Aujourd'hui, Pétronille réalise que même à 30 ans, on peut encore découvrir des choses. Certaines sont agréables, comme réussir à bronzer des mollets ou et puis d'autres se révèlent des expériences éprouvantes. Prenons totalement au hasard parmi un choix donné d'expériences éprouvantes : aller aux Assédic pour la première fois.
L'Education Nationale étant ce qu'elle est, mes pauvres amis, Pétronille se retrouve aujourd'hui chômeuse, oui oui, vous avez bien lu. Après avoir enchanté la triste existence d'étudiants persuadés que l'art gothique consiste à porter du rouge à lèvres noir, Pétronille a vu revenir au bercail l'enseignant qu'elle remplaçait depuis maintenant 3 ans. Il a donc bien fallu lui rendre ses chères têtes blondes.
Alors aujourd'hui, Pétronille a posé son mignon peton dans les locaux de l'Assédic de son quartier. Locaux, d'ailleurs, tellement bien dissimulés qu'elle a mis un petit moment à les trouver. Délicatement, elle ouvre la porte menant à l'accueil et, humant l'air moisissant, fait son plus beau sourire à la dame , qui s'empresse de lui dire que cette porte est condamnée, et qu'il faut à présent, pour rejoindre les locaux, contourner le bâtiment, descendre un escalier dérobé, s'engouffrer sous un petit porche et ouvrir la première porte qui se présentera. Ah ? Bon. Pétronille s'en va donc, secrètement admirative des ruses gouvernementales en matière de baisse du taux de chômage : en effet, lecteurs, plutôt que de simplement condamner la première porte, ils ont embauché une dame qui reste assise toute la journée derrière son comptoir défraîchi et répète inlassablement que non, ici, il n'y a rien d'autre qu'elle, merci de prendre l'autre porte.
Bref.
Arrivée dans les vrais locaux, Pétronille reçoit un billet numéroté, comme au supermarché, au moins c'est familier. Pourtant elle est la seule personne vivante dans le hall, mais on ne plaisante pas avec le règlement sinon tout fout le camp et les chômeurs n'apprendront jamais la discipline bordel. Bref (bis). Soudain, son numéro s'affiche en rouge sur le panneau lumineux, c'est son tour. Oui, mais elle va où ? Des dizaines de portes sont alignées les unes à côté des autres dans un couloir fleurant bon le linoléum verdâtre de nos écoles maternelles. Derrière la porte n°1, le monsieur rougeaud qui relève la tête de ses Sudoku n'est pas très content de la voir et la renvoie vite fait dans le couloir. C'est alors qu'une jeune fille flegmatique émerge de la porte n°8 et appelle Pétronille, vous croyez qu'on n'a que ça à foutre, d'attendre que les chômeurs trouvent la bonne porte ? Bon. Bref.
Pétronille explique sa situation : oui, elle a de jolis petons, oui elle a un joli petit minois, mais surtout elle a fini son contrat à l'Université, et se retrouve grosjean comme devant, comme on dit vulgairement dans les campagnes reculées et aux repas de sa Tante Barbe, après 4 ans de bons et loyaux services à essayer de tirer vers le haut une jeunesse dépravée mais néanmoins fort attachante.
"Hum", répond la jeune fille, furieusement absorbée par le vernis de son index qui s'écaille un peu, quand même. Elle sourit chaleureusement à Pétronille et lui explique que, ayant travaillé en fac, ce ne sont pas les Assédic qui vont l'indemniser, mais le service de l'Université, qu'il faut contacter d'urgence sous peine de voir sa demande repoussée de plusieurs mois. Ensuite, il faudra que Pétronille pointe aux Assédic, qui écriront à l'Université pour lui donner le feu vert du paiement. Que du simple, en fin de compte. Oui, mais à l'Université, c'est bien connu, on est encore en vacances le 30 août, mademoiselle, sauf votre respect. Hé ben tant pis, vous n'aurez qu'à vivre 3 mois à Paris sans argent, prenez la porte n°1, merci au revoir.
Ah?
Revoilà Pétronille dans le bureau du monsieur aux Sudoku, quelque peu perturbée par les spectres grandissants et grimaçants du loyer, des impôts, de l'électricité, de la mutuelle, de la nourriture, et autres trucs générateurs de dépenses. Gloups. Le monsieur aux Sudoku lui annonce avec une joie non dissimulée que ça tombe drôlement bien, quand même, car le domaine de la charcuterie recrute beaucoup, on manque de bouchers et de plombiers, c'est dire. Après un échange émouvant de regards médusés, il comprend qu'il a lu un 8 au lieu d'un 3 dans le code métier de Pétronille : la voilà qui repasse en une seconde, grâce au tout-puissant géant informatique, du statut de bouchère-charcutière-tripière à celui d'enseignante. Ouf.
Rendez-vous est pris pour la semaine prochaine, à l'ANPE cette fois, où, lui explique-t-il joyeusement, on pourra vous soutenir dans votre vocation de professeur des écoles, mademoiselle, même si on ne peut rien faire pour vous, puisque c'est l'Education Nationale qui recrute. Difficile de lui expliquer posément qu'en fait Pétronille enseigne l'histoire de l'art, et que de toute façon, elle n'a pas le concours de professeur des écoles, donc on voit mal comment elle pourrait soudain se retrouver environnée de charmants bambins de type Kelly et autres Steven, comme ça, sans prévenir.
Au bout de cette éprouvante mais ô combien enrichissante demi-heure, Pétronille est donc rentrée chez elle le sac lesté d'une riche et pesante documentation sur les joies du chômage, aussi claire et compréhensible qu'un mode d'emploi de lave-linge, et heureuse propriétaire d'une carte de chômeuse qui "vous permet d'entrer gratuitement dans les musées, c'est quand même une bonne nouvelle, non, ma petite demoiselle ?". Ben oui, parce que comme je vais être sans le sou pendant 3 mois, je pourrai toujours aller me réchauffer devant l'église d'Auvers-sur-Oise.
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