Pétronille sent soudain tout le poids de la honte lui écraser les épaules (plus le sac à dos d'un monsieur). Tu dois le savoir, lecteur, Pétronille est une vilaine, vilaine chômeuse. Pétronille prend tes sous, gagnés à la sueur de ton front, et s'en sert pour rester toute la journée dans sa maison, vautrée sur son canapé (ceci est une image, hein, je n'ai même pas de canapé), les doigts de pieds en éventail, à siroter du Porto en bouquinant, et à s'abrutir de téléfilms de M6 à base de bébé handicapé volé à la maternité par une infirmière psychopathe qui est en fait un homme (je résume, mais c'est souvent bien plus compliqué que ça, ces intrigues télévisuelles).
Pétronille va même probablement plus loin et pousse le vice jusqu'à boire l'argent du contribuable dans les bars mal famés du 16e arrondissement où elle regarde des matchs de foot en boucle à s'en faire péter les pupilles.
Et bien sûr, Pétronille refuse absolument de chercher du travail. Elle préfère rester là comme une grosse crêpe, engraissant tranquillement grâce aux deniers de l'Etat, et entretenant se cellulite à coups de tablettes de chocolat achetées avec tes sous, lecteur imprudent.
Honte à elle, jetez-lui des pierres à cette feignasse dépravée.
Ouais, euh...bon...comment dire... je dois quand même rectifier un ou deux trucs.
D'abord, je continue à payer des impôts sur ce que j'ai gagné l'année dernière. Donc les sous que me verse l'Etat sont aussi les miens, que je verse régulièrement au Trésor Public depuis 5 ans.
Ensuite, contrairement à la vision idyllique dépeinte ci-dessus, il faut savoir que les téléfilms de M6, c'est chiant. Que passer des journées sans parler à personne, sans se sentir utile, c'est chiant aussi. Et que je ne demande que ça, moi, de retravailler. J'adore ça, moi, travailler.
Voyons.
L'année dernière, je gagnais plus de 2000 euros (dont 1/3 directement reversé dans les caisses de la SNCF, qui s'en servait probablement pour payer les grévistes à cause de qui je ratais mes trains). Aujourd'hui, j'en touche à peine 900 (ce qui n'est déjà pas si mal, par rapport à d'autres).
La moitié de ce que je touche part dans le loyer, l'électricité, le gaz, le téléphone.
Restent 450 euros dont 100 partent aux Impôts ci-dessus mentionnés.
Restent 350 dont 50 de Sécu et Mutuelle, et 50 de tickets de métro pour me rendre dans les bibliothèques où je travaille (car je gagne encore trop pour bénéficier de la réduction sur les transports).
Restent donc 250 euros par mois (soit 8 euros par jour) pour manger, m'habiller, me laver, m'acheter des livres... sachant qu'en plus l'Assédic oublie parfois de signaler au Rectorat que j'ai "pointé" (en tant que chômeuse de l'Education Nationale, c'est le Rectorat qui me "paie" : je "pointe" aux Assédic, qui préviennent le Rectorat, qui me verse des sous), je suis souvent payée avec 15 jours de retard. Donc 250 euros pour vivre à Paris pendant 45 jours, je me demande si c'est vraiment 'trop"... (heureusement que je n'ai pas en plus des enfants à charge, je me demande comment font les mères et pères de famille).
Alors, bien sûr, l'ANPE m'a proposé, "au vu de mes compétences" (..?!?) de devenir commerciale en téléphonie mobile à mi-temps (pour info, mon portable personnel est un millésime 1999, c'est dire si j'y connais quelque chose ! Par contre, je peux peut-être mettre mes compétences à profit pour vendre le dernier N*kia "bleu Klein" ou le dernier Ericss*n avec Picasso en fond d'écran ??). Je gagnerai donc encore moins, mais je retrouverai ma dignité bafouée, je pourrai quitter le monde des statistiques infâmantes pour rejoindre les honorables travailleurs et marcher la tête haute dans les rues sans faire honte à mon pays, qui me nourrit.
Alors voilà. Mes parents ont travaillé pendant 35 ans pour me payer des études, et travaillent encore aujourd'hui pour me prêter des sous quand l'Assédic m'oublie. Je suis docteur. J'ai travaillé et cotisé pendant 5 ans. Je veux travailler. On est plein dans ce cas, des jeunes trentenaires diplômés, dynamiques, motivés, à se retrouver à chipoter sur le prix de la motte de beurre parce qu'on a à peine de quoi payer notre loyer. Et parce qu'il y a effectivement quelques profiteurs, l'Etat nous stigmatise et nous demande de vendre des téléphones portables.
Ce serait bien que les gens qui prennent des décisions pour le bien de tous descendent de leur monde tout rose pour voir comment c'est, concrètement, la vraie vie.
Au fait, ce n'est pas aussi l'Etat (et donc, les contribuables, dont je suis) qui paient le salaire des sénateurs, dont, je vous signale 25 % n'est pas imposable ?
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