Vivons heureux...
"Les optimistes pensent que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, les pessimistes en sont intimement persuadés." Pierre Desproges.


Aujourd'hui, Pétronille reçoit la visite des plombiers.
Ou plutôt, hier matin, l'oeil en vrac au sortir d'une douche chaude (seul moment de la journée où on a un peu chaud dans cet appartement du 16e arrondissement où 5 heures de surmenage intensif et onéreux du radiateur électrique ne font gagner qu'un misérable petit degré, mais j'y reviendrai dans un moment), Pétronille entend sonner à sa porte avec insistance. Une fois rendue présentable (habillée, donc), elle ouvre sa porte pour se trouver face à deux plombiers généreusement pourvus d'une masse, prêts à exploser le plafond de sa salle de bain (terme inapproprié puisque, comme chacun sait, je n'ai pas de baignoire et c'est là le drame de ma triste vie).
Seul hic : Pétronille n'était pas au courant, et son propriétaire non plus. Rendez-vous fut donc pris pour le lendemain (aujourd'hui, donc), histoire de débrouiller un peu les fils emmêlés de
l'histoire et de poser quelques questions au syndic.
Il faut vous dire, lecteurs, que le plafond de la salle de bain de Pétronille s'apparente à la surface lunaire, tant il est perclus de bosses, renflements et bouts de plâtre pendouillants, pour cause de dégât des eaux intempestif. Il se trouve que le richissime et néanmoins antipathique et condescendant propriétaire de l'appartement du dessus a laissé fuir une douche ignoble qui sert également d'évier (joie de vivre dans le 16e arrondissement) pendant 3 ou 4 ans, restant sourd aux protestations véhémentes de mon propriétaire, et louant l'appartement en question une fortune à une famille d'immigrés (les seuls voisins à ne pas parler français et pourtant les seuls aussi à me dire bonjour, soit dit en passant).
Ce n'est qu'une fois que les dégâts ont carrément attaqué la façade (et donc dérangé les autres propriétaires) et que ledit méchant milliardaire a décidé de revendre son appartement qu'a commencé un défilé d'experts , assureurs et autres plombiers, se succédant dans la salle de bain avec leur chaussures crottées et leurs dossiers épais, qu'ils lisaient de temps en temps en disant "alors comme ça, ça fuit depuis...hum...quelques mois ?" (doux euphémisme pour dire 48 mois, très exactement).
Et tout soudain, hier, deux plombiers surgis de nulle part débarquent sans prévenir pour tout casser. Ce qui est assez ironique quand on sait que lorsqu'on en a un besoin urgent, on n'arrive jamais à les joindre (sauf pendant les week-ends ou le soir, quand vous devez payer le dépassement d'horaires).
Les miens (oui, on est amis à présent), sont vraiment très gentils. Mais, gentils ou pas, la venue d'un ou plusieurs plombiers pose toujours des problèmes annexes, particulièrement quand on s'appelle Pétronille et qu'on a une fâcheuse tendance à les accumuler.
Premier problème : il faut se lever à l'aube, aux aurores, à une heure où le soleil
lui-même roupille comme un bienheureux et où les noctambules rentrent péniblement chez eux. Je ne m'étais pas levée aussi tôt depuis les cours que je donnais à 8 h du matin devant un amphi
d'étudiants totalement apathiques, qui ne notaient qu'un mot sur trois, d'où des surprises exceptionnelles dans les copies (de type Lady de Nantes, je ne m'en remets pas de
celle-là**)
Second problème : l'appartement de Pétronille est pourvu, vous l'aurez compris, d'un radiateur électrique. Lequel, malgré des efforts louables, peine à réchauffer à lui tout seul la pièce, l'entrée, la cuisine et la salle de bains, d'autant que, ne l'oublions pas, le plafond et les murs sont gorgés d'humidité. Aussi, au lever, il fait 14°C (et les fenêtres ruissellent - je ne vous parle pas de la difficulté à faire sécher du linge : vous croiriez que je prends plaisir à me plaindre...hum...) : en claquant en électricté l'équivalent de trois ou quatre remplacements de toute la tuyauterie de l'immeuble par un plombier véreux, on peut parvenir, vers 14 ou 15h, à faire monter la témpérature à 15, voire 16 °C dans les bons jours.
Ce qui implique que Pétronille, depuis que le temps s'est rafraîchi, fuit en général lâchement son appartement pour travailler au chaud à la bibliothèque. En cas d'empêchement, elle reste misérablement à son bureau, vêtue de 3 polaires (l'inventeur de la laine polaire est mon héros et accessoirement un bienfaiteur de l'humanité et il serait temps qu'on songe à le nominer au Prix Nobel), recouverte d'une couverture, le tout agrémenté d'une bouillotte sur les pieds (glamourissime, Pétronille, on vous dit !). C'est d'ailleurs dans cette tenue seyante qui facilite moyennement l'utilisation de mes bras, mais préserve l'élasticité de mes orteils, que j'écris cet article aujourd'hui.
"Les optimistes pensent que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, les pessimistes en sont intimement persuadés." Pierre Desproges.
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