Mardi 6 mai 2008
Aujourd'hui Pétronille poursuit ses investigations sur les mystères du 16e arrondissement, et s'interroge de manière exaltée sur la question qui la taraude depuis le début : mais pourquoi toutes les femmes du quartier sont orange ??? Au cours d'une journée normale, Pétronille se croit, au fur et à mesure que les heures avancent, propulsée dans un film d'horreur avec en fond sonore la musique stridente de Psychose, ting ! ting ! ting !

Ainsi, lorsqu'elle sort de chez elle et croise une voisine, laquelle ressent soudain une furieuse envie de regarder le plafond et ne dit pas bonjour, Pétronille se sent happée par le visage de la dame, d'un orange soutenu du plus bel effet, évoquant de manière assez réaliste la chair d'un melon.

Bon, Pétronille ne relève pas encore, après tout il est encore tôt et son cerveau est pour l'heure concentré sur des tâches plus importantes de type "attention à la marche", "attention à la crotte de chien", "attention à tes lacets", voire, les jours où le réveil fut plus difficile, "attention à tes lacets, tu vas glisser sur une crotte de chien et te vautrer sur la petite marche".

Puis Pétronille marche dans la rue, de son pas léger et gracieux, et comme à son habitude, musarde un peu en regardant les façades, les terrasses, les gens. Et là, nouveau choc (et nouveau ting ! ting ! ting !) : elle croise quatre adolescentes rieuses toutes de leggings vêtues, vacillantes sur leurs talons aiguilles, à la peau...je vous le donne en mille...orange ! Pétronille tourne la tête... ting ! ting ! ting ! ... une vieille dame orange promène son petit chien (au passage, celui-ci porte des bottes de pluie et un petit manteau, mais le cerveau pétronillesque focalise pour l'heure sur le teint de la dame). Pétronille se retourne brusquement pour regarder derrière elle... ting ! ting ! ting !...une jeune femme très chic siglée des pieds à la tête de grandes marques de créateurs marche d'un bon pas, affichant fièrement son visage...orange !

C'en est trop pour Pétronille. Dans le métro, toutes les femmes, hormis les touristes américaines (qui, pensant que ces crétins de parisiens ne parlent pas anglais, proclament haut et fort d'une voix nasillarde qu'elles meurent d'envie de pisser, charmant), sont orange. Les jeunes, les vieilles, les gamines brushinguées, c'est un complot. Ce n'est que lorsqu'on arrive vers les grands boulevards ou le Châtelet que la foule se mélange un peu plus, et que des créatures normales, brunes, noires,
blanches, roses... se mêlent aux êtres mystérieusement orange qui disparaissent pour se fondre dans la foule.

Alors, bien sûr, la question est de savoir d'où vient cet étrange coloris ?
Plusieurs hypothèses s'offrent à nous :
- il peut s'agir, tout d'abord, d'un fond de teint si cher que seules les riches peuvent s'en offrir. Notons toutefois que les riches, contrairement à d'autres qui s'en font un masque (je le sais, j'en connais), l'étalent alors particulièrement bien.
- ou encore, d'un recours poussé à l'autobronzant qui, quoi qu'en disent les top models dans les pubs en secouant leurs cheveux et étendant leurs longues jambes, a une fâcheuse tendance à virer à l'orange. Les dames du 16e voudraient donc, par respect pour autrui, afficher une bonne mine toute l'année, même au coeur de l'hiver.
- peut-être pouvons-nous y voir l'usage répété de rayons UV dans des cabines immaculées avec petite musique délassante de saxo en fond sonore (fermez les yeux, vous pourriez aussi bien être dans un ascenseur...ou un Starbuck Coffee, deux lieux réputés pour leur ambiance saxophonique crispante)
- à moins tout simplement que la gent féminine du 16e (rappelons qu'à de très rares exceptions près, ce mal étrange ne touche pas les êtres de sexe masculin), soucieuse de sa bonne santé, se nourrise exclusivement de carottes dont on sait qu'elles donnent une mine orangée. Toutefois, nous pouvons exclure cette dernière hypothèse car, comme vous le savez aussi bien que moi, lecteurs bien-aimés, les carottes, ça rend aimable...
par Petronille publié dans : Pétronille dans le 16e arrondissement
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Mardi 29 avril 2008

Aujourd’hui, Pétronille aborde un sujet cher à son cœur, vous aurez donc compris qu’il s’agit des voisins. Il existe plusieurs sortes de voisins, dont je ne peux faire une liste exhaustive ici car chacun de mes lecteurs pourrait probablement en rajouter une ou deux. Au cours de sa jeune vie (hum…), Pétronille en a connu plusieurs.

Il y avait le voisin-ami, qui habite à côté, passe le soir pour l’apéro avec une bouteille de schnaps maison (et souvent flanqué d’une tante Suzon qui passait par là par hasard et a vu de la lumière), garde les enfants quand les parents sont de sortie et leur permet de faire des batailles de purée avec une paille avant de regarder un film d’horreur à fort potentiel de cauchemars nocturnes.

Il y avait  aussi le voisin aimable et chaleureux qui, tout en restant discret, est toujours prêt à vous rendre de menus services : recevoir en votre absence vos innombrables colis de La R*doute, vous offrir un kilo de noisettes ou de la confiture des coings de son jardin, vous rendre pour la 52e fois avec le sourire le volant de badminton qui est passé malencontreusement de l’autre côté du mur à cause de ce foutu vent du Nord (variante : vous rendre, avec un sourire nettement plus crispé, le maillet de croquet qui a, on ne sait comment, volé au-dessus du mur en question pour atterrir bruyamment sur le toit de sa voiture)…

Il y avait la voisine paranoïaque persuadée qu’un ex vengeur, 25 ans après leur rupture, se faisait un aller-retour en train chaque soir depuis la Suisse (500 km tout de même) rien que entourer ses rétroviseurs de papier toilette et lui filer ainsi une peur bleue (ce qu’elle vous racontait d’un air de conspiratrice sur le palier, tandis que vous crouliez sous le poids de 5 kg de pommes de terre et de 2 packs d’eau et rêviez de rentrer chez vous vous affaler dans votre canapé).

Il y avait aussi les voisins parisiens, comme le lecteur s’en souvient, de l’imitateur de bruits quotidiens au couple d’amoureux éthyliques, en passant par le scato élevant des pigeons dans ses toilettes, les cracheurs fous tuberculeux, le jeune rappeur adepte des coups de balai au plafond, et Monsieur Ca-Va alias l'homme le plus poli du monde.
 
Et aujourd’hui, Pétronille découvre avec un ébahissement non feint un nouveau type de voisin, appelé communément le voisin du 16e arrondissement. Autant le voisin de l’Est parisien est bruyant, bavard et colérique, autant le voisin du 16e arrondissement est muet. Et aveugle. Et peut-être même sourd, ce qui nous amènerait presque à penser, au cours d’un instant d’égarement, que les Who ont peut-être écrit leur opéra-rock Tommy après un séjour prolongé dans l’actuel arrondissement de Pétronille. Muet, car le voisin du 16e arrondissement ne dit jamais bonjour. Il vous croise et vous recroise, vous effleure parfois de la manche de son manteau ou de la pointe de son parapluie, prend occasionnellement l’ascenseur avec vous, mais ne vous dit pas bonjour, quand bien même, bien élevée et un peu trop gentillette sur les bords, vous persistez à lancer de grands « bonjour ! » guillerets en les croisant. Aveugles, donc, car peut-être qu’ils ne vous voient tout simplement pas (évidemment, ils tournent la tête, consultent leur montre ou se montrent absorbés par la pointe de leurs chaussures dès qu’ils croisent quelqu’un) ou sourds car peut-être qu’ils ne vous entendent tout simplement pas. La seule personne qui, jusqu’à présent, a répondu aux bonjours insistants de Pétronille, est le petit monsieur de l’étage au-dessus, émigré espagnol ne parlant pas français et semblant extrêmement surpris qu’un habitant de l’immeuble le salue avec un sourire.

Ca promet…

[Ah si, il y a quand même le monsieur fort aimable qui a laissé son numéro à Pétronille pour qu'elle l'appelle au cas où elle resterait coincée dans sa salle de bain...oui, je sais, c'est mystérieux, je n'ai pas tout compris et je ne me suis pas non plus attardée pour essayer de mieux comprendre. D'autant que, ne me douchant pas avec mon téléphone, à part hurler à la mort par la fenêtre, je ne vois pas comment je pourrais appeler qui que ce soit].

par Petronille publié dans : Pétronille dans le 16e arrondissement
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Lundi 28 avril 2008

Aujourd’hui Pétronille (moi, donc) inaugure une nouvelle catégorie pleine de promesses, intitulée sobrement mais néanmoins avec un judicieux sens de l'à-propos « Pétronille dans le 16e arrondissement ». Car, depuis quelques jours qu’elle commence à se familiariser avec son nouveau quartier, Pétronille ne peut s’empêcher de noter quelques différences surprenantes avec l'ancien.

Ainsi, aujourd’hui, Pétronille a fait des courses dans le 16e.

Première constatation qui s’impose : ne jamais, jamais, jamais, imaginer qu’il est possible de faire quelques petites courses d’appoint dans la supérette du bout de la rue (et encore moins dans l’épicerie). Car pour pouvoir vous payer un paquet de pâtes, une motte de beurre et une boîte de thon, vous aurez été obligés de revendre au préalable vos organes inutiles (ou amochés...comme, par exemple, au hasard, euh...le foie) sur e-bay.

Donc, il faut se rabattre sur un supermarché plus grand, habilement dissimulé dans une petite rue sombre que Pétronille met des heures à retrouver à chaque fois, suivant les gens portant des sacs plastique, croyant reconnaître le bon croisement, et se paumant, il faut bien le dire, à tous les coups.

Les rayons y sont identiques à n’importe quel supermarché. Ce qui diffère, ce sont les gens, la faune locale, quoi. Le midi, les gens chic en costume cravate viennent se mêler au commun des mortels et remplir leur caddie de mini sushi pour déjeuner sur le pouce en toute simplicité. Les jeunes gens arborent un brushing que n’aurait pas renié Patrick Swayze au temps de sa splendeur, mais avec juste ce qu’il faut de boucles folles pour leur donner un air romantico-rebelle digne d’un jeune Werther souffreteux, en plus blasé. Et les dames, ah les dames, tout un poème. Elles ont toutes ce teint orange censé leur donner l’air de rentrer de la Côte d’Azur (Pétronille envisage de consacrer un article entier à ce mystère insondable : mais pourquoi toutes les femmes ici, quel que soit leur âge, sont orange ??? Merci de m'écrire si vous avez la réponse, je n'en dors plus), et la moitié d’entre elles sont revêtues de fourrures, avançant au son clinquant de leurs bijoux qui s’entrechoquent. Leur fidèle petit chien bien peigné est assis dans le caddie à la place réservée aux enfants et menace de vous arracher un doigt si vous avez le malheur de vous approcher un peu trop près pour attraper un paquet de gâteaux. La palme revient à une grande et vieille dame à la queue de cheval blonde virevoltante, engoncée dans un manteau de vison, tendant un doigt crochu vers Pétronille et lui ordonnant prestement de lui lire le prix d’un article, « il fait trop sombre ici, voyez-vous, je ne peux pas déchiffrer ». Forcément, elle fait ses courses en lunettes de soleil Ch*nel… ! 

C’est bien simple, on se croirait à un défilé de mode tellement les gens font la gueule. La dame en vison vous passe évidemment (mais élégamment) devant à la caisse parce qu’elle a 2 articles de moins que vous (elle le sait, elle a compté) et qu’elle ne veut pas attendre.

Heureusement, on croise quand même de petites dames souriantes, qui vous prédisent le temps qu'il fera en fonction du calendrier des saints à coups de dictons bien sentis, et c'est toujours bon de savoir si on devra porter une jupe ou un pantalon le lendemain, non ? C'est ça aussi, la magie des courses dans le 16e arrondissement...


par Petronille publié dans : Pétronille dans le 16e arrondissement
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