S'il y a une tradition pétronillesque à laquelle il est difficile de déroger,
particulièrement quand on s'appelle soi-même Pétronille, c'est bien celle du film du dimanche soir. Souvenez-vous, lecteurs trentenaires, du jingle émouvant annonçant le film du
dimanche soir, lorsque vous étiez petits et que vous deviez aller vous coucher, et plus vite que ça, tu t'es brossé les dents, qui signifiait que le week-end était fini. Aujourd'hui, le film du
dimanche soir dans toute sa splendeur, à savoir peuplé de Steven Seagal aussi loquaces qu'une huître, de Schwarzenegger tout en mâchoires serrées, et de Mel Gibson encore appétissants, n'existe
plus (ou mal).
Heureusement, pour pallier ce manque télévisuel, il existe l'alternative
cinématographique pétronillesque communément appelée "la bonne bouse du dimanche soir". Hé oui, lecteurs, il y a des films qui ne peuvent être vus au cinéma que le dimanche soir, lorsqu'après une
journée riche en balades en tous genres, expos photo, musée et lecture avide sous un arbre, il vous reste tout juste assez de forces pour vous écrouler avec un petit sachet de bonbons
tout en gélatine à fort potentiel de vache folle et en saccharose de synthèse (comptez environ 5 € pour trois bonbons), sur un siège moelleux devant un écran qui va vous diffuser un film devant
lequel vous n'aurez ab-so-lu-ment pas besoin de réfléchir, d'autant que le lendemain le boulot reprend. Aaaaah, c'est bon.
Dimanche soir fut donc le soir "Die Hard 4", il est de retour, il en redemande.
Après une belle expo, un peu de vélo et une pinte désaltérante, il ne manquait que Bruce Willis pour que la journée se termine en beauté. Toute la plus pure tradition du blockbuster américain
déployée rien que pour vos yeux. Des méchants européens, allez hop, finis les films de guerre froide avec les méchants soviétiques à front bas et les films plein de terroristes barbus, on essaie
de se montrer moins manichéen. Mais surtout, des méchants increvables, il faut bien le dire. La belle plante qui se prend moult directs du droit bien sentis en plein dans le nez, et qui, pour
faire bonne mesure, se fait jeter dans moult étagères et vitres (c'est fou le nombre de vitres à briser qu'on peut trouver dans un bureau du FBI de nos jours) avant de se faire écrabouiller par
une voiture contre un mur, se relève toujours, là où une Pétronille normale aurait succombé et rendu l'âme dans un affreux crachotement de sang au bout du 2e coup de poing, en étant optimiste.
Même chose pour les autres méchants, défoncés par des voitures, tombant d'hélicoptères en flammes, dont le corps a probablement été génétiquement programmé pour résister aux pires douleurs, ah
ils sont forts ces méchants.
Pourtant, pourtant, ils périssent progressivement sous les coups d'un seul homme,
peu avare en phrases cultes et finaudes de type "je ne suis pas un héros, petit" ; "je ne fais que mon boulot, gamin", "je me bats seul contre tous car sinon personne ne le ferait, mec". Le
second degré des premiers opus a été oublié au passage ; on n'est plus dans l'Amérique conquérante des années 90 mais dans celle qui doute
et qui a peur. Et c'est là qu'on se pose la question tragique qui avait déjà alerté Austin Powers, grâces lui en soient rendues : mais les scénaristes pensent-ils à la famille des hommes de main
? Quelqu'un imagine-t-il que tous ces hommes musclés sanglés dans des combinaisons noires, faisant exploser des tunnels et piratant le système informatique du FBI, aiment à jouer au base-ball
avec leurs petits rouquins le dimanche après-midi tandis que leur fidèle épouse fait refroidir l'apple pie sur le rebord de la fenêtre ? Hein, vous y pensez un peu, hum ?
Des méchants, enfin, qui n'apprennent décidément rien de la destinée des milliers de
méchants qui les ont précédé. Futurs méchants, on ne vous le dira jamais assez : pourquoi buter systématiquement tous les gens inutiles tandis que vous menacez pendant des heures le héros de
votre flingue ? Cessez de parler et de lui expliquer le pourquoi du comment, cessez d'attacher des otages qui ne vous servent à rien.
Voilà, ceci était la fin des conseils pétronillesques pour un public de futurs
méchants à gros yeux et mâchoires carrées. Et la fin de cet article hautement intellectuel pour un public de lecteurs qui a/ sont coincés au boulot alors que leurs copains se dorent la pilule sur
une plage de sable fin, et ont donc besoin de lire n'importe quoi qui les éloigne un peu du boulot ou b/ sont en vacances, l'esprit tellement léger qu'ils peuvent lire n'importe quoi ; dans les
deux cas, félicitations, pour n'importe quoi vous êtes au bon endroit !
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