Lundi 16 juin 2008
Aujourd'hui, comme tous les jours depuis qu'elle a posé ses valises dans le 16e arrondissement, Pétronille se coltine le métro à heure de pointe pour rejoindre le havre de paix qu'est la bibliothèque, ses escalators sans fin, ses murs de béton qui ne laissent pas filtrer la lumière, ses chaises en bois qui font mal aux fesses, ses distributeurs de sandwiches fadasses...mais bon, là n'est pas le propos.

Munie d'un gros sac contenant mon ordinateur portable âgé de 7 ans (je vous laisse donc imaginer son poids, sa rapidité et son usage facile... j'espère toujours que quelqu'un va me le piquer, je le laisse seul à sa table pendant que je vais manger, je le pose à mes pieds dans le métro... rien à faire), je me retrouve donc littéralement compressée, le dos explosé contre un bout de strapontin, le nez négligemment collé sous l'aisselle d'un monsieur, le sac d'ordi joyeusement écrabouillé dans mes côtes et de gros pieds enfermés dans de gros godillots posés tranquillement sur mes petites bottines (oui, amis du Sud, à Paris on met encore des bottes en juin). Pour achever ce tableau horrifiant, une jeune femme (orange) munie d'un petit chignon débraillé-chic (traduction : vous passez des heures à vous coiffer pour avoir l'air de n'être pas coiffée. C'est le chic négligent-décadent des beaux quartiers), monte dans mon wagon, et plaque son dos contre moi, les parties métalliques de sa veste s'imprimant dans mon ventre (depuis, je suis siglée malgré moi) et ses talons pointus m'interdisant défintivement la jouissance de trois orteils.

C'est toujours mieux qu'un gros pervers, me direz-vous.

Oui.

Seulement, le petit chignon négligent, comme son nom l'indique, est pourvu de petites mèches folles qui virevoltent tout autour à cause d'une petite brise s'engouffrant par les fenêtres ouvertes. Et grâce à votre sens de la déduction hors norme, vous avez déjà compris, lecteurs de mon coeur, que ces petits cheveux foufous se sont mis à s'agiter sur mon nez (déjà mis à mal par l'aisselle sus-mentionnée). Impossible de bouger, je suis obligée de me laisser chatouiller par des cheveux étrangers pendant 10 arrêts sous l'oeil hilare d'une dame à côté de moi qui retient péniblement un fou rire.

Et ce qui devait arriver arriva, fatalement : la dame à mes côtés éclate vraiment de rire...car, à la 11e station, j'éternue franchement et de bon coeur dans la nuque de la dame orange, laquelle, horrifiée, s'extirpe du wagon à petits pas saccadés tandis que ma voisine me souffle un "elle l'a bien mérité" assorti d'un clin d'oeil.
par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Jeudi 12 juin 2008
Comme je vois dans les statistiques détaillées (toujours une source de surprises sans fin, quelle belle invention...!) que beaucoup des lecteurs pétronillesques débarquent sur ce blog suite à une recherche sur les modalités d'émigration au Québec (l'autre recherche majeure étant "Pétronille nue" et je ne sais pas encore si je dois me sentir flattée...), je m'en vais vous conter, lecteurs bien-aimés, la suite de mes aventures à visée émigrante.

Comme vous le savez à présent, chers lecteurs, Pétronille, telle une héroïne de mauvais films américains (le cheveu choucrouté en moins), a dû passer moult épreuves afin de prouver qu'elle est bien l'Elue.

La première fut bien sûr le dossier à monter pour la demande de certificat de sélection auprès de la province de Québec. L'élue (avec un petit "e" pour l'instant) a du retourner toute sa chambre d'adolescente pour retrouver diplômes et relevés de notes depuis le CP, découvrant au passage que son père avait jeté Nestor, sa vieille peluche déglinguée (drame familial, donc : ça commençait bien...!). Et bien sûr, il a fallu
certifier conforme, nous ne reviendrons pas là-dessus, Pétronille en fait encore des cauchemars lors des nuits sans lune.

Mais vous savez aussi que réussir à être acceptée par la province de Québec n'est pas, hélas, la seule formalité. C'est plutôt le premier pas (mais indispensable, évidemment) avant une série d'autres joies administratives. Le Québec vous sélectionne en effet sur des critères (relativement) simples : serez-vous capables de vous intégrer dans la société québécoise ? Parviendrez-vous à trouver du travail sans faire le maudit français qui exige de retrouver au bout de trois jours le standing qu'il avait en France ? Arriverez-vous à supporter l'hiver et le froid sans éclater en sanglots lorsque vous aurez encore de la neige jusqu'aux mollets en avril, tandis qu'au téléphone votre mère vous dira qu'elle est en train de bouquiner en short sur la terrasse ? Pourrez-vous vivre loin des tomates farcies maternelles, des soirées entre copines à base de quiches à la carotte et de bonbons chinois (on sait s'amuser, hein, chez Pétronille), et des petits cloîtres gothiques ? Une fois prouvées votre capacité d'adaptation et votre motivation, le Québec vous ouvre tout grands les bras.

Vous pouvez donc ensuite passer à la seconde étape : celle de l'acceptation par l'Etat fédéral.
Cette fois, les critères sont différents : le Canada vérifie que vous ne présentez pas un danger potentiel pour la sécurité nationale et pour les deniers de l'Etat. Comme le vol d'un Carambar dans le cartable de votre copine de CP quand vous aviez 6 ans n'a pas été reporté sur votre casier  judiciaire, vous êtes relativement sereine de ce côté-là. Mais vous devez à nouveau remplir des tas de formulaires et fournir des photos d'identité à faire chez un photographe pour cause de normes différentes de celles du passeport. Bien sûr, vous les faites refaire 4 fois de suite, le photographe en question vous répétant inlassablement "ouais, on a l'habitude d'en faire", et les faisant à chaque fois trop grandes ou trop petites. D'où votre sourire un peu crispé sur la dernière série, hum.

Vient ensuite le temps de l'attente où vous en êtes presque à tracer des traits sur les murs en comptant les jours jusqu'à l'accusé de réception qui vous parvient au bout de trois mois, puis la convocation pour la visite médicale. Bien qu'en bonne santé apparente (on ne sait jamais, mais bon), vous prenez de saines décisions 15 jours avant le rendez-vous (comment ça c'est un peu tard  ?). Vous évitez le rayon nounours en guimauve au supermarché,
achetez des haltères, et avez décidé de ne plus boire de vin jusqu'à la date fatidique de la prise de sang (des fois que votre foie se régénère en 15 jours).
Ainsi vous avez mis toutes les chances de votre côté.

La suite après la visite dans deux semaines, si je ne
fais pas une grave crise d'hypoglycémie à cause du manque de guimauve au chocolat...

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Pour les nouveaux lecteurs que ça intéresse (sait-on jamais), les articles pétronillesques consacrés à cette grande aventure sont là :
- épisode 1 : monter le dossier
- épisode 2 : ne pas se fâcher avec sa banquière
- épisode 3 : manger de la jelly
- épisode 4 : passer l'entretien avec sérénité

par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Mercredi 21 mai 2008
Aujourd'hui, une fois n'est absolument pas coutume, Pétronille fait du sport.
[Enfin, pour être plus exacte, aujourd'hui, Pétronille s'apprête à faire du sport, ce qui signifie qu'elle va d'abord s'acheter le matériel adéquat, et tâter le terrain].

Mais pourquoi, se demande le lecteur ébahi, ce soudain désir de transpirer dans un justaucorps trop serré ?

D'abord, parce que, n'en déplaise aux mauvaises langues, Pétronille est une sportive.
Oui, m'sieurs dames.
Et elle l'a prouvé à maintes reprises, en s'explosant les genoux sur les pierres glissantes des montagnes norvégiennes, en se tapant un coup de soleil au cours de l'ascension du pog de Montségur, en respirant les pots d'échappement des bus sur les pistes cyclables parisiennes, et en faisant le cobra de manière fort élégante pendant ses cours de yoga sur des tapis de sol qui sentent les pieds.
Ca vous en bouche un coin, ça, hein ?

La seconde raison, s'il vous en faut absolument une autre, c'est cette fameuse épreuve de l'essayage de maillot de bain en milieu hostile (à savoir, la lumière blafarde des cabines d'essayage) qui a convaincu Pétronille qu'un peu de muscle en certains endroits ne serait peut-être pas du luxe.
De peur de perdre ces bonnes résolutions aussi sec et de finir vautrée sur le canapé avec un paquet d'oursons en guimauve, Pétronille s'est donc empressée de se jeter dans le premier magasin de sport venu, errant entre les tutus de danse et les gilets de pêcheurs jusqu'à ce qu'elle entre dans le saint des saints : le rayon fitness.
Rayon, c'est beaucoup dire, hein. La partie fitness, c'est en fait trois crochets où pendouillent quelques accessoires aux formes barabres entre les vélos d'appartement.

Ce qui est bien, avec les accessoires de fitness, c'est justement qu'on n'a aucune idée de la manière de s'en servir, qu'ils sont vendus sans aucune explication (mais avec une belle photo des abdos que vous pourriez avoir si la génétique avait été clémente avec vous, présentés sur une fille pourvue d'une queue de cheval et d'un beau bandeau jaune en mousse - peut-être que le port du bandeau jaune suffirait à faire illusion sur Pétronille ? Mmmf).
Alors, vous vous dirigez plutôt vers des choses plus familières, comme les petites haltères, toutes mignonnes avec leurs jolis coloris. Vous soupesez, vous vous tordez un peu le poignet, vous hésitez : 500g ou 1 kg pour commencer ? Le mieux est encore de demander à la vendeuse.
Laquelle, évidemment, quand vous l'entraînez vers le rayon fitness, évalue d'un coup d'oeil professionnel votre silhouette, son regard englobant le sac contenant votre maillot de bain (elle a compris, vous ne devez pas être la première cabine-d'essayageophobe à se pointer ici).
"Je ne sais pas quelle poids je dois prendre pour les haltères", dites-vous avec vos grands yeux de femme flasque et désespérée.
Elle agrippe vigoureusement les 2 kg : "pour commencer, celles-ci sont pas mal".
Ah ?
Exit, les 500g, donc. Petite joueuse, Pétronille.
"Et ces...euh...trucs, là ? [des élastiques roses pourvus de poignées, certains ronds, d'autres carrés, mais qu'est-ce que c'est ???]"
"Ca c'est idéal pour muscler tout le corps, le buste, les bras, les jambes [dit-elle en examinant au passage toutes ces parties du corps d'un air de penser qu'il y a du boulot]"
"Ah ? Et...euh...comment on s'en sert ?"
Il s'avère que ces...euh...trucs là, personne ne sait comment ce qu'il faut en faire. La vendeuse, perplexe, retourne le bout de plastique dans tous les sens. Aucune explication nulle part, si ce n'est un gros encadré rouge signalant que vous ne devez, sous aucun prétexte, faire du sport tout seul si vous avez plus de 35 ans. Donc, si j'achète ces élastiques, j'ai plus de chances de me coincer le dos, de faire une crise cardiaque, ou, plus simplement de finir par les transformer en corde à linge, que de parvenir à me muscler une quelconque partie du corps avec. Et tout ça pour la modique somme [tenez-vous bien Maryse] de 39,99 €, une affaire.

Je laisse tomber les élastiques, je fais un compromis sur les haltères [1,5 kg] et je prends un tapis de sol à 3 euros pour la bonne bouche, histoire de me remettre au yoga.
Après tout, faire la "flûte de Krishna" me semble tout à fait approprié au contexte Greensleevien de mon appartement, et si j'arrive à faire le vide dans mon esprit tout en me passant un mollet derrière l'oreille alors que la voisinette s'essouffle dans sa flûte à bec, j'aurai gagné en sérénité et sagesse.

Tout ces événements émouvants se sont déroulés il y a 4 jours déjà. Depuis, le tapis de sol trône dans son emballage au milieu de la chambre et les haltères sont du plus bel effet sur la table de chevet. Promis, je m'y mets, je m'y mets, je m'y mets.
par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Jeudi 24 avril 2008
Ce qui est drôle, quand on déménage, c'est de devoir signaler au monde que l'on a changé d'adresse, ce qui, selon l'interlocuteur, provoque des réactions quelque peu différentes. L'Assédic, par exemple, a semblé un peu surprise qu'avec ce qu'elle gagne, Pétronille passe du jour au lendemain de l'Est parisien aux beaux quartiers, ce que  la dame de l'accueil a manifesté par un éloquent jeu de sourcils.

Le monsieur des Impôts, lui aussi, a un peu tiqué, mais imaginant probablement que Pétronille avait touché un héritage conséquent de la part d'un oncle d'Amérique opportunément décédé, se montra beaucoup plus aimable.

Les gens d'EDF, quant à eux, doivent être plus débordés, puisqu'ils ont eu vraisemblablement un peu de mal à orthographier le nom de Pétronille, et ce fut seulement après avoir reçu 4 courriers à des noms fantaisistes (et donc après avoir appelé EDF quatre fois, de moins en moins poliment, il faut bien le dire), que les erreurs furent rectifiées, au grand soulagement de tous.

Mais autant EDF a eu du mal et autant les impôts, imperturbables, ont continué à écrire à l'ancienne adresse de Pétronille, autant il existe une catégorie de personnes qui, sans qu'on leur fasse le moindre signe, vous retrouvent où que vous soyez : les opérateurs téléphoniques. A peine la ligne de téléphone fut-elle activée que l'engin en question se mit à sonner non stop. Au bout du fil, diverses personnes promettant monts et merveilles si vous preniez un abonnement chez eux.

Et d'abord, un représentant de la grande blonde à l'oeil bovin qui ondule sur des "hou-hou" insupportables. Le monsieur devait être nouveau, ou avoir la mémoire courte car il sembla ne pas savoir dans quelles conditions plutôt tendues (c'est rien de le dire) Pétronille les a quittés il y a quelques années, et les torrents d'injures qu'elle leur a adressés via la hot line (enfin, seulement quand elle parvenait miraculeusement à les joindre - ce qui, d'ailleurs, lui a coûté un bras). Sentant qu'elle commençait à aborder des sujets peu agréables, il finit par lâcher prise et raccrocher prestement sans même dire au revoir.

Vint ensuite un monsieur jovial, représentant d'un autre opérateur : "Bonjour Madame, annonce-t-il d'un ton extatique, j'appelle pour vous offrir du bonheur !". Pétronille remercie poliment, elle a déjà tout ce qu'il faut. Le monsieur devient soupçonneux : "chez qui êtes-vous ? ils vous proposent quoi ? et la télé, ils vous ont donné la télé haute définition ? et internet ? et le téléphone ?" (tandis qu'il énumère tout ce qu'il peut m'offrir, j'ai eu le temps de faire un boeuf bourguignon). S'il se montre aussi conquérant dans sa vie amoureuse, voilà un homme qui doit épuiser ses concurrents...et ses conquêtes. Il faut presque lui raccrocher au nez pour s'en débarrasser, et même là encore, il continue à aligner des chiffres comparatifs.

Hier soir enfin, un autre coup de fil, en provenance d'un numéro qui avait déjà appelé pas moins de 33 fois en deux jours en l'absence de Pétronille, qui décroche, méfiante : "allô ?". Pas de réponse mais un vague brouhaha de l'autre côté. "Allô ?". Finalement, une petite voix : "Allô je suis bien chez Mme Pétronille ?". A la réponse positive, elle se présente : "Bonjour, je m'appelle Solange, de chez ***". Pétronille, se préparant à nouveau à une longue joute verbale, s'installe confortablement et envisage de déballer le puzzle de 10 000 pièces acheté pour l'occasion. Elle tente de couper court : "Merci, mais j'ai déjà tout ce qu'il faut". Et Solange, laconique : "Ah ? Bonne soirée, au revoir". Ce fut presque décevant, ce manque de hargne au bout de 34 appels... et que faire du puzzle, maintenant ?
par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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Mardi 22 avril 2008

Oyez, oyez, chers lecteurs, Pétronille vous l'avait promis : elle l'a fait.

Elle a enfin déménagé.

Ce qui, vous vous en doutez déjà, ne fut pas une mince affaire.

Mais commençons par le commencement.

1e étape : faire les cartons.

Là, le lecteur ricane sous cape : rien de plus facile, a priori. Oui, mais quand on a 3 jours pour déménager, la question incontournable est : on les trouve où, les cartons ? La réponse s'est avérée relativement simple : dans la rue. L’avantage d’habiter dans un quartier foisonnant de petits commerces, c’est que le mercredi soir, les rues débordent de cartons soigneusement pliés attendant le passage des éboueurs. Voici donc Pétronille arpentant sans relâche les rues et ruelles, zigzaguant entre les poussettes, les livreurs de pizza et les longues jambes des gens attablés en terrasse, ramassant au petit bonheur la chance des piles de cartons (impossibles à porter facilement : se munir au préalable de ficelle pour les lier ensemble). Ce qui donna à son déménagement un petit air éclectique du plus bel effet, ses affaires étant réparties entre des cartons pour sauce nuôc-mam, bigoudis chauffants, sacs à paillettes, et - le clou de la collecte - blousons en cuir à l’effigie de Johnny.
 

2e étape : trouver une camionnette.

Il est aisé de deviner que dénicher une camionnette pour déménager 48 heures avant le jour J relève du défi le plus insensé, mais Pétronille y parvint néanmoins grâce à une chance insolente. Seulement voilà, la veille, un coup de fil del'agence de location vient signaler que la camionnette en question vient comme par hasard d'être accidentée, et qu’elle n'en a pas d'autres à proposer. Heureusement, le cousin de l'oncle du petit copain de  votre interlocutrice possède un garage à l'autre bout de Paris, et il sera ravi de vous louer une plus petite camionnette pour 100 euros de plus, à condition de venir la chercher avant 8 heures du matin. En désespoir de cause, Pétronille accepte, allège son portefeuille de chômeuse de quelques billets supplémentaires, et traverse Paris  en métro à l'aube, le regard vide (avouons-le), avec chevillée au corps la sensation que ce sera une longue, très longue, très très longue journée.

(Effectivement).

 
3e étape : le déménagement en lui-même ou comment se muscler les cuisses durablement grâce au transport de cartons sur 5 étages. Tout ceci en se posant des questions existentielles de type : " (un juron) Mais comment ce (encore un juron) lit a bien pu réussir à monter jusqu'au 5e alors que, très visiblement, il est dix fois trop grand pour la cage d'escalier et refuse obstinément de redescendre (juron bien senti) ???". Sans oublier les papotages avec les voisins, les « ah vous nous quittez ? », « ah on va bien vous regretter ! », « bonjour ça va ? » (c’est Monsieur Ca-va, le voisin qui dit toujours « bonjour ça va ? »), « j’espère que vous aurez une plus grande cuisine, parce que vous savez, c’est important d’avoir de la place pour cuisiner, d’ailleurs moi, ma cuisine…. » (et comme ça pendant 15 minutes au beau milieu du 3e étage, tandis que vous suez à grosses gouttes sous le poids de 3 cartons de livres)…


4e étape : parvenir à rejoindre le 16e arrondissement avant 10h du matin, car c’est l’heure à laquelle votre délicieuse concierge (qui détient, précieux sésame, les clefs permettant de faire entrer la camionnette dans la cour, évitant ainsi de bloquer la circulation à fort taux de Ferrari rutilantes et de conducteurs énervés) part en week-end. Arriver à 10h, c’est déjà un défi, mais quand votre quartier se trouve être l’épicentre de trois manifestations simultanées, ça devient le casse-tête du siècle. Pas la peine de demander aux policiers en faction devant votre rue par où vous devez passer pour contourner le flux des manifestants, ils vous répondent tous la même chose « je sais pas, je suis pas de Paris, et circulez ma petite dame ! ». Bon, par l'Est des manifestants futurs propriétaires de cirrhoses carabinées profitent du feu rouge pour tenter de monter sur le toit de la camionnette pour y agiter leurs banderoles, ce qui amène Pétronille à adresser de ferventes prières à des saints divers et variés, des fois qu'il en existe un spécialisé en passage ultra-rapide au feu vert (ça semble marcher, heureusement). Passons par l'Ouest, alors, où le trajet se passe sans trop d'encombres, si ce n'est de fréquents arrêts pour laisser passer d'autres manifestants, plus sobres mais tout aussi déterminés, tout cela avec en fond sonore le tic-tac de la montre qui indique que la concierge vient de boucler sa valise et s'apprête à prendre la clef des champs.


Finalement, la camionnette arriva à 9h58 et la concierge (jetant au passage un regard appréciateur sur le carton qui avait contenu des sacs à paillettes) accepta de nous laisser quelques minutes de plus, le temps de tout décharger dans la cour. La suite fut plus paisible, puisque, vous le savez déjà, le nouvel immeuble possède un ascenseur. Tiens, c'est tellement chouette que je l'écris encore une fois, et que je me gargarise la bouche de ces douces syllabes : as-cen-seur.
par Petronille publié dans : Pétronille, sa vie, son oeuvre
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