Samedi 17 novembre 2007

Le suspense étant intenable et le lecteur avide de sensations fortes se demandant avec angoisse ce qu’il en est de cette terrible entrevue qui guettait Pétronille, l’auteur ne vous fait pas attendre plus longtemps et vous conte ici même et par le menu le quoi et le qu’est-ce de cet entretien à visée immigrante.

 

Ayant révisé toute la nuit, Pétronille fit des rêves étranges, mais peu pénétrants, à base de situations humiliantes de type « je passe l’entrevue en chemise de nuit », et marmonna des phrases incompréhensibles en anglais dans son sommeil agité.

 

Le matin venu, le réveil émit ses habituels sons désagrégés à l’aube, bien avant l’heure à laquelle Monsieur Alf claque bruyamment sa porte en faisant trembler tout l’immeuble. Pour une fois, c’est lui qui sursauta dans son lit – la journée commençait donc bien.

 

L’eau chaude étant revenue, Pétronille, après une bonne douche, entreprit de mettre sa tenue spéciale « je suis une femme sérieuse et respectable » (si, si), le genre même de tenue jolie mais inconfortable. D’abord, enfiler délicatement les bas en évitant que les doigts pétronillesques ne les filent avant même qu’ils aient passé la cheville. Puis se glisser dans la petite robe noire un peu serrée, et surtout, ô suprême supplice, mettre les petites chaussures à talon pour compléter la panoplie de l’immigrante parfaite pour laquelle les provinces canadiennes sont prêtes à se battre (rêvons un peu).

 

Perchée sur ses talons, Pétronille tituba gentiment en tortillant des fesses jusqu’au métro, évitant soigneusement toutes les grilles que la Mairie de Paris place sur le passage des pauvres parisiennes entalonnées : grilles d’arbres, grilles de métro, grilles d’égout, sans parler des pavés, bien sûr... Toutes sortes de pièges affreux dans lesquelles lesdits talons prennent un malin plaisir à rester coincés. Bien évidemment, à cette heure matinale, le métro était bondé, et force grands baraqués à baskets taille 46 piétinèrent allègrement les petites chaussures en question, tandis que la moiteur ambiante faisait frisotter les cheveux rouges (on le saura) péniblement domptés.

 

Enfin arrivée à la Délégation du Québec, Pétronille, remettant délicatement ses cheveux en place, prit place dans la salle d’attente parmi d’autres candidats quelque peu tétanisés. Arrivée en avance pour la première fois de sa vie, Pétronille connut les affres de l’attente et ce fut bien sûr au moment où elle se repoudrait le nez (comme on dit élégamment) aux toilettes qu’une dame vint la chercher.

 

Après une petite déambulation dans les couloirs, Pétronille prit place dans un petit bureau jaune tapissé de posters vantant les joies de la vie québécoise en toutes saisons, du farniente estival au bord des lacs au patinage hivernal sur ces mêmes lacs gelés. Sérieuse comme un pape, raide sur sa chaise, Pétronille se crut revenue aux temps peu bénis de ses oraux de la fac.

Les questions fusèrent en tous sens pendant près d'une heure. De "pourquoi voulez-vous partir au Québec ?" à "pourquoi êtes-vous si sûre que vous aimerez le Québec ?", en passant par "citez-moi des villes québecoises", "donnez-moi l'équivalence québécoise de tous vos diplômes" et autres "avez-vous contacté des établissements susceptibles de vous embaucher ?", ce fut un florilège de questions auxquelles votre Pétronille répondit le plus sérieusement qu'elle put tout en guettant les mains fébriles de l'examinatrice qui notait tout sur son ordinateur. Vint ensuite le questionnaire en anglais : "what do you know about our society ?", "what will you do on your first week in Montréal ?" (euh... dois-je dire la vérité, à savoir : assister à un match de hockey avec une grosse main en mousse, manger des pancakes dans un de ces restos en bord de route où les serveuses à chignon et robe-tablier vous versent du café à volonté, déambuler dans les parcs naturels en poussant de grands cris extasiés et m'acheter un énorme pick-up rouillé et le gros chien qui ira dedans ? Ou vaut-il mieux dire des choses sérieuses de type chercher un appartement, lire les offres d'emploi...?).

Enfin, une fois que nous fûmes épuisées toutes deux par tant d'émotions, l'examinatrice me confia ce que je m'apprête à vous confier à vous, lecteurs bien aimés : le Québec sera ravi de m'accueillir. Hésitant entre me jeter à ses pieds et lui serrer dignement la main en signe de reconnaissance, j'optai pour la deuxième option, plus en accord avec ma tenue de femme respectable (mais si), et attendis d'être dans la rue pour sauter partout, sourire bêtement aux passants, embrayer sur l'expo "design contre design" avant de fêter ça au champagne.

Me voilà donc future sujet de Sa Royale Majesté (je sais, j'insiste lourdement là-dessus, mais ça m'ébaubit encore). Le mot de la fin sera donc "God save the Queen" et toute cette sorte de choses.

 

par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Vendredi 16 novembre 2007

Dans son infinie mansuétude, le lecteur saura, j'en suis sûre, pardonner à Pétronille ces longues semaines de silence. L'emploi du temps pétronillesque très serré ne lui a guère permis de prendre le temps de s'épancher sur ce blog. Jugez plutôt : entre le thé du matin, la lessive et les courses (la matinée bien remplie de la chômeuse lambda, donc) et le temps passé à engouffrer des pains d'épices au chocolat en essayant tant bien que mal de rédiger des choses intelligentes et à fort potentiel scientifique de manière à éblouir l'intelligentsia universitaire toujours avide d'adjectifs en "ique" (de type "tautologique" ou "apotropaïque", que je cite ici bien volontiers, histoire de me la péter un peu, c'est toujours ça de pris), Pétronille n'a hélas pas eu le temps de proposer des réflexions intellectuelles sur son blog.

Emergeant lentement de semaines passées derrière son ordinateur, lequel daigne parfois, quand ça lui chante, fonctionner correctement, Pétronille s'est récemment fait une petite frayeur. Tellement concentrée sur sa prose qui ne sera pourtant que peu lue, et même pas par les membres de sa famille qui ont toujours soudainement "un truc hyper important à faire" (de type se brosser les dents, s'épiler les sourcils, acheter des madeleines pour le chien...) au moment où elle leur tend les derniers feuillets imprimés, Pétronille a bien cru qu'elle n'avait pas vu les mois défiler et qu'on se trouvait déjà fin décembre.

Pourquoi ? Tout simplement parce que depuis près d'un mois, nous baignons dans une ambiance de Noël assez marquée, et quand Pétronille a daigné lever un oeil de son écran d'ordinateur, les guirlandes et autres santons de terre cuite lui ont sauté au visage, au point qu'elle a bien cru avoir manqué la fête.

Je me pose donc la question, la même que se posaient les vieilles voisines de ma grand-mère à chaque fois que nous les rencontrions en revenant de promenade : où va le monde, ma pauvre dame, et pourquoi n'y a-t-il plus de saisons ?

J'aimerais comprendre pourquoi, à la mi-octobre, alors que je persiste à porter encore des petites robes légères et à pique-niquer gaiement en bordure de Seine, les vitrines des magasins qui m'entourent débordent déjà de paillettes, de peluches et de guirlandes lumineuses. J'aimerais savoir pourquoi ma vieille voisine du 2e invoque l'esprit de Noël pour que je l'aide à monter ses courses. J'aimerais comprendre au nom de quel idéal les fabricants de chocolats en tous genres estiment qu'ils peuvent dès maintenant me faire prendre les kilos que je réserve normalement à la soirée du réveillon. J'aimerais savoir comment expliquer à ma nièce de 4 ans qu'elle va devoir attendre encore deux mois avant d'entamer le calendrier de l'Avent que lui a offert sa grand-mère.

Et tant qu'on y est, j'aimerais bien savoir, tiens, pourquoi on n'a pas eu un temps de Toussaint à la Toussaint, et pourquoi les gamins d'Halloween passent la veille quand on n'a pas encore acheté les bonbons réglementaires, et pourquoi ils ne passent plus le lendemain, vous laissant avec des tas de carambars, fraises tagada et autres boules de gélatines bien régressives sur les bras. 

J'aimerais bien savoir pourquoi on ne peut pas faire les choses dans l'ordre, acheter ses cadeaux de Noël dans l'urgence le 23 décembre, fêter Noël le 24, soigner son indigestion de chocolats le 25 (et le 26, en cas d'abus de substances éthyliques), et prendre des résolutions touchantes mais irréalisables le 31.

Voilà, c'est tout ce que j'avais à dire à ce sujet, comme dirait l'autre.

par Petronille publié dans : L'avis de Pétronille (qui vaut ce qu'il vaut)
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