Aujourd'hui marque la rencontre improbable entre une Pétronille n'ayant pas encore distillé dans ses veines la dose de théine nécessaire à son
éveil, et un volatile à l'oeil rond et à l'organe vocal surdéveloppé installé négligemment sur le rebord de sa fenêtre. Et ce volatile, je vous le donne en mille, ce n'est pas le pigeon parisien
typique qui soulage ses besoins naturels sur le guidon de votre vélo pile quand vous êtes en retard, mais bien une mouette. Oui.
Habituée à gambader gaiement sur les plages bretonnes, Pétronille est bien sûr familière de ce genre d'animal, qu'elle se plaisait notamment à regarder suivre
fébrilement les chalutiers de Douarnenez dans des ricanements joyeux et affamés. Dans ses premiers mois parisiens, elle découvrit avec une certaine stupeur que la mouette fait également partie du
paysage faunesque des habitants de la capitale (donc pourquoi iraient-ils s'embêter à se balader en province, hein, franchement), mais seulement, de manière logique, près de l'eau. Or,
Pétronille, jusqu'à preuve du contraire, ne loge ni en bord de Seine avec vue sur Notre Dame (on peut rêver), ni au beau milieu du jardin du Luxembourg où des gamins en culotte courte sanglotent
à qui mieux mieux tandis que leurs géniteurs sacrifient leurs mollets pour aller rechercher les petits bateaux échoués au milieu du plan d'eau. Non, la seule forme d'eau aux abords de chez
Pétronille, ce sont les flaques laissées par les pompiers quand ils ont fini de nettoyer leurs gros camions (hé oui, les filles...).
Aussi vous comprendrez la légitime surprise pétronillesque lorsque ce matin une énorme mouette très en verve vint pousser des cris ininterrompus sur la fenêtre. Mais le pire, c'est que cette
visite inattendue provoqua la joie intense (et j'ai même envie d'ajouter "délirante") du voisin, lequel, jusqu'à présent, n'avait eu l'occasion que d'imiter des klaxons furieux et des aboiements
de petits roquets. Il s'est donc mis à répondre de manière hystérique, comme si sa vie en dépendait, à l'oiseau qui se montra à son tour fort loquace. Prise en étau entre les deux,
Pétronille abandonna lâchement sa tasse de thé pour s'enfuir à la BNF, appréhendant (probablement à juste titre) de rentrer ce soir...
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