Des mois que vous avez envoyé votre D.C.S., lecteur, des mois que vous rêvez ours noirs, maringouins, érablières et poutine, et toujours pas de nouvelles. Vous en venez presque à envisager d'écouter Céline Dion en boucle pour calmer vos envies québécoises (mais un dernier sursaut de lucidité vous en empêche, Dieu soit loué) lorsqu'un beau soir d'été, alors que vous regardez rêveusement un coucher de soleil suédois, les pieds barbotant gaiement dans la Baltique, cernée de canards peu farouches mais quelque peu bruyants, repue de saucisses au porc et au lait et de marshmallows grillés, un peu étourdie par les 3% d'alcool de votre dernière bière, vous recevez un SMS de votre chère maman, promue gérante des affaires québécoises en votre absence.
Vous apprenez ainsi, là, parmi les moustiques et les canards, que vous avez été sélectionnée pour passer une entrevue à la Délégation Générale du Québec, laquelle statuera sur votre sort à la quite de cet entretien à fort potentiel de stress. Pétronille croit entendre au loin le ricanement de ses étudiants ravis à l'idée que leur prof se mette à passer des oraux, à transpirer sur sa chaise, à avoir des trous de mémoire et à bafouiller lamentablement sous le regard sombre de l'examinateur.
La soirée, qui avait plutôt bien commencé, se clôt donc dans l'inquiétude. Qu'est-ce qu'ils vont me demander ? Qu'est-ce que je vais leur répondre ? Est-ce que les cheveux rouges sont éliminatoires ? Est-ce qu'on doit passer un test de résistance aux moustiques ? Bref, vous l'aurez compris, c'est avec l'esprit enfiévré que Pétronille passa cette nuit sous la tente, les pieds sur son sac à dos, les cheveux collés à la toile pleine de condensation, les pieds trempés par la pluie, et le corps enduit de répulsif à moustiques (joie, joie, joie du camping).
A son retour sur le sol français, Pétronille se rendit donc avec une belle détermination à la Librairie du Québec à Paris pour faire un stock de livres divers et variés sur le climat, la végétation, la culture, la nourriture etc... de la province, sans oublier de belles cartes du pays à accrocher face au lit, histoire d'apprendre un peu la géographie canadienne. Ironie du sort, Pétronille, qui n'est même pas foutue de placer les départements sur une carte de France (pas terrible pour passer l'agreg d'Histoire-géo), est ainsi devenue incollable sur la géographie du Canada. Elle sait à présent placer les villes, les parcs naturels, les cours d'eau, les routes principales. Elle connaît les courbes de température, les divers premiers ministres, les mensurations des élans... bref, elle s'est mise à réviser comme elle ne l'avait plus fait depuis fort fort longtemps.
C'est là, au détour d'une lecture, que la naïve mais néanmoins attachante (si si) Pétronille dévouvrit avec stupeur que les Québécois sont les sujets de Sa Gracieuse Majesté Elisabeth II d'Angleterre (je lui mets des majuscules, c'est ma future souveraine). Raison pour laquelle Pétronille, en bonne et loyale sujette, s'est mise à lire les potins sur le Prince Harry, à encourager l'équipe de rugby d'Angleterre, à apprendre le God Save the Queen, à boire de l'ale tiédasse et à manger de la marmelade de citron vert fluo. Mettons toutes les chances de notre côté.
Dernière étape, et non des moindres : l'entraînement. Telle une athlète, dont elle a la volonté farouche si ce n'est le physique musculeux, Pétronille passa en effet le dernier soir avant l'entrevue à se faire interroger sur toutes les questions cruciales de type "pourquoi voulez-vous partir au Québec ?" à "Pouvez-vous chanter le God Save the Queen à l'envers ?" (sait-on jamais, mieux vaut être bien préparée). Le problème, évidemment, c'est que quand vous révisez à la maison, plein de réponses saugrenues vous viennent à l'esprit (non, je ne donnerai pas d'exemples) et vous vous retrouvez rapidement pliée en deux par un fou rire nerveux. Le hic étant, bien sûr, que vous risquez ensuite d'avoir à nouveau envie de rire quand le vrai examinateur vous reposera ces mêmes questions, le lendemain.
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