Chers lecteurs, il est temps que Pétronille vous révèle sous le sceau du secret quel fut le cadeau reçu pour ses 30 ans : une place pour le concert des Rolling Stones, samedi dernier au Stade de France. Gloups, ça change des petites salles confidentielles.
Lorsqu'une Pétronille en couches culottes se dandinait sur les accords de Mother's little helper il y a de cela fort fort longtemps (elle n'avait même pas encore les cheveux rouges, c'est dire), elle n'imaginait pas que fort fort longtemps plus tard elle assisterait au concert de Stones encore relativement frais.
Tout commence à 17h, heure de l'ouverture des portes du stade, de taille démesurée. 60 000 personnes, c'est quand même la population d'une ville, un peu angoissant... Des buvettes dans tous les coins, des odeurs de churros et de barbecue partout qui, j'espère, ne resteront pas associées pour toujours dans ma mémoire à Mick Jagger. Petite queue à l'entrée, le type juste devant moi se fait refouler parce qu'il transporte un opinel (ça commence bien), celui d'à côté a emmené un pack de bouteilles de coca, ah ben non monsieur, vous devez enlever tous les bouchons, quoi mais j'ai 16 bouteilles, comment je les transporte, écoutez monsieur soit vous buvez vos 16 bouteilles ici, là, sous mes yeux éblouis, soit vous les faites entrer sans bouchons (distribution gratuite de coca pour tout le monde). Ah mais je vois que vous avez aussi 6 bouteilles de bière, mais les bouteilles en verre sont interdites, alors soit vous les buvez ici, sous mes yeux ébahis, soit on vous verse leur contenu dans des gobelets en plastique, que vous coincerez sous vos aisselles et entre vos genoux parce que vos mains sont déjà prises par les bouteilles de coca, humpf.
On s'assoit par terre dans le stade avec notre pique-nique. Pétronille, probablement marquée par les diffusions télévisuelles des concerts de Johnny, s'attend à voir plein de vieux rockers chevelus et tatoués sentant la bière (les clichés ont la peau dure) et se retrouve plongée dans le monde merveilleux des gens normaux, familles proprettes, cadres moyens en pantalon à pli, trentenaires en k-way (ben oui, il pleuvait samedi, chers lecteurs). De petits plaisantins aux 1ers rangs ont amené des cocotiers gonflables, histoire de rappeler des souvenirs cuisants à Keith Richards. L'heure tourne, Pétronille, mue par un besoin somme toute naturel quand on a eu droit à plein de coca gratuit, va faire un petit tour du côté de ce que les organisateurs ont appelé pompeusement les toilettes. Ah ah, la voilà qui se retrouve devant une rangée de petites cabines indépendantes les unes des autres et placée devant un dilemme terrible : si tu fermes la porte, il fait nuit noire à l'intérieur, mais si tu la laisses ouverte (comme 99,99% des mâles), tout le monde te voit. Ca commence bien (bis).
Et les Stones, dans tout ça, me direz-vous ? C'est quand même le coeur du sujet non ? Que vous dire, chers lecteurs, à part que les Stones, dernier mythe vivant, ont été fidèles à eux-mêmes et c'est bien ce qu'on leur demandait ? Ron Wood toujours un peu surpris d'être là, Charlie Watts flegmatique avec son jeu de poignets très british, Keith Richards, un peu mou du genou, clope au bec, le coude nonchalamment appuyé sur le micro nous faisant quelques accords bluesy et Mick, aaah, que vous dire à part que Pétronille, solide trentenaire, s'est prise à fantasmer sur son déhanché légendaire alors qu'il a l'âge de son grand-père ? Que voulez-vous ? Comment résister au pantalon moulant, aux tee-shirt à paillettes et vestes en satin, et aux petites phrases en français ? Pendant deux heures, il a couru partout, sauté, dansé, une vraie bombe sexuelle, aucun doute là-dessus, comment peut-on raisonnablement fantasmer sur Orlando Bloom de nos jours quand on a Jagger sous la main, hein, je vous le demande ?
Alors bien sûr, star oblige (ou 65 ans oblige ?), on n'a eu droit qu'à un rappel, constitué en tout et pour tout de Jumpin' Jack Flash, et rien d'autre, pas de Paint it black déchaîné, c'était quand même un peu sec comme final, on est loin des rappels à l'infini d'un Jehro inépuisable. Mais bon, Pétronille pourra dire qu'elle a vu les Stones, et ça, comme dirait l'autre, "ça n'a pas de prix", ah ah.
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