Aujourd'hui, Pétronille s'adresse à la lectrice parisienne qui sait de quoi je parle, et à la lectrice provinciale, jeune insensée qui rêverait d'être à Paris pour faire les soldes au lieu de devoir se taper les éternels mêmes magasins de sa jolie ville. C'est pour rétablir la vérité sur les soldes parisiennes que Pétronille, courageusement, et sans même qu'on le lui demande, c'est dire son abnégation totale au service de ses lectrices, s'est décidée à tester pour vous : "faire les soldes à Paris".
Précisons avant toute chose que "faire les soldes à Paris", en langage pétronillesque, ce n'est absolument pas arpenter les belles avenues en déambulant de manière désinvolte devant les vitrines Pr*d*, G*cci et autres créateurs dont les boutiques sont gardées par des cerbères en costard qui vous ouvrent la porte si vous avez une tête à avoir un compte en banque bien garni ou un époux en voyage qui vous aurait laissé sa carte bleue pour vous consoler. Pétronille, en bon membre de l'Education Nationale en situation précaire, n'a absolument pas les moyens (ni l'envie, pour être franche) de se payer ce genre de choses, et se contente de faire les soldes dans des boutiques de filles bien plus abordables.
La 1e étape, et non la moindre, est de parvenir à entrer dans le magasin, devenu l'antre d'une marée humaine extrêmement impressionnante qui fait passer la foule d'un concert des Stones pour de gentilles familles en promenade digestive un dimanche de printemps. Sages et avisés, les fiancés de ces mesdames attendant tranquillement adossés au mur en face de la porte d'entrée en se grillant une clope ou envoyant des textos complices à des copains dans la même situation - exception faite des malheureux dont l'amoureuse a ab-so-lu-ment besoin de l'avis pour savoir si telle robe lui va.
2e étape : parvenir à approcher un rayonnage, voire, en cas de chance extrême, toucher les vêtements et pouvoir en sélectionner quelques-uns, puis, en cas de miracle incroyable - merci sainte Rita - trouver sa taille. Jusque-là, la lectrice provinciale (sans aucune condescendance, hein, Pétronille étant provinciale elle-même et très contente de l'être) ne voit pas de grande différence avec les soldes dans sa ville à elle. Alors sache, douce lectrice, qu'à Paris, la shoppeuse est capable de t'arracher des mains un pull que tu avais placé sur ton avant-bras avant de s'enfuir sournoisement, tandis que d'autres te filent des coups de coude ou de parapluie (ben oui, il pleut à Paris) pour se frayer un chemin vers la robe dont tu rêves depuis 15 jours. La queue vers les cabines d'essayage pouvant aller jusqu'à l'entrée du magasin, tout le monde est agglutiné devant les quelques miroirs dispersés dans le magasin et se pousse à qui mieux mieux pour avoir la chance de s'entr'apercevoir dans le reflet. Et surtout, surtout, lectrice, tandis que tu essaies de petites choses devant le miroir, ne pose pas tes habits, même à tes pieds, car une shoppeuse qui les trouvera à son goût les embarquera pour passer à la caisse (expérience vécue, j'ai dû user de toute ma persuasion pour expliquer à la jeune touriste japonaise qui avait ramassé ma veste et voulait l'acheter qu'elle provenait d'un autre magasin, que mes clés étaient dans la poche, bref, qu'elle était à moi). Ce qui donne des scènes cocasses où te voilà à essayer une robe tout en gardant ton sac enroulé autour de tes chevilles, ta veste glissée sous une aisselle et ton jean roulé sur tes genoux.
Enfin, tout cela, bien sûr, dans la mesure où tu trouves ta taille, lectrice, car les magasins parisiens, en période de soldes, regorgent de pantalons slims taille 32 (dans lesquels seules les petites filles de 8 ans peuvent respirer sans difficulté) ou de chemisiers taille 48. Pour trouver quelque chose entre les deux, il faut avoir brûlé moult cierges à sainte Rita (patronne des causes désespérées, voir plus haut) depuis au moins le mois d'avril.
Et bien sûr (bis), il faut que les vêtements soient soldés... Car beaucoup de boutiques font apparaître comme par magie des stocks de vêtements soldés (moches et mal coupés) qui n'étaient pas en magasin avant les soldes, et mêlent judicieusement articles soldés et non soldés. Donc, en pratique, cela signifie que la superbe petite veste qui vous fait une taille de guêpe et que vous avez trouvée dans la pile de manteaux à -60% n'est en fait pas soldée et vous coûtera le prix d'un aller et retour à Rome, alors que les trucs informes et décousus, même à 9,90 euros, ne sont achetés par personne.
Bref, lectrices, Pétronille ne peut que vous conseiller : d'abord d'éviter talons et gros sacs qui s'emmêlent dans ceux des autres. Ensuite d'éviter de faire les soldes pour vous détendre après une dure journée, sous peine de finir dans un bar à descendre des mojitos pour vous calmer les nerfs après avoir failli étrangler une parisienne sans scrupules avec un pull 100% coton soldé 50%. Enfin, de faire les soldes en province, comme Pétronille, qui a trouvé plein de choses jolies, pas cher, à sa taille, sans même avoir à faire la queue en cabine ou à la caisse, et a sympathisé avec d'autres shoppeuses super gentilles. Les clichés ont la peau dure dans les articles de Pétronille, mais là, j'avoue que je n'exagère même pas et que tout est vrai.





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