De la joie et du bonheur d'avoir un ascenseur

Publié le par Petronille

Contrairement à ce que le titre jovial de cet article laisse supposer, avoir un ascenseur peut se révéler dramatique pour une femme comme Pétronille, c'est-à-dire une personne au potentiel intellectuel si développé que son cerveau n'a plus le temps de gérer les informations basiques du quotidien.


(c'est du moins ainsi que j'aime à voir les choses)


(cela n'engage que moi)


C'est ainsi que récemment, à la veille d'un long week-end férié, Pétronille a invité sa copine Femke, hollandaise de son état (et donc mangeuse de sandwichs à tous les repas) à passer la soirée chez elle devant un délicieux repas à base de poireaux et de saumon. Pour cela, Pétronille s'est rendue sur les coups de 15h (évitant ainsi les mamies qui, poussées par une force mystérieuse, font leurs courses à midi) dans son supermarché de quartier, celui où les dames laissent à l'entrée leur cabas à roulettes (à droite) et leur petit chien en manteau de fourrure (à gauche). Elle se voient remettre un numéro de consigne pour chacun, à charge pour elles de ne pas les confondre pour ne pas repartir avec le yorkshire hargneux de quelqu'un d'autre (heureusement qu'ils portent des manteaux - voire des bottes - d'ailleurs, car rien de ressemble plus à un yorkshire avec des couettes qu'un autre yorkshire avec des couettes).


Portant dans moult sacs ses poireaux et autres ingrédients indispensables à la préparation d'un bon repas, Pétronille entre d'un pas confiant et néanmoins léger dans son ascenseur, lequel, heureusement, ne diffuse pas de musique jazzy digne d'une bande-son de film érotique des années 70, mais par contre sent furieusement le vieux chien mouillé.


Et c'est là que le drame se produit, lecteurs.

Sortant ses clés de son sac alors qu'elle est encore dans l'ascenseur, engoncée dans son manteau, son écharpe, et tous ses sacs de courses, Pétronille les laisse (ses clés, pas les poireaux) malencontreusement tomber à terre... et les voit, comme au ralenti, rouler et glisser dans une fente située juste devant la porte. Elle les entend dévaler 6 étages dans le vide avant de s'écraser dans un "boum" métallique et déchirant.

Redescendant lesdits étages à toute vitesse, Pétronille constate que le fond de l'ascenseur est constitué d'une trappe dans laquelle, par le miracle de cette foutue fente, gisent à présent ses clés.


Résumons-nous : on est vendredi, le double des clés de l'appartement est dans le sac à main d'une copine présentement dans un avion volant allègrement vers les chauds territoires andalous, et Pétronille se retrouve seule et sans ressources (mais sans risque de mourir de faim : cf. les poireaux) dans l'entrée de son immeuble.


Quelques voisins passent, lui jettent un regard, ne lui disent pas bonjour.


Seules deux petites nanas souriantes finissent par la tirer de sa léthargie en lui suggérant de demander l'aide de la concierge, ou, en désespoir de cause, d'appeler le numéro de secours inscrit dans l'ascenseur.

Ni une, ni deux, remettant ses poireaux sur son dos, Pétronille va frapper à la loge de la concierge... laquelle est là (il y a de la lumière et du bruit), mais ne répond pas. Car une concierge dans les beaux quartiers n'est disponible de deux heures par jour (sauf le week-end, où elle est absente) : à vous d'adapter vos soucis à ses horaires. Après avoir frappé comme une sourde pendant de longues minutes en récitant mentalement toute une litanie de gros mots visant la concierge et sa descendance, Pétronille se tourne vers le plan B : elle appelle la société qui gère l'ascenseur. D'une voix tremblante (elle panique un peu quant à son avenir proche, tout de même : que faire si elle ne récupère pas ses clés ? Dormir devant sa porte pour éviter que quelqu'un qui les aurait reprises avant elle ne pille son appart ? Claquer un mois de chômage dans plusieurs nuits d'hôtel puisque toutes ses copines sont parties, sauf Femke qui loge dans une résidence étudiante qui interdit toute visite ?), elle explique son problème à son interlocutrice.


Laquelle l'abreuve d'insultes : non mais est-ce que Pétronille a vu l'heure ? Croirait-elle vraiment qu'on peut déranger une société d'ascenseurs un vendredi à 16 h ? Mais tout le monde est déjà en week-end, chez nous, ma bonne dame. Même si je le voulais, je ne pourrais vous envoyer personne avant mardi. Vous n'avez qu'à appeler un serrurier (ben non, j'ai une serrure de sécurité qui obligerait à casser la porte, et m'obligerait moi à fuir aux Iles Caïman sous un faux nom et avec de faux seins pour échapper aux foudres de mon propriétaire).

Enervée et louchant sur ses poireaux qui pendouillent de plus en plus mollement par-dessus son épaule, Pétronille pose naïvement la question suivante : qu'est-ce qui se passe, alors, quand on se retrouve coincé dans l'ascenseur un samedi soir ? On est censé y passer le week-end en faisant des croix sur une paroi pour compter les heures qui passent jusqu'à la délivrance ?


[Tandis que Pétronille pleurniche à moitié au téléphone au milieu de ses poireaux, quelques voisins passent, sont soudain pris d'un furieux besoin de regarder leurs pieds, et ne lui disent pas bonjour]


La dame le prend mal, elle crie de plus en plus fort, elle semble s'étouffer de colère indignée. Comment peut-on décemment demander aux gens de travailler après 16h à Paris ? Un vendredi en plus ?


Bref, elle finit par noter le numéro de Pétronille et promettre de la rappeler.

Ce qu'elle ne fait pas.

Bien entendu.


Pétronille doit donc rappeler la société, où elle tombe cette fois sur un gentil monsieur qui n'est pas du tout au courant du problème, d'ailleurs la dame en question est partie à 16h15 et n'a pas laissé de mot. Devant la détresse pétronillesque qui met des accents larmoyants dans sa petite voix tremblante, il se montre compréhensif et envoie illico quelqu'un pour récupérer les clés en 4 secondes chrono (facture et paiement compris : car oui, ça coûte 85 euros).


Depuis, Pétronille prend l'escalier, de toute façon c'est meilleur pour les cuisses.

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Pétronille 19/12/2008 19:16

Ce serait horrible, j'en mourrais de honte...!

godnat 19/12/2008 18:26

Evidemment vu sous cet angle... Je vois bien l'article dans la presse "une jeune femme est morte étranglée en voulant sortir ses clefs dans un ascenseur"...

Pétronille 19/12/2008 18:16

Godnat, voilà un commentaire fort judicieux, je m'empresse d'ajouter ce cadeau merveilleux à ma (looooongue) liste pour le Père Noël. Je reste quand même dubitative quant au cordon qui se déroule : est-ce que je ne risque pas de me faire étrangler si jamais, par malheur, les clés se coincent entre les portes de l'ascenseur ?

Godnat 18/12/2008 19:34

Idée cadeau pour la lettre au père Noël : un porte clef qui accroché au sac, au pantalon, autour du cou que sais-je, est muni d'un long cordon qui se déroule et s'enroule. Genre laisse de chien automatique...

noese cogite 01/12/2008 22:15

On me dit que vs déménagerez au Québec...faites moi signe quand vs y serez!