Il y avait le voisin du dessus, vivant en groupe dans 9 m², rentrant chaque nuit à deux heures du matin, heure à laquelle il juge bon de se
préparer bruyamment un en-cas à base de casseroles qui s'entrechoquent et d'odeurs de fritures qui pénètrent sous la porte, tout cela en crachant ses tripes sur le palier dans un raclement de
gorge guttural et en écrasant ses clopes encore fumantes devant votre porte. Pour éviter de se laisser gâcher la vie par celui-là, une paire de boules Quiès et un bon rappel anti-tuberulose
suffisaient.
Il y avait le voisin d'à côté, imitant joyeusement le moindre bruit émis dans votre appartement, du plus technique (la soufflerie de votre
ordinateur) au plus intime (votre rire que vous pensiez plutôt léger et gracieux, pourtant). Celui-là, il y a longtemps que vous en avez pris votre parti, et en plus, grâce à lui, votre
appartement est devenu une attraction touristique pour les copains ébahis qui vous envoient des membres de leur entourage munis d'instruments les plus divers pour tester les capacités vocales de
Monsieur Alf.
Il y a à présent le gros connard de voisin du dessous, que Pétronille projette de ligoter tout nu à sa porte d'entrée jusqu'à ce que mort
s'ensuive, si possible baillonné, livré aux ricanements perfides des habitants de l'immeuble.
Je m'explique.
Samedi soir, vers 21 h, alors que Pétronille recevait pour la première fois en 4 ans son neveu et sa nièce, d'adorables bambins comme l'on s'en
doute, l'on sonne à la porte. Un "djeune", comme on dit dans les magazines branchés, la mèche grassouillante et la colonne vertébrale en vrille vient se plaindre qu'il entend des enfants marcher
au-dessus de sa tête et que ça le dérange. Sachant qu'on est samedi, qu'on est rentré depuis seulement 10 minutes et que c'est bien la première fois qu'on fait un semblant de bruit dans cet
immeuble de tarés digne d'inspirer son meilleur film à Emir Kusturica [message personnel : c'est quand tu veux, Emir], Pétronille est un peu surprise. Il ne devrait pas être en train de picoler
avec ses copains boutonneux, de toute façon ? Ceci dit, aimable comme à son habitude, Pétronille s'excuse et d'ailleurs, c'est l'heure pour les petits d'aller se coucher, l'incident est donc
rapidement clos. Le lendemain, Pétronille quitte l'appartement tôt le matin pour emmener les enfants émerveillés procéder à l'assaut de la Tour Eiffel (faut-il préciser qu'ils se sont enchaîné
les deux étages à pied en une fraction de seconde, laissant Pétronille rougeaude et essoufflée 500 marches plus bas ?). A peine ont-ils mis un pied, épuisés, dans l'appartement, vers 17h, que le
même acnéique maigrichon se met à cogner comme un dératé au plafond, cherchant visiblement à communiquer avec nous dans son langage poli et mesuré, et nous faire comprendre qu'on le dérange
encore. Un coup nous aurait suffi, car nous sommes des gens civilisés (nous sommes provinciaux) mais n'étant probablement pas certain que nous avions saisi, il a réitéré les coups une
bonne vingtaine de fois, histoire d'amortir son manche de balai tout neuf.
Et voilà qu'aujourd'hui, alors qu'elle s'apprêtait à travailler studieusement à la maison, Pétronille voit soudain son étagère trembler tandis
qu'un son infernal, que nous appellerons de manière fleurie "du gros rap qui tache", emplit l'appartement, et toute la cage d'escalier, laissant Monsieur Alf lui-même coi devant tant d'audace.
Pas la peine de dire d'où ça vient, c'est évidemment ce gros crétin désoeuvré qui écoute de la musique à fond.
Alors, lecteurs, vous comprendrez que la douce (si si) et paisible (mais oui) Pétronille soit à l'heure actuelle en train de fomenter un lâche attentat, qui prendra probablement la forme d'une
grosse engueulade sur le palier et d'une grosse veine violette battant la cadence sur son front impérial (mais si) tandis que sa bouche délicate déversera des torrents d'injures sur le minable
petit avorton du dessous. A suivre, donc... (merci de commencer dès maintenant à vous cotiser pour ma caution, lecteurs, sait-on jamais...).nti_bug_fck
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