Jeudi 22 mars 2007
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17:40
Aujourd’hui, Pétronille (moi, donc) s’est fait livrer sa nouvelle machine à
laver.
Monsieur Darty lui a gentiment enjoint de se lever tôt ce matin, car les livreurs
passeront probablement entre 7h30 et 8h30, puisqu’ils ont d’autres livraisons dans le quartier. L’œil éteint et le pas hésitant, Pétronille émerge donc à 7h, savourant médiocrement la joie d’une
douche revogorante et glaciale à souhait. Elle enfile son dernier pull propre depuis que son ancienne machine l’a lâchée, laquelle, achetée d’occas’, aura survécu à peine un an et son décès
prématuré autant que subit a obligé Pétronille à arpenter les allées de chez Darty aux Halles (paisible, donc) le soir en sortant de la bibliothèque, à l’heure où elle rêverait plutôt de se faire
masser les orteils en sirotant un bon whisky écossais. L’Education Nationale rémunérant à coups de trique les contractuels comme Pétronille, et les deux tiers de sa paie engraissant la SNCF,
comme nous le savons (il serait mesquin d'y revenir sans arrêt), Pétronille hésita peu longtemps devant le choix de machines neuves toutes plus rutilantes les unes que les autres, chromées, à
réglages électroniques etc. : elle choisit la moins chère, évidemment, qui n’était cependant pas la moins volumineuse.
Bref.
En ce matin de printemps pluvieux et moche, Pétronille attend donc dans
son unique pull propre l’arrivée en fanfare des livreurs de chez Darty.
…
11h30, Pétronille, qui n’est pas du matin, est morte de faim (elle n’a pas osé
sortir faire quelques courses, et se retrouve donc forcée de suçoter un morceau de pain dur), et marmonnant des insultes à base d’animaux poilus, attend.
12h15, Pétronille est au bord des spasmes d’inanition.
...
13h20 : alléluia, miracle, joie, bonheur, merveille, voilà les livreurs de chez
Darty, bénis soient-ils, qui transportent allègrement l’énorme machine. Après de brèves mais intenses péripéties (la machine ne serait-elle pas plus grosse que la salle de bain elle-même ?
Et si oui, comment faire pour l’installer ?), la machine calée dans les ¾ de la salle de bain, les livreurs s’apprêtent à partir lorsque Pétronille demande innocemment si l’un d’entre eux
veut bien prendre une minute pour lui expliquer comment marche cette petite merveille de technologie, totalement différente de l’ancienne machine, puisque le compartiment à lessive est subdivisé
en 4 sous-compartiments (que mettre où ?), que le bouton a 12 fonctions et qu’il n’y a pas de notice livrée avec.
Regard effondré du livreur A, qui se demande à haute voix dans quel monde on vit, je
vous le demande, si les femmes ne savent plus d’instinct faire fonctionner une machine à laver.
Hé oui, lecteur, parce que, tiens-toi le pour dit, la femme possède bien lové au
cœur de son ADN ancestral, le gène dit « des ustensiles ménagers ». C’est un gène qui existe depuis la nuit des temps, et si les femmes des cavernes ne l’utilisaient pas encore, c’est
simplement parce les machines à laver et autres lave-vaisselle n’avaient pas encore été inventés. Ce petit gène se terrait donc tranquillement dans l’ADN féminin, attendant son heure, et s’est
réveillé au milieu du XXe siècle, transformant les femmes en d’exquises et parfaites créatures sachant naturellement faire vrombir un aspirateur et tourner une machine à
laver.
Le livreur A semble donc découvrir avec stupeur que je souffre d’une terrible
maladie génétique : mon gène ménager serait endormi tel celui de la femme de Cro-Magnon, et je devrais sérieusement songer à stimuler mon cerveau afin de réveiller mes talents
ménagers.
Sans blague, tiens, au fait, c’était pas la journée de la femme, le 8 mars ? C’est quand même pas de bol de se faire livrer une machine à laver pile l’une des 364 journées de
l’homme… !
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