Mardi 29 avril 2008

Aujourd’hui, Pétronille aborde un sujet cher à son cœur, vous aurez donc compris qu’il s’agit des voisins. Il existe plusieurs sortes de voisins, dont je ne peux faire une liste exhaustive ici car chacun de mes lecteurs pourrait probablement en rajouter une ou deux. Au cours de sa jeune vie (hum…), Pétronille en a connu plusieurs.

Il y avait le voisin-ami, qui habite à côté, passe le soir pour l’apéro avec une bouteille de schnaps maison (et souvent flanqué d’une tante Suzon qui passait par là par hasard et a vu de la lumière), garde les enfants quand les parents sont de sortie et leur permet de faire des batailles de purée avec une paille avant de regarder un film d’horreur à fort potentiel de cauchemars nocturnes.

Il y avait  aussi le voisin aimable et chaleureux qui, tout en restant discret, est toujours prêt à vous rendre de menus services : recevoir en votre absence vos innombrables colis de La R*doute, vous offrir un kilo de noisettes ou de la confiture des coings de son jardin, vous rendre pour la 52e fois avec le sourire le volant de badminton qui est passé malencontreusement de l’autre côté du mur à cause de ce foutu vent du Nord (variante : vous rendre, avec un sourire nettement plus crispé, le maillet de croquet qui a, on ne sait comment, volé au-dessus du mur en question pour atterrir bruyamment sur le toit de sa voiture)…

Il y avait la voisine paranoïaque persuadée qu’un ex vengeur, 25 ans après leur rupture, se faisait un aller-retour en train chaque soir depuis la Suisse (500 km tout de même) rien que entourer ses rétroviseurs de papier toilette et lui filer ainsi une peur bleue (ce qu’elle vous racontait d’un air de conspiratrice sur le palier, tandis que vous crouliez sous le poids de 5 kg de pommes de terre et de 2 packs d’eau et rêviez de rentrer chez vous vous affaler dans votre canapé).

Il y avait aussi les voisins parisiens, comme le lecteur s’en souvient, de l’imitateur de bruits quotidiens au couple d’amoureux éthyliques, en passant par le scato élevant des pigeons dans ses toilettes, les cracheurs fous tuberculeux, le jeune rappeur adepte des coups de balai au plafond, et Monsieur Ca-Va alias l'homme le plus poli du monde.
 
Et aujourd’hui, Pétronille découvre avec un ébahissement non feint un nouveau type de voisin, appelé communément le voisin du 16e arrondissement. Autant le voisin de l’Est parisien est bruyant, bavard et colérique, autant le voisin du 16e arrondissement est muet. Et aveugle. Et peut-être même sourd, ce qui nous amènerait presque à penser, au cours d’un instant d’égarement, que les Who ont peut-être écrit leur opéra-rock Tommy après un séjour prolongé dans l’actuel arrondissement de Pétronille. Muet, car le voisin du 16e arrondissement ne dit jamais bonjour. Il vous croise et vous recroise, vous effleure parfois de la manche de son manteau ou de la pointe de son parapluie, prend occasionnellement l’ascenseur avec vous, mais ne vous dit pas bonjour, quand bien même, bien élevée et un peu trop gentillette sur les bords, vous persistez à lancer de grands « bonjour ! » guillerets en les croisant. Aveugles, donc, car peut-être qu’ils ne vous voient tout simplement pas (évidemment, ils tournent la tête, consultent leur montre ou se montrent absorbés par la pointe de leurs chaussures dès qu’ils croisent quelqu’un) ou sourds car peut-être qu’ils ne vous entendent tout simplement pas. La seule personne qui, jusqu’à présent, a répondu aux bonjours insistants de Pétronille, est le petit monsieur de l’étage au-dessus, émigré espagnol ne parlant pas français et semblant extrêmement surpris qu’un habitant de l’immeuble le salue avec un sourire.

Ca promet…

[Ah si, il y a quand même le monsieur fort aimable qui a laissé son numéro à Pétronille pour qu'elle l'appelle au cas où elle resterait coincée dans sa salle de bain...oui, je sais, c'est mystérieux, je n'ai pas tout compris et je ne me suis pas non plus attardée pour essayer de mieux comprendre. D'autant que, ne me douchant pas avec mon téléphone, à part hurler à la mort par la fenêtre, je ne vois pas comment je pourrais appeler qui que ce soit].

par Petronille publié dans : Pétronille dans le 16e arrondissement
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Lundi 28 avril 2008

Aujourd’hui Pétronille (moi, donc) inaugure une nouvelle catégorie pleine de promesses, intitulée sobrement mais néanmoins avec un judicieux sens de l'à-propos « Pétronille dans le 16e arrondissement ». Car, depuis quelques jours qu’elle commence à se familiariser avec son nouveau quartier, Pétronille ne peut s’empêcher de noter quelques différences surprenantes avec l'ancien.

Ainsi, aujourd’hui, Pétronille a fait des courses dans le 16e.

Première constatation qui s’impose : ne jamais, jamais, jamais, imaginer qu’il est possible de faire quelques petites courses d’appoint dans la supérette du bout de la rue (et encore moins dans l’épicerie). Car pour pouvoir vous payer un paquet de pâtes, une motte de beurre et une boîte de thon, vous aurez été obligés de revendre au préalable vos organes inutiles (ou amochés...comme, par exemple, au hasard, euh...le foie) sur e-bay.

Donc, il faut se rabattre sur un supermarché plus grand, habilement dissimulé dans une petite rue sombre que Pétronille met des heures à retrouver à chaque fois, suivant les gens portant des sacs plastique, croyant reconnaître le bon croisement, et se paumant, il faut bien le dire, à tous les coups.

Les rayons y sont identiques à n’importe quel supermarché. Ce qui diffère, ce sont les gens, la faune locale, quoi. Le midi, les gens chic en costume cravate viennent se mêler au commun des mortels et remplir leur caddie de mini sushi pour déjeuner sur le pouce en toute simplicité. Les jeunes gens arborent un brushing que n’aurait pas renié Patrick Swayze au temps de sa splendeur, mais avec juste ce qu’il faut de boucles folles pour leur donner un air romantico-rebelle digne d’un jeune Werther souffreteux, en plus blasé. Et les dames, ah les dames, tout un poème. Elles ont toutes ce teint orange censé leur donner l’air de rentrer de la Côte d’Azur (Pétronille envisage de consacrer un article entier à ce mystère insondable : mais pourquoi toutes les femmes ici, quel que soit leur âge, sont orange ??? Merci de m'écrire si vous avez la réponse, je n'en dors plus), et la moitié d’entre elles sont revêtues de fourrures, avançant au son clinquant de leurs bijoux qui s’entrechoquent. Leur fidèle petit chien bien peigné est assis dans le caddie à la place réservée aux enfants et menace de vous arracher un doigt si vous avez le malheur de vous approcher un peu trop près pour attraper un paquet de gâteaux. La palme revient à une grande et vieille dame à la queue de cheval blonde virevoltante, engoncée dans un manteau de vison, tendant un doigt crochu vers Pétronille et lui ordonnant prestement de lui lire le prix d’un article, « il fait trop sombre ici, voyez-vous, je ne peux pas déchiffrer ». Forcément, elle fait ses courses en lunettes de soleil Ch*nel… ! 

C’est bien simple, on se croirait à un défilé de mode tellement les gens font la gueule. La dame en vison vous passe évidemment (mais élégamment) devant à la caisse parce qu’elle a 2 articles de moins que vous (elle le sait, elle a compté) et qu’elle ne veut pas attendre.

Heureusement, on croise quand même de petites dames souriantes, qui vous prédisent le temps qu'il fera en fonction du calendrier des saints à coups de dictons bien sentis, et c'est toujours bon de savoir si on devra porter une jupe ou un pantalon le lendemain, non ? C'est ça aussi, la magie des courses dans le 16e arrondissement...


par Petronille publié dans : Pétronille dans le 16e arrondissement
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Jeudi 24 avril 2008
Ce qui est drôle, quand on déménage, c'est de devoir signaler au monde que l'on a changé d'adresse, ce qui, selon l'interlocuteur, provoque des réactions quelque peu différentes. L'Assédic, par exemple, a semblé un peu surprise qu'avec ce qu'elle gagne, Pétronille passe du jour au lendemain de l'Est parisien aux beaux quartiers, ce que  la dame de l'accueil a manifesté par un éloquent jeu de sourcils.

Le monsieur des Impôts, lui aussi, a un peu tiqué, mais imaginant probablement que Pétronille avait touché un héritage conséquent de la part d'un oncle d'Amérique opportunément décédé, se montra beaucoup plus aimable.

Les gens d'EDF, quant à eux, doivent être plus débordés, puisqu'ils ont eu vraisemblablement un peu de mal à orthographier le nom de Pétronille, et ce fut seulement après avoir reçu 4 courriers à des noms fantaisistes (et donc après avoir appelé EDF quatre fois, de moins en moins poliment, il faut bien le dire), que les erreurs furent rectifiées, au grand soulagement de tous.

Mais autant EDF a eu du mal et autant les impôts, imperturbables, ont continué à écrire à l'ancienne adresse de Pétronille, autant il existe une catégorie de personnes qui, sans qu'on leur fasse le moindre signe, vous retrouvent où que vous soyez : les opérateurs téléphoniques. A peine la ligne de téléphone fut-elle activée que l'engin en question se mit à sonner non stop. Au bout du fil, diverses personnes promettant monts et merveilles si vous preniez un abonnement chez eux.

Et d'abord, un représentant de la grande blonde à l'oeil bovin qui ondule sur des "hou-hou" insupportables. Le monsieur devait être nouveau, ou avoir la mémoire courte car il sembla ne pas savoir dans quelles conditions plutôt tendues (c'est rien de le dire) Pétronille les a quittés il y a quelques années, et les torrents d'injures qu'elle leur a adressés via la hot line (enfin, seulement quand elle parvenait miraculeusement à les joindre - ce qui, d'ailleurs, lui a coûté un bras). Sentant qu'elle commençait à aborder des sujets peu agréables, il finit par lâcher prise et raccrocher prestement sans même dire au revoir.

Vint ensuite un monsieur jovial, représentant d'un autre opérateur : "Bonjour Madame, annonce-t-il d'un ton extatique, j'appelle pour vous offrir du bonheur !". Pétronille remercie poliment, elle a déjà tout ce qu'il faut. Le monsieur devient soupçonneux : "chez qui êtes-vous ? ils vous proposent quoi ? et la télé, ils vous ont donné la télé haute définition ? et internet ? et le téléphone ?" (tandis qu'il énumère tout ce qu'il peut m'offrir, j'ai eu le temps de faire un boeuf bourguignon). S'il se montre aussi conquérant dans sa vie amoureuse, voilà un homme qui doit épuiser ses concurrents...et ses conquêtes. Il faut presque lui raccrocher au nez pour s'en débarrasser, et même là encore, il continue à aligner des chiffres comparatifs.

Hier soir enfin, un autre coup de fil, en provenance d'un numéro qui avait déjà appelé pas moins de 33 fois en deux jours en l'absence de Pétronille, qui décroche, méfiante : "allô ?". Pas de réponse mais un vague brouhaha de l'autre côté. "Allô ?". Finalement, une petite voix : "Allô je suis bien chez Mme Pétronille ?". A la réponse positive, elle se présente : "Bonjour, je m'appelle Solange, de chez ***". Pétronille, se préparant à nouveau à une longue joute verbale, s'installe confortablement et envisage de déballer le puzzle de 10 000 pièces acheté pour l'occasion. Elle tente de couper court : "Merci, mais j'ai déjà tout ce qu'il faut". Et Solange, laconique : "Ah ? Bonne soirée, au revoir". Ce fut presque décevant, ce manque de hargne au bout de 34 appels... et que faire du puzzle, maintenant ?
par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Mardi 22 avril 2008

Oyez, oyez, chers lecteurs, Pétronille vous l'avait promis : elle l'a fait.

Elle a enfin déménagé.

Ce qui, vous vous en doutez déjà, ne fut pas une mince affaire.

Mais commençons par le commencement.

1e étape : faire les cartons.

Là, le lecteur ricane sous cape : rien de plus facile, a priori. Oui, mais quand on a 3 jours pour déménager, la question incontournable est : on les trouve où, les cartons ? La réponse s'est avérée relativement simple : dans la rue. L’avantage d’habiter dans un quartier foisonnant de petits commerces, c’est que le mercredi soir, les rues débordent de cartons soigneusement pliés attendant le passage des éboueurs. Voici donc Pétronille arpentant sans relâche les rues et ruelles, zigzaguant entre les poussettes, les livreurs de pizza et les longues jambes des gens attablés en terrasse, ramassant au petit bonheur la chance des piles de cartons (impossibles à porter facilement : se munir au préalable de ficelle pour les lier ensemble). Ce qui donna à son déménagement un petit air éclectique du plus bel effet, ses affaires étant réparties entre des cartons pour sauce nuôc-mam, bigoudis chauffants, sacs à paillettes, et - le clou de la collecte - blousons en cuir à l’effigie de Johnny.
 

2e étape : trouver une camionnette.

Il est aisé de deviner que dénicher une camionnette pour déménager 48 heures avant le jour J relève du défi le plus insensé, mais Pétronille y parvint néanmoins grâce à une chance insolente. Seulement voilà, la veille, un coup de fil del'agence de location vient signaler que la camionnette en question vient comme par hasard d'être accidentée, et qu’elle n'en a pas d'autres à proposer. Heureusement, le cousin de l'oncle du petit copain de  votre interlocutrice possède un garage à l'autre bout de Paris, et il sera ravi de vous louer une plus petite camionnette pour 100 euros de plus, à condition de venir la chercher avant 8 heures du matin. En désespoir de cause, Pétronille accepte, allège son portefeuille de chômeuse de quelques billets supplémentaires, et traverse Paris  en métro à l'aube, le regard vide (avouons-le), avec chevillée au corps la sensation que ce sera une longue, très longue, très très longue journée.

(Effectivement).

 
3e étape : le déménagement en lui-même ou comment se muscler les cuisses durablement grâce au transport de cartons sur 5 étages. Tout ceci en se posant des questions existentielles de type : " (un juron) Mais comment ce (encore un juron) lit a bien pu réussir à monter jusqu'au 5e alors que, très visiblement, il est dix fois trop grand pour la cage d'escalier et refuse obstinément de redescendre (juron bien senti) ???". Sans oublier les papotages avec les voisins, les « ah vous nous quittez ? », « ah on va bien vous regretter ! », « bonjour ça va ? » (c’est Monsieur Ca-va, le voisin qui dit toujours « bonjour ça va ? »), « j’espère que vous aurez une plus grande cuisine, parce que vous savez, c’est important d’avoir de la place pour cuisiner, d’ailleurs moi, ma cuisine…. » (et comme ça pendant 15 minutes au beau milieu du 3e étage, tandis que vous suez à grosses gouttes sous le poids de 3 cartons de livres)…


4e étape : parvenir à rejoindre le 16e arrondissement avant 10h du matin, car c’est l’heure à laquelle votre délicieuse concierge (qui détient, précieux sésame, les clefs permettant de faire entrer la camionnette dans la cour, évitant ainsi de bloquer la circulation à fort taux de Ferrari rutilantes et de conducteurs énervés) part en week-end. Arriver à 10h, c’est déjà un défi, mais quand votre quartier se trouve être l’épicentre de trois manifestations simultanées, ça devient le casse-tête du siècle. Pas la peine de demander aux policiers en faction devant votre rue par où vous devez passer pour contourner le flux des manifestants, ils vous répondent tous la même chose « je sais pas, je suis pas de Paris, et circulez ma petite dame ! ». Bon, par l'Est des manifestants futurs propriétaires de cirrhoses carabinées profitent du feu rouge pour tenter de monter sur le toit de la camionnette pour y agiter leurs banderoles, ce qui amène Pétronille à adresser de ferventes prières à des saints divers et variés, des fois qu'il en existe un spécialisé en passage ultra-rapide au feu vert (ça semble marcher, heureusement). Passons par l'Ouest, alors, où le trajet se passe sans trop d'encombres, si ce n'est de fréquents arrêts pour laisser passer d'autres manifestants, plus sobres mais tout aussi déterminés, tout cela avec en fond sonore le tic-tac de la montre qui indique que la concierge vient de boucler sa valise et s'apprête à prendre la clef des champs.


Finalement, la camionnette arriva à 9h58 et la concierge (jetant au passage un regard appréciateur sur le carton qui avait contenu des sacs à paillettes) accepta de nous laisser quelques minutes de plus, le temps de tout décharger dans la cour. La suite fut plus paisible, puisque, vous le savez déjà, le nouvel immeuble possède un ascenseur. Tiens, c'est tellement chouette que je l'écris encore une fois, et que je me gargarise la bouche de ces douces syllabes : as-cen-seur.
par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Lundi 21 avril 2008

Oyez oyez chers lecteurs, Pétronille prend sa plume virtuelle aujourd’hui pour que vous vous prépariez psychologiquement, et ce dès aujourd’hui, à faire le deuil douloureux de Monsieur Alf, de Monsieur Lanouille, du cracheur fou et autres freaks vivant dans son immeuble haut en couleurs et parfois d’ailleurs non dépourvu d’odeurs. Hé oui, Pétronille s’apprête à déménager, figurez-vous. Par un concours de circonstances que l’on pourrait qualifier d’heureux, selon le point de vue d’où l’on se place, votre vieille Pétronille quitte son quartier bigarré pour rejoindre de plus hautes sphères. Il s’avère qu’une amie très chère de Tante Suzon, compagne avisée (notez que je n’ai pas écrit « avinée ») de ses tendres années, loge sa filleule dans un petit appartement du 16e arrondissement. Or, la jeune femme en question, aventurière chevronnée, quitte la France pour quelques mois, afin de connaître le grand frisson Erasmus dans une Université huppée de la côte Est des Etats-Unis. Bon. Elle cherche donc une jeune fille (est-on encore une jeune fille à 30 ans passés ? hum… disons que oui) bien sous tous rapports pour loger chez elle, effrayée qu’elle est que d’affreux squatteurs profitent de son absence pour s’approprier son douillet logis.

Et, vous l’aurez compris, Pétronille se trouve être une jeune fille bien sous tous rapports, quels qu’ils soient. N’ayant plus que quelques mois à passer à Paris avant de s’envoler pour les cieux québécois, la voilà devenue candidate idéale à la vie dans les beaux quartiers. Vous pouvez donc actuellement la croiser dans la rue, savourant ses derniers jours dans son quartier animé, portée par une certaine mélancolie des petits riens qui faisaient de cet endroit un lieu de vie agréable, loin des touristes, des petits chiens en manteau Di*r, des dames chic qui ne sourient pas par peur de se rider. Chez Pétronille, les gens parlent fort, s’apostrophent sur le pas de la porte, et se mêlent en une foule multicolore et rieuse. Les femmes portent des boubous colorés, les enfants jouent au ballon, le boucher vous sert de la viande de pot-au-feu « comme si c’était pour moi », la caissière du Monop’ vous raconte les derniers potins, les rayons de la librairie sentent le vieux papier jauni, Monsieur Alf envoie des baisers bruyants à son épouse sur le palier chaque matin à 8h36 précises. Tout un petit monde vivant, à des lieues des quartiers résidentiels un peu figés du 16e, où les filles blondes et manucurées portent leur yorkshire dans un sac Vuitt*n, et où 90% des gens que vous croisez sont fraîchement débarqués de l’aéroport et parlent une autre langue que la vôtre.

Ne croyez pas que Pétronille se plaigne, ce serait carrément mal venu. On lui propose un appart plus grand, plus calme, avec ascenseur s’il vous plaît (ma cellulite ne lui dit par merci…), à deux minutes de la Tour Eiffel, avec une chaudière qui fournit de l’eau chaude à volonté, et même des petits oiseaux qui piaillent gaiement sur les rebords de fenêtre au point que Pétronille pourrait un instant se prendre pour cette gourde de Blanche Neige et siffloter avec eux. Il faut juste qu’elle s’habitue à ne plus entendre Monsieur Alf répéter en écho tous les bruits de sa maison (dernière trouvaille en date : il imite ma toux… sans commentaire).

par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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