Jeudi 21 février 2008

Aujourd’hui Pétronille découvre les joies de la pizza à emporter à fort potentiel sentimental, ce qui est un plus, convenons-en.

Car depuis peu, un restaurant italien s’est ouvert juste sous les fenêtres pétronillesques, ce qui est une fête en soi, le quartier de Pétronille étant plutôt pauvre en restaurants, et pour cause, qui voudrait se faire une terrasse au bord de la route, parmi les vapeurs de pots d’échappement, les crottes de chiens parisiens (les pires), sans parler de la faune du coin, capable de vous couper l’appétit d’un simple regard ? Aussi pour déguster une pizza lovée sous une couverture devant un improbable film du dimanche soir rediffusé pour la énième fois à la télé, Pétronille était jusqu’à présent obligée d’avoir recours aux services d’une grosse entreprise pourvue de livreurs tout de rouge vêtus. Le problème étant de réussir à les joindre au téléphone, puis de passer une commande équilibrée (à savoir : comment manger beaucoup mais pour pas trop cher – un véritable casse-tête), et enfin d’attendre pendant plus d’une demi-heure que la pizza arrive. Ce laps de temps étant mis à profit pour débarrasser un peu l’entrée, éviter de laisser des trucs bizarres traîner dans le couloir… de manière à ne pas trop effrayer le livreur, qui a déjà eu la gentillesse de se taper les 5 étages à pied, bercé par les cris étranges qui sortent de l’appart de Monsieur Alf. A moins qu’entre-temps, mourant de faim, Pétronille ne se soit enfilé une bonne assiette de charcuterie, la laissant malade rien qu’à l’idée de jeter un œil sur une pizza.

Bref.

Depuis l’arrivée de Gianni, c’est la fin de tous ces soucis. Son restaurant minuscule comporte en tout et pour tout trois tables, qui sont soigneusement décorées de jolies nappes, avec serviettes assorties, le tout dans un cadre italiano-parisien : de jolies arcades Renaissance peintes en rouge, blanc et vert. Les tables sont toujours vides, personne n’ayant encore eu l’audace incroyable de s’y poser en famille. Par contre, la vente à emporter bat son plein, et tous les habitants du quartier se succèdent chez Gianni, autant pour la nourriture (qui, il faut le dire, est bonne) que pour le décorum.

Car Gianni est un artiste de la pizza. Chez lui, tout se fait avec lenteur et inspiration. Quand vous pénétrez dans son antre, il vous accueille, trônant derrière son comptoir parmi son stock de jambon, artichauts, mozzarella et autres poivrons. En fond sonore, un best of des meilleures chansons tristes des meilleurs chanteurs du siècle : « Ne me quitte pas » enchaîne sur « La Bohème », suivie de près par « Les roses blanches », toujours efficace pour plomber l’ambiance la plus festive : mais jugez plutôt :

free music



Dans ce fond sonore larmoyant, avec des gestes fervents, Gianni vous concocte une pizza extrêmement symétrique, rectifiant la position du jambon par rapport à celle des artichauts, calculant par l’écartement de ses doigts l’espace entre deux olives, saupoudrant la mozzarella râpée comme il couvrirait sa femme de pétales de roses, tout cela en chantonnant « voici des roseuh blan-cheuh / toi qui les aimais tant ». C’est l’œil humide et le cœur gonflé que vous rentrez ensuite chez vous, serrant chèrement contre votre cœur le carton de pizza, et décrochant le téléphone pour appeler votre môman.


Post-Scriptum : cet article est dédié à ma soeurette Rosalie, qui saura apprécier comme il se doit cet échantillon musical édifiant.
par Petronille publié dans : Petronille raconte n'importe quoi
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