Oyez, oyez, chers lecteurs, Pétronille vous l'avait promis : elle l'a fait.
Elle a enfin déménagé.
Ce qui, vous vous en doutez déjà, ne fut pas une mince affaire.
Mais commençons par le commencement.
1e étape : faire les cartons.
Là, le lecteur ricane sous cape : rien de plus facile, a priori. Oui, mais quand on a 3 jours
pour déménager, la question incontournable est : on les trouve où, les cartons ? La réponse s'est avérée relativement simple : dans la rue. L’avantage d’habiter dans un quartier
foisonnant de petits commerces, c’est que le mercredi soir, les rues débordent de cartons soigneusement pliés attendant le passage des éboueurs. Voici donc Pétronille arpentant sans relâche les
rues et ruelles, zigzaguant entre les poussettes, les livreurs de pizza et les longues jambes des gens attablés en terrasse, ramassant au petit bonheur la chance des piles de cartons (impossibles
à porter facilement : se munir au préalable de ficelle pour les lier ensemble). Ce qui donna à son déménagement un petit air éclectique du plus bel effet, ses affaires étant réparties entre des
cartons pour sauce nuôc-mam, bigoudis chauffants, sacs à paillettes, et - le clou de la collecte - blousons en cuir à l’effigie de Johnny.
2e étape : trouver une camionnette.
Il est aisé de deviner que dénicher une camionnette pour déménager 48 heures avant le jour J
relève du défi le plus insensé, mais Pétronille y parvint néanmoins grâce à une chance insolente. Seulement voilà, la veille, un coup de fil del'agence de location vient signaler que la
camionnette en question vient comme par hasard d'être accidentée, et qu’elle n'en a pas d'autres à proposer. Heureusement, le cousin de l'oncle du petit copain de votre interlocutrice
possède un garage à l'autre bout de Paris, et il sera ravi de vous louer une plus petite camionnette pour 100 euros de plus, à condition de venir la chercher avant 8 heures du matin. En désespoir
de cause, Pétronille accepte, allège son portefeuille de chômeuse de quelques billets supplémentaires, et traverse Paris en métro à l'aube, le regard vide (avouons-le), avec chevillée au
corps la sensation que ce sera une longue, très longue, très très longue journée.
(Effectivement).
3e étape : le déménagement en lui-même ou comment se muscler les cuisses durablement grâce au transport de cartons sur 5 étages. Tout ceci en se posant des questions
existentielles de type : " (un juron) Mais comment ce (encore un juron) lit a bien pu réussir à monter jusqu'au 5e alors que, très visiblement, il est dix fois trop grand pour la cage d'escalier
et refuse obstinément de redescendre (juron bien senti) ???". Sans oublier les papotages avec les voisins, les « ah vous nous quittez ? », « ah on va bien vous
regretter ! », « bonjour ça va ? » (c’est Monsieur Ca-va, le voisin qui dit toujours « bonjour ça va ? »), « j’espère que vous aurez une plus grande
cuisine, parce que vous savez, c’est important d’avoir de la place pour cuisiner, d’ailleurs moi, ma cuisine…. » (et comme ça pendant 15 minutes au beau milieu du 3e étage, tandis
que vous suez à grosses gouttes sous le poids de 3 cartons de livres)…
4e étape : parvenir à rejoindre le 16e arrondissement avant 10h du matin, car
c’est l’heure à laquelle votre délicieuse concierge (qui détient, précieux sésame, les clefs permettant de faire entrer la camionnette dans la cour, évitant ainsi de bloquer la circulation à fort
taux de Ferrari rutilantes et de conducteurs énervés) part en week-end. Arriver à 10h, c’est déjà un défi, mais quand votre quartier se trouve être l’épicentre de trois manifestations
simultanées, ça devient le casse-tête du siècle. Pas la peine de demander aux policiers en faction devant votre rue par où vous devez passer pour contourner le flux des manifestants, ils vous
répondent tous la même chose « je sais pas, je suis pas de Paris, et circulez ma petite dame ! ». Bon, par l'Est des manifestants futurs propriétaires de cirrhoses carabinées
profitent du feu rouge pour tenter de monter sur le toit de la camionnette pour y agiter leurs banderoles, ce qui amène Pétronille à adresser de ferventes prières à des saints divers et variés,
des fois qu'il en existe un spécialisé en passage ultra-rapide au feu vert (ça semble marcher, heureusement). Passons par l'Ouest, alors, où le trajet se passe sans trop d'encombres, si ce n'est
de fréquents arrêts pour laisser passer d'autres manifestants, plus sobres mais tout aussi déterminés, tout cela avec en fond sonore le tic-tac de la montre qui indique que la concierge vient de
boucler sa valise et s'apprête à prendre la clef des champs.
Finalement, la camionnette arriva à 9h58 et la concierge (jetant au passage un regard appréciateur sur le carton qui
avait contenu des sacs à paillettes) accepta de nous laisser quelques minutes de plus, le temps de tout décharger dans la cour. La suite fut plus paisible, puisque, vous le savez déjà, le nouvel
immeuble possède un ascenseur. Tiens, c'est tellement chouette que je l'écris encore une fois, et que je me gargarise la bouche de ces douces syllabes : as-cen-seur.
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