Lundi 24 septembre 2007

Tout être humain branché qui se respecte, à plus forte raison s'il vit à Paris, se doit d'ouvrir de grands yeux extatiques quand on prononce devant lui les mots suivants "rugby", "coupe", "all blacks", "chabal" et autres termes du champ lexical du rugbyphile. A Paris, tout ne vibre que rugby. Les gamins balancent de mini ballons ovales dans les eaux troubles des bassins du Luxembourg. Les parisiens blasés enjambent des supporters à fort potentiel éthylique ronflant bras en croix et kilt de travers au beau milieu de la rue de Rivoli. Les parisiennes moins blasées tirent brutalement le bras de leur amoureux qui fait une pause devant chaque bistrot pour voir où en est le score. Les branchés de tous bords arborent les couleurs de leur pays préféré et se font des rugby parties au cours desquelles les hommes enchaînent les "oh essai !!!" tandis que les femmes commentent le physique des joueurs. Les téléviseurs des gares font défiler de petites anecdotes désopilantes sur les pays en compétition pour vous faire patienter tandis que votre TGV a 1h15 de retard. Les quais du métro, les devantures des cafés, les vitrines des magasins dégueulent des affiches politiquement correctes de type "le rugby, c'est beau si on se respecte tous les uns les autres" ou encore "le rugby, c'est fort comme la solidarité" et autres messages christiques un peu douteux.

Alors que Pétronille peut bien vous l'avouer, lecteurs, au risque d'effarer ses copines parisiennes : elle ne comprend rien au rugby. On a bien essayé de lui expliquer les règles de base (d'ailleurs, "on" ne connaît pas bien toutes les subtilités non plus...), qu'elle a progressivement assimilées, mais elle a du mal à arracher tous ses vêtements de joie quand un essai est marqué (ça finirait par coûter cher, en plus). Surtout qu'elle n'est pas spécialement sensible aux muscles des joueurs, qui auraient tendance à lui foutre un peu les boules, quand même, et à lui rappeler feu son Ken en plastique, le corps carré et le regard vide, avec des petits trous dans sa tête artistiquement réalisés par les canines du chien. Bien sûr, elle jette un oeil quand même, parce que sa copine Paloma, ancienne grande consommatrice de joueurs de rugby du temps béni (selon elle) de ses études dans le Sud, lui a expliqué un soir de beuverie les différences flagrantes existant entre les cuissots des gars de première, deuxième ou troisième ligne ("ben oui, nouille - elle aime bien m'appeler nouille - ils font pas le même effort physique").

Pétronille n'est pas contre, bien sûr, un bon petit match dans un pub tout cosy, le menton délicieusement chatouillé par un délicat fumet de fish and chips et les papilles joyeusement réveillées par une bonne bière au gingembre (si si). Elle ne crache pas non plus sur le plaisir de partager des moments d'intense félicité avec de joviaux irlandais ou de joyeux écossais qui chantent à tue-tête en levant bien haut leur Guinness tout en embrassant tout le monde (oui, ils peuvent faire tout ça à la fois). D'autant qu'il faut bien reconnaître qu'au moins, au rugby, il y a quand même un peu plus d'animation qu'au foot ; ça court dans tous les sens ; ça saigne ; ça se tape dessus ; ça marque des points toutes les cinq minutes, bref, il se passe des choses, ça change...!

Mais elle ne peut pas s'empêcher de se demander si les gens s'exciteraient comme ça pour des compétitions et événements intéressant d'abord des filles. Est-ce qu'on en ferait des affiches dans le métro ? Est-ce que les hommes feraient semblant de s'y intéresser pour plaire à leur chère et tendre ? Est-ce que les télévisions les diffuseraient en prime time, hein, dites, franchement ?

Voilà pour l'avis pétronillesque et néanmoins hautement constructif du jour.

*Note : la citation du titre a été honteusement volée sur un blog regorgeant de citations rugbyesques : http://nicerugbyfeminin.canalblog.com/archives/les_citations_du_rugby/index.html

par Petronille publié dans : L'avis de Pétronille (qui vaut ce qu'il vaut)
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Vendredi 21 septembre 2007

Quand on est une gentille provinciale pétronillesque, élevée au grand air comme tout poulet label rouge qui se respecte, et qu'on a passé une enfance à courir dans les champs parmi les sauterelles, les genoux écorchés et boursouflés par les orties, se retrouver à Paris peut provoquer un choc culturel (sans parler du choc microbien) un peu violent.

Non pas que Pétronille ait passé sa vie dans une ferme. Elle a vécu jusqu'à il y a peu dans une ville de province, avec sa grande rue principale, ses quartiers XVIe siècle, ses terrasses ensoleillées, et ses étudiants qui pouvaient la voir sortir les poubelles en chaussons orange ou rentrer passablement éméchée à 4 heures du matin. C'est ça aussi, la joie des petites villes.

Et puis voilà que Pétronille se retrouve propulsée à Paris. Une fois que son nez a cessé de piquer et ses yeux de pleurer tout seuls, elle a pu apprivoiser sa nouvelle vie. Notez qu'en général, elle en vit surtout les bons côtés : virées en vélo, sushis le dimanche, pique-niques au bord de l'eau, bouquinistes poussiéreux, baisers sur les ponts, théâtres et expos, bières apéritives et j'en passe.

Mais bon, il ne faut pas se leurrer, hein, chers lecteurs : pour vouloir vivre à Paris toute sa vie, il faut être parisien (ou cinglé). Pour vouloir dépenser 800 euros de loyer pour vivoter dans 30 m² avec homme et enfants ; pour ne pouvoir sortir un peu les gamins le dimanche que dans le square au bord du boulevard, parmi les canettes et les nuées de pots d'échappement ; pour vouloir perdre 3 heures par jour dans des RER bondés et suintants de transpiration, il faut être parisien, y'a pas à tortiller.

D'où le plan B pétronillesque, qui est de filer se la couler douce parmi les ours et les caribous. Alors bien sûr, tout le monde lui dit "mais tu as pensé à l'hiver ???", sur un ton hystérique (Tante Suzon, flocons-de-neigeophobe), angoissé (Maman, qui tricote déjà fiévreusement des chaussettes en grosse laine) ou amusé (les copains, qui l'imaginent déjà avec des stalactites miniatures collés au bout du nez, roulée dans une peau d'orignal, distribuant à la ronde ses miasmes phtisiques à chaque éternuement).

Alors bien sûr, tout le monde lui dit "mais c'est drôlement loin", sur un ton catastrophé (Maman, sentant bien qu'il lui sera plus difficile de me mijoter des tomates farcies le samedi midi) ou enjoué (les copains, qui se voient déjà débarquer pour les vacances et envoyer des cartes postales tachées de sirop d'érable à leurs péquenots d'amis faisant du camping derrière les hôtels bétonnés de la Costa del Sol).

Mais bon, c'est parti pour l'aventure, comme disent les héros à grosses mâchoires à de frêles héroïnes toutes en blondeur évanescente dans les mauvais téléfilms. Et l'aventure commence dès maintenant, car ce n'est pas une mince affaire, de partir, et avant de se faire arracher un bras (le gauche, espérons) par un ours, il y a des formalités à remplir, ce que Pétronille vous contera dans un prochain article, car pour l'heure elle doit courir s'acheter des boules quiès pour cesser d'entendre Monsieur Alf imiter d'une voix rauque le bruit de la perceuse.

par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Mardi 18 septembre 2007

Chers lecteurs, je suis au regret de vous le dire, mais force de reconnaître que Pétronille, aussi, parfois, se laisse aller à la facilité. Elle n'en est pas bien fière, notez, mais bon, en ce moment elle travaille comme une forcenée, avec son écran d'ordinateur pour tout horizon, des tas de papiers voletant partout autour d'elle, Monsieur Alf derrière la cloison imitant le bruit des touches de son clavier au fur et à mesure qu'elle tape... bref, Pétronille a plein de boulot, c'est la raison pour laquelle elle laisse peu d'articles palpitants et ô combien intellectuels, vous en conviendrez, sur ce blog. Il faut dire que comme elle écrit en parallèle des articles passionnants, pour ceux que ça passionne s'entend, sur des églises, elle vit dans une ambiance monacale peu propice à l'inspiration bloguesque. Pour un peu sainte Rita (sa préférée) lui apparaîtrait, là, au milieu de la pièce, parmi les chaussettes sales, les bouquins et les cartes du Canada, qu'elle ne serait pas plus surprise que ça, la Pétronille.

Alors du coup, histoire de publier un peu, quand même, sur son blog (parce que Pétronille a une conscience, sachez-le, et elle pense à ses lecteurs bien-aimés se tordant les mains de désespoir en constatant qu'il n'y a toujours pas de nouvel article aujourd'hui...ben oui, Pétronille fantasme un peu), elle se la joue facile et écrit dans la catégorie "en ce moment", histoire que vous sachiez tous, chez lecteurs, ce qu'elle fait en ce moment (d'où le titre de la catégorie...quand on vous dit qu'elle fait dans le facile).

Alors, en ce moment, Pétronille écoute le dernier Manu Chao en boucle. Ca sent bon la téquila, le gaspacho (sans commentaire), les fêtes entre copains, les virées dans des vans bringuebalants qui ne dépassent pas le 80 sur les autoroutes allemandes (en descente). Ca permet d'oublier un peu saint Bernard et les cisterciens, un vrai bol d'air, soyez en sûrs.

En ce moment, Pétronille se lance dans la lecture de Kate Atkinson. Il paraît qu'elle a raflé un prix sous le nez de Salman Rushdie, c'est dire. Quoi qu'il en soit, de la bonne petite littérature anglaise, sans prétention, ça permet là encore de décompresser tranquillement, les orteils en éventail, tandis qu'au dehors les touristes se font des mamours dans un nuage de pollution et que les policiers collent des prunes aux cyclistes.

En ce moment, Pétronille boit trop, elle l'avoue en rosissant (ou est-ce un début de couperose éthylique ?). De petit vin de Bordeaux en Carlsberg bien fraîche, en passant par le mojito apéritif, Pétronille commence à avoir la vague impression que son foie va finir par se venger d'une manière ou d'une autre. Le spectre de Tante Suzon commence à flotter de manière angoissante dans l'appartement... mais que voulez-vous faire, aussi, quand il y a toujours un truc à fêter (de type : chouette, c'est la fin de la journée) ?

En ce moment, Pétronille se prépare psychologiquement à partir bientôt à l'aventure sous d'autres cieux peut-être plus cléments, qui sait ? Gambader gaiement parmi les caribous, manquer de se faire dévorer par un ours, choper une pneumonie par -40°C, manger des tourtes à la viande... tous ces merveilleux rêves pourront peut-être devenir réalité, si tout se passe bien, mais je vous raconterai ça plus en détail quand j'aurai un peu plus de temps, chers lecteurs.

par Petronille publié dans : En ce moment
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Mardi 11 septembre 2007

Aujourd'hui, lecteurs bien aimés, Pétronille fait à nouveau montre de son grand coeur et partage bien volontiers avec vous la phrase du jour. Phrase du jour adaptable, s'il en est, à toutes situations, de la plus drôle à la plus triste, et c'est ce côté universel qui l'a fait choisir par votre servante.

En effet, si toi aussi, lectrice, tu as traversé tout le campus (ça marche aussi avec "tout le bureau", "toute la cour du lycée", "tout le hall d'entrée"... universel, on vous dit) avec le bas de ta jupe fort peu élégamment coincé dans ta culotte, dévoilant ainsi à des regards amusés qui n'en demandaient pas tant un élastique pendouillant et deux gambettes intimidées, la phrase du jour est pour toi.

Si toi aussi, lecteur, tu as un jour abusé légèrement du trou normand au mariage de ta cousine Sidonie, vomissant gentiment dans les vignes sous le regard effaré de tes géniteurs, lesquels se jurèrent mentalement de te déshériter à la première occasion (et voilà le chat empaillé de l'arrière grand-mère qui te passe sous le nez au profit de cette chipie de Sidonie, qui te ressert en douce une lampée de liqueur), la phrase du jour te convient également.

Si toi aussi, par un soir d'automne, telle Scarlett O'Hara échevelée brandissant sa carotte au soleil couchant, tu juras qu'on ne t'y reprendrait plus, oh là là, non merci, que les hommes/les ministres/les plombiers sont tous des salauds (rayez les mentions inutiles s'il y en a), tu peux la prononcer à voix haute.

La phrase du jour, chers amis, est aujourd'hui extraite de ce petit bijou cinématographique qu'est "Chantons sous la pluie" (à voir en VO, s'il vous plaît), comédie musicale sautillante à base de sourires Gene Kelliens. Et je vous la livre sans plus attendre et sans sourciller, faites-en ce que bon vous semble, tatouez la sur votre épaule gauche, brodez la sur votre oreiller, recopiez la à la plume dans votre carnet secret :

"Dignity, always dignity".

 

par Petronille publié dans : La phrase du jour
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Lundi 3 septembre 2007

Aujourd'hui, Pétronille découvre avec effarement que la rumeur était vraie, et que les jolies plantes blondes américaines, extirpées de leur campagne natale propice à l'égarement des adolescents en van et au découpage allègre de promeneurs par des tronçonneuses millésime 1968, poussées par des mères aigries rondies par les maternités, les cheeseburgers et les p'tits coups de mauvais whiskey derrière la cravate sans oublier des pères bourrus mais néanmoins joyeux collectionneurs de fusils à pompe, élevées à coups de sermons de télévangélistes et d'entraînements intensifs de pom-pom girls, tout ça pour être pomponnées, brushinguées, french-manucurées, talons-aiguillées, pailletées, et j'en passe, avant même d'avoir l'âge légal de porter un soutien-gorge ou une arme à feu (âge qui est sensiblement le même, lecteurs), n'ont effectivement pas grand chose à dire, mais ne se privent pas de le faire (et continuent, on ne sait pour quelle mystérieuse raison hormonale, à faire fantasmer le mâle moyen).

Pourtant, loin de Pétronille l'idée de critiquer gratuitement nos amis américains en alignant des clichés affreux sur leurs comportements et modes de vie (hum...). Mais à l'heure du multimédia, les images parlent pour elle, chers lecteurs.

J'en veux pour preuve la dernière élection, certainement prestigieuse pour ces jeunes filles impeccablement glossées, de Miss Teen USA 2007, où la candidate de Caroline du Sud répond à une délicate question (à savoir, pourquoi 1 américain sur 5 est-il incapable de placer les Etats-Unis sur une carte ? Voilà déjà en soi une information extrêmement inquiétante ou bien c'est moi qui suis trop naïve ?) en roulant de grands yeux bovins et vides.

Allez, c'est lundi, c'est la reprise, c'est le début d'une nouvelle longue semaine de rentrée, alors je vous laisse savourer.

par Petronille publié dans : Petronille raconte n'importe quoi
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