Lundi 22 décembre 2008

Chers lecteurs fidèles et lectrices bien-aimés - l'inverse étant évidemment possible -  aujourd'hui Pétronille vous conte en long en large et en travers comme elle sait si bien le faire la belle histoire de sa journée au centre aéré. Hé oui, lecteurs, il faut bien vous dire que Pétronille se trouve affublée depuis quelques années d'une meilleure amie que vous connaissez déjà un peu puisqu'elle n'est autre que Paloma, fournisseuse officielle de recettes de gaspacho andalou. Or, cette meilleure amie, non contente de résister toute l'année aux assauts d'enfants mordeurs à qui elle tente d'apprendre à lire et à compter, se retrouve directrice de centre aéré pendant les vacances. Si c'est pas de la vocation, ça ?

Pétronille, dans sa candeur attachante (si, si), et mue par des sentiments amicaux irrépressibles, s'est fait un devoir, il y a quelques jours, de rendre visite à Paloma, censée, en tant que directrice, rester gentiment dans son bureau à superviser, administrer et toute cette sorte de choses que font les chefs, les puissants, et les feignants, l'un n'excluant pas l'autre comme on sait.

A peine Pétronille pose-t-elle un pied mutin (si, si) dans le centre qu'une charmante petite fille blonde et bouclée, telle qu'on n'en trouve plus que dans les romans de la Comtesse de Ségur avec une poupée en robe de taffetas au bras (sauf que celle-ci s'appelle Kelly), se jette dans ses bras pour lui faire un bisou. Charmant accueil, se dit Pétronille en son for intérieur, avant d'apprendre que le joli minois qui s'est gentiment frotté contre son sein petit mais accueillant a refilé des poux à toute la petite section et même à son ours en peluche, c'est dire si elle en est infestée...!

Hum... partant à la recherche de Paloma, le cuir chevelu bizarrement stressé, Pétronille la trouve dans les toilettes, trempée jusqu'aux os, le cheveu pendouillant sur son front, le tee-shirt maculé de peinture, en train d'essayer d'approcher le petit garçon de 5 ans qui la bombarde de verres d'eau parce qu'il refuse de remonter son pantalon et souhaite montrer ce que l'on appelle communément son zizi à toutes les animatrices. Assez fier de lui, d'ailleurs, il montre complaisamment l'organe en question à une Pétronille quelque peu perplexe. "Pas le moment", me murmure Paloma en me demandant de l'attendre dans la salle de jeux.

La salle de jeux est une grande pièce dégageant une forte et néanmoins désagréable odeur de linoléum grisâtre qui rappelle à Pétronille ses premières années lorsqu'elle aimait à porter des collants roses du plus bel effet et des "puces" accrochées à ses barrettes (les lectrices trentenaires comprendront). Là, dans ce havre de paix, deux animateurs lui présentent les petits bouts de chou qui sont assis en cercle : Brandon, Dylan, Calista, Stevie, Robbie, Charlie... ah pardon, je suis sur le plateau des "Feux de l'amour" ou quoi ? Pas le temps de s'interroger car Brenda a collé un bout de coton dans la narine de Charlie pendant que Stevie hurle à tue-tête tous les nouveaux gros mots que son grand frère lui a appris la veille. Mais voilà que commence l'activité sur le thème de l'Afrique, 12 paires de petites mains potelées se mettent à taper dans tous les sens sur des djembés, faisant douloureusement sortir les yeux de Pétronille de leurs orbites, et lui rappelant cruellement les après-midis passés dans des parcs parisiens parmi ses congénères venus apprendre à leurs enfants à quoi ressemble un brin d'herbe [une parenthèse ici, lecteur, pour poser la question cruciale que personne, ou presque, n'ose poser : faut-il être naïf comme Pétronille pour imaginer pouvoir lire paisiblement au soleil dans un parc sans qu'un joueur de djembé ne vienne nous vriller les oreilles ?].


Arrive enfin le moment de la libération, celui où les parents viennent récupérer la prunelle de leurs yeux. Ils attendent depuis déjà une heure, en fait, parce que comme ils s'ennuient à la maison, ils viennent se coller derrière la vitre, assis sur une chaise pliante aux rayures multicolores, et ils regardent. Sylvester, par exemple, galvanisé par la présence paternelle, essaie de verser de la colle liquide dans le dos de Dylan. Le père de Dylan se met à interpeler celui de Sylvester, on entend voler des mots qui finissent en "ard" ou en "ulé", et ça finit en bagarre généralisée de parents pendant que les animateurs s'empressent d'emmener les enfants enfiler leurs manteaux.


Quand la porte s'ouvre, chaque parent y va de sa récrimination. La mère de Bobby voudrait bien qu'on colle son fils à la sieste, parce que le soir il est tellement énervé qu'il est - citation - "à claquer". Paloma (laquelle ,  debout dans une petite flaque d'eau formée par les gouttes qui tombent de son pull, frise tranquillement la pneumonie) a beau gentiment lui expliquer que les enfants de 11 ans ne font plus la sieste, la mère de Bobby voudrait bien que quand elle récupère son fils, elle puisse directement le mettre sagement au lit. La mère de Johanna, quant à elle, ne veut pas que sa fille ramène à la maison le photophore en papier calque qu'elle vient de fabriquer, parce qu'elle trouve ça moche, ça ramasse la poussière ces trucs-là, hein, ajoute-t-elle avec un clin d'oeil connivent à Pétronille (qui ne fait rien d'autre que sourire bêtement tout en essayant d'éviter les mains baladeuses du père de Calista).


Avant de tomber de sommeil à 17h30, de la peinture (et de la Marie-Rose) dans les cheveux, des acouphènes dans les oreilles (maudit djembé), et de la colle sur les chaussettes, Pétronille se fait donc une ultime réflexion : mais où est-ce que le ministre (j'ai du mal à dire "notre", ça voudrait dire que je l'aime bien) de l'Education Nationale a été pêcher que c'était facile de s'occuper des petits (et de leurs parents) ??? [Peut-être de "Super Nanny" ? Je ne vois pas d'autre explication].

Par Petronille - Publié dans : Testé pour vous
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