Jeudi 27 novembre 2008
Depuis que je fuis mon appartement glacial pour vivre une histoire d'amour fusionnelle et intense avec un radiateur de la BNF, je renoue avec le monde extérieur, le métro, le RER, les gens, les vitrines des magasins et j'en passe. Ne dédaignant pas faire un peu de shopping entre midi et deux le temps de manger mon sandwich parisien (à savoir coûtant à peu près le prix d'un steak-frites dans un resto de province), je réalise que j'ai vécu enfermée trop longtemps et que le monde autour de moi a évolué rapidement : visiblement, c'est déjà Noël.

Le lecteur attentif et/ou doté d'une bonne mémoire va dire que je ne me renouvelle guère, puisque je reprends ici une râlerie que j'ai déjà formulée avec toute la verve qui me caractérise il y a un an précisément. Les articles, comme les fêtes, les piqûres de moustiques, les grippes, les dîners chez Tante Suzon et la cuite du Nouvel An, reviennent tous les ans, on le sait pourtant bien. Et cette année encore, j'ai du mal à comprendre pourquoi on nous farcit la tête, les yeux et les oreilles avec Noël dès le début du mois de Novembre.


A peine a-t-on eu le temps de pleurer nos morts à coups de chrysanthèmes (et de psoïte, pour certains. Je ne veux pas y revenir, mais j'aime bien écrire le mot) qu'on nous balance de manière brutale le visage jovial et rougeaud du Père Noël dans toutes les vitrines. Les restaurants aux abords des Halles scintillent déjà de mille feux, leurs devantures saturées de branches de sapin enneigées. Les magasins vous envoient des offres de réduction spéciales pour faire vos cadeaux de Noël.


Quant aux courses au supermarché, elles me filent des sueurs froides rien que d'y penser, puisque je dois manoeuvrer pour éviter les kilos de chocolats emballés dans du papier doré qui inondent les rayons (même le rayon légumes... autant dire qu'il faut une force de caractère hors du commun et qui plus est admirable pour y résister et se contenter d'acheter des courgettes...**).


Or, alors même que c'est déjà Noël un peu partout, le paradoxe est là : il est impossible de trouver le moindre pull dans un magasin. Oui, lecteurs, vous qui savez que Pétronille travaille dans un appartement froid et humide, vous comprendrez que, poussée par la nécessité de porter des vêtements chauds, elle a arpenté les endroits les plus charmants de Paris (grands magasins, avenues commerçantes saturées de gaz d'échappement, Forum des Halles, tous ces lieux paisibles où les parisiens s'entassent par centaines se massant les uns contre les autres dans les escalators) dans l'espoir de dénicher une denrée rare : le pullover, le chandail, ou tout vêtement quel que soit son nom constitué de laine et censé conserver mon petit corps au chaud.


Il s'avère que la femme d'aujourd'ui doit sacrifier son confort à la mode, qu'on se le dise. Or, la mode de l'hiver 2008-2009 est aux petites choses légères et fluides (de couleurs foncées, pour qu'on ne les confonde pas avec les habits d'été, tout de même). Aussi les boutiques regorgent-elles de petites robes à bretelles en voile de tulle parsemées de fleurettes, de petits pulls si fins qu'ils sont transparents (et en plus à manches courtes), de mini-jupes, de blouses aériennes et de chemisiers. Pas la moindre trace d'un bon gros pull en laine, encore moins avec un bon gros col bien chaud.


La frileuse pourra tout de même réchauffer quelques parties de son corps bleui, à savoir sa tête (la mode est aux bonnets), son cou gracieux (la mode est aux écharpes) et son dos (la mode est aux gilets sans manches en faux poil de je ne sais quel animal étrange). Quant au reste, poitrine, bras, jambes, il est de bon ton de l'exposer au vent en arborant un sourire élégant. C'est le secret de la parisienne pour rester mince : le temps de marcher jusqu'au métro, elle a consommé toutes ses calories pour réchauffer ses mollets. D'ailleurs, par un renversement des choses fascinant, en été elle porte des boots fourrées, ainsi elle transpire abondamment et maigrit considérablement rien qu'en faisant ses courses.


Ceci dit, je ne me plains qu'à moitié : j'ai froid, mais je ne dépense pas de sous (de toute façon je n'ai pas le courage d'enlever toutes mes épaisseurs de vêtements pour essayer des habits légers).


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** Bon, d'accord, je n'ai pas résisté. Mais ne suis-je pas humaine, donc vulnérable, hein, franchement ? Que celui qui n'a jamais trempé du chocolat dans son café me jette la première pierre.

Ceci dit, le gratin de courgettes, c'est excellent.

Le velouté aussi, d'ailleurs.

Par Petronille - Publié dans : Petronille raconte n'importe quoi
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