

Oyez oyez chers lecteurs, Pétronille prend sa plume virtuelle aujourd’hui pour que vous vous prépariez psychologiquement, et ce dès aujourd’hui, à faire le deuil douloureux de Monsieur Alf, de Monsieur Lanouille, du cracheur fou et autres freaks vivant dans son immeuble haut en couleurs et parfois d’ailleurs non dépourvu d’odeurs. Hé oui, Pétronille s’apprête à déménager, figurez-vous. Par un concours de circonstances que l’on pourrait qualifier d’heureux, selon le point de vue d’où l’on se place, votre vieille Pétronille quitte son quartier bigarré pour rejoindre de plus hautes sphères. Il s’avère qu’une amie très chère de Tante Suzon, compagne avisée (notez que je n’ai pas écrit « avinée ») de ses tendres années, loge sa filleule dans un petit appartement du 16e arrondissement. Or, la jeune femme en question, aventurière chevronnée, quitte la France pour quelques mois, afin de connaître le grand frisson Erasmus dans une Université huppée de la côte Est des Etats-Unis. Bon. Elle cherche donc une jeune fille (est-on encore une jeune fille à 30 ans passés ? hum… disons que oui) bien sous tous rapports pour loger chez elle, effrayée qu’elle est que d’affreux squatteurs profitent de son absence pour s’approprier son douillet logis.
Et, vous l’aurez compris, Pétronille se trouve être une jeune fille bien sous tous rapports, quels qu’ils soient. N’ayant plus que quelques mois à passer à Paris avant de s’envoler pour les cieux québécois, la voilà devenue candidate idéale à la vie dans les beaux quartiers. Vous pouvez donc actuellement la croiser dans la rue, savourant ses derniers jours dans son quartier animé, portée par une certaine mélancolie des petits riens qui faisaient de cet endroit un lieu de vie agréable, loin des touristes, des petits chiens en manteau Di*r, des dames chic qui ne sourient pas par peur de se rider. Chez Pétronille, les gens parlent fort, s’apostrophent sur le pas de la porte, et se mêlent en une foule multicolore et rieuse. Les femmes portent des boubous colorés, les enfants jouent au ballon, le boucher vous sert de la viande de pot-au-feu « comme si c’était pour moi », la caissière du Monop’ vous raconte les derniers potins, les rayons de la librairie sentent le vieux papier jauni, Monsieur Alf envoie des baisers bruyants à son épouse sur le palier chaque matin à 8h36 précises. Tout un petit monde vivant, à des lieues des quartiers résidentiels un peu figés du 16e, où les filles blondes et manucurées portent leur yorkshire dans un sac Vuitt*n, et où 90% des gens que vous croisez sont fraîchement débarqués de l’aéroport et parlent une autre langue que la vôtre.
Ne croyez pas que Pétronille se plaigne, ce serait carrément mal venu. On lui propose un appart plus grand, plus calme, avec ascenseur s’il vous plaît (ma cellulite ne lui dit par merci…), à deux minutes de la Tour Eiffel, avec une chaudière qui fournit de l’eau chaude à volonté, et même des petits oiseaux qui piaillent gaiement sur les rebords de fenêtre au point que Pétronille pourrait un instant se prendre pour cette gourde de Blanche Neige et siffloter avec eux. Il faut juste qu’elle s’habitue à ne plus entendre Monsieur Alf répéter en écho tous les bruits de sa maison (dernière trouvaille en date : il imite ma toux… sans commentaire).
"L'argent est préférable à la pauvreté, ne serait-ce que pour des raisons financières" Woody Allen.
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