croyez-moi lecteurs bien-aimés, ce n'est qu'un début... 

par Petronille publié dans : Les joies du travail (...!!!)
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Mercredi 28 mars 2007

Qu’importe, me voilà dans la capitale, les bons coiffeurs doivent abonder, si on en croit les magazines que je lis dans le train. Pour plus de sûreté, je jette mon dévolu sur une grande enseigne. L’endroit est blanc comme l’intérieur d’un frigo, les employés tous de noir vêtus affichent la mine sinistre des tops models sur les podiums, les écrans plats font défiler des sylphides souriant de tous leurs cheveux. On me propose un thé drainant (vexant ou pas ?).

Le patron en personne me demande ce que je veux :  

Moi : « Je voudrais couper plus court » 

Lui : « Ah non, désolé, je ne peux pas le faire, c’est totalement out, le court cet hiver. Cet été, ce sera in, donc on coupera, mais pour l’instant, les belles filles sont celles qui ont les cheveux longs » 

Moi : « … ??… » (interloquée, donc)

Ni une ni deux, empaquetée dans un peignoir moelleux, je me retrouve shampooinée (au soin nourrissant, je l’apprendrai plus tard, quand la facture sera gonflée de 10 euros) tandis que Stéphane, le Pierre Bellemare du 4e arrondissement, me vante les mérites de leur démêlant maison qui démêle (encore heureux), nourrit, assainit, protège du vent ( ?), bref il a toutes les vertus, pour un peu il ferait téléphone portable et wi-fi, et tout ça pour la modique somme de 39,99 euros taxes comprises.  J’aime bien quand le coiffeur a l’air d’insinuer que mes cheveux ne sont pas sains, ni nourris, et que mon téléphone portable est moche…

Tandis qu’il me coupe (peu) les cheveux, il me raconte sa vie, il a regardé la Reine Margot à la télé hier soir – « la Saint Bâââââârth, quelle horreur quand même ! ». Tadamm, il a fini, je me regarde, j’ai la même tête qu’avant, tout ça pour le bonheur de payer 65 euros (ben oui, c’est Paris). Gloups.

C’est là que j’ai juré, telle Scarlett O’Hara de retour à Tara (la carotte et la mèche folle en moins, forcément, je suis toute pleine de gel), de ne plus jamais mettre un de mes délicats doigts de pieds chez un coiffeur, parisien de surcroît.

 Jusqu’à aujourd’hui, jour béni où je suis passée devant la devanture d’un coiffeur délicieux, gentil et talentueux, et du coup, lectrice, tu auras beau me supplier à deux genoux en invoquant les démons de l’Enfer, je ne te donnerai pas son adresse, peut-être que je suis en train de virer parisienne…   

par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Mercredi 28 mars 2007

Aujourd’hui, Pétronille a du soleil, de l’eau chaude (Alléluia !!!) et une nouvelle coupe de cheveux. Telle Galaad, elle se sent arrivée au bout d’une quête longue et solitaire. Solitaire car les copines, et surtout les Parisiennes, rechignent curieusement à partager le nom de leur coiffeur.

Longue, car tout commença un beau jour de printemps, lorsque, lassée d’un homme et de la coiffure qui allait avec, Pétronille décida de couper et la relation, et les cheveux, histoire de se sentir un peu plus légère. Dans le salon branché en bas de la rue, elle fut remise entre les mains expertes de Lucas qui entreprit, je cite, de « te faire telle que je voudrais que tu sois » (comment résister, lectrice, je te le demande ?). Ce fut une belle réussite, mais comme dans toute belle histoire, Lucas l’inspiré disparut mystérieusement un beau matin, et bien qu’ayant écumé tous les salons de la ville, Pétronille ne le retrouva jamais. Sa remplaçante, longue créature aux cheveux roses, avait de grands projets pour Pétronille : plus court sur les côtés, plus long sur les yeux et le nez, plus frisotté dans le cou…Pétronille sortit plus légère de 40 euros + 10 euros de lamentations téléphoniques auprès de maman + 40 euros pour l’achat urgent d’un chapeau qui cacherait la misère.

 

Désespérée, elle se tourna vers une valeur sûre : maman, toujours, qui recommanda chaudement son propre coiffeur, plus cher mais Pétronille le valait bien, et lui aussi. John-Paul, Dieu grec (comme son nom ne l’indique pas) tout en muscles fins mais néanmoins saillants, prince du pantalon moulant et du t-shirt légèrement trop court, homosexuel torride, posa ses mains sur les cheveux de Pétronille en murmurant : « Qu’est-ce que je vous fais, hum ? ». Le seul son qui sortit de la bouche de Pétronille étant : « RRRRRRRR », la lectrice imaginera le résultat capillaire, à base de brushing que ne renierait pas une actrice des Feux de l’Amour entrant dans sa maison déjà toute éclairée. Pétronille y retourna quand même, pour les beaux yeux du coiffeur, jusqu’au jour funeste de son déménagement à Paris, où la quête recommença.
par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Jeudi 22 mars 2007

Aujourd’hui, Pétronille (moi, donc) s’est fait livrer sa nouvelle machine à laver.

Monsieur Darty lui a gentiment enjoint de se lever tôt ce matin, car les livreurs passeront probablement entre 7h30 et 8h30, puisqu’ils ont d’autres livraisons dans le quartier. L’œil éteint et le pas hésitant, Pétronille émerge donc à 7h, savourant médiocrement la joie d’une douche revogorante et glaciale à souhait. Elle enfile son dernier pull propre depuis que son ancienne machine l’a lâchée, laquelle, achetée d’occas’, aura survécu à peine un an et son décès prématuré autant que subit a obligé Pétronille à arpenter les allées de chez Darty aux Halles (paisible, donc) le soir en sortant de la bibliothèque, à l’heure où elle rêverait plutôt de se faire masser les orteils en sirotant un bon whisky écossais. L’Education Nationale rémunérant à coups de trique les contractuels comme Pétronille, et les deux tiers de sa paie engraissant la SNCF, comme nous le savons (il serait mesquin d'y revenir sans arrêt), Pétronille hésita peu longtemps devant le choix de machines neuves toutes plus rutilantes les unes que les autres, chromées, à réglages électroniques etc. : elle choisit la moins chère, évidemment, qui n’était cependant pas la moins volumineuse.

Bref.

En ce matin de printemps pluvieux et moche, Pétronille attend donc dans son unique pull propre l’arrivée en fanfare des livreurs de chez Darty. 

11h30, Pétronille, qui n’est pas du matin, est morte de faim (elle n’a pas osé sortir faire quelques courses, et se retrouve donc forcée de suçoter un morceau de pain dur), et marmonnant des insultes à base d’animaux poilus, attend.

12h15, Pétronille est au bord des spasmes d’inanition.

 ...

13h20 : alléluia, miracle, joie, bonheur, merveille, voilà les livreurs de chez Darty, bénis soient-ils, qui transportent allègrement l’énorme machine. Après de brèves mais intenses péripéties (la machine ne serait-elle pas plus grosse que la salle de bain elle-même ? Et si oui, comment faire pour l’installer ?), la machine calée dans les ¾ de la salle de bain, les livreurs s’apprêtent à partir lorsque Pétronille demande innocemment si l’un d’entre eux veut bien prendre une minute pour lui expliquer comment marche cette petite merveille de technologie, totalement différente de l’ancienne machine, puisque le compartiment à lessive est subdivisé en 4 sous-compartiments (que mettre où ?), que le bouton a 12 fonctions et qu’il n’y a pas de notice livrée avec.

Regard effondré du livreur A, qui se demande à haute voix dans quel monde on vit, je vous le demande, si les femmes ne savent plus d’instinct faire fonctionner une machine à laver.

Hé oui, lecteur, parce que, tiens-toi le pour dit, la femme possède bien lové au cœur de son ADN ancestral, le gène dit « des ustensiles ménagers ». C’est un gène qui existe depuis la nuit des temps, et si les femmes des cavernes ne l’utilisaient pas encore, c’est simplement parce les machines à laver et autres lave-vaisselle n’avaient pas encore été inventés. Ce petit gène se terrait donc tranquillement dans l’ADN féminin, attendant son heure, et s’est réveillé au milieu du XXe siècle, transformant les femmes en d’exquises et parfaites créatures sachant naturellement faire vrombir un aspirateur et tourner une machine à laver.

Le livreur A semble donc découvrir avec stupeur que je souffre d’une terrible maladie génétique : mon gène ménager serait endormi tel celui de la femme de Cro-Magnon, et je devrais sérieusement songer à stimuler mon cerveau afin de réveiller mes talents ménagers.

Sans blague, tiens, au fait, c’était pas la journée de la femme, le 8 mars ? C’est quand même pas de bol de se faire livrer une machine à laver pile l’une des 364 journées de l’homme… !  

par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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