Jeudi 22 mai 2008
Depuis qu'elle est au chômage, Pétronille (moi, donc) n'a plus à traverser la France pour aller enseigner à de jeunes adultes perturbés par leurs hormones. Quand elle prend le train, c'est en général pour d'émouvantes retrouvailles familiales à fort potentiel de tomates farcies et de tarte aux myrtilles, et ce, quand elle en a les moyens. Le train est en effet devenu un luxe financier (surtout pour les chômeurs, qui, rappelons-le, ne bénéficient pas de réductions), sauf si on a su prévoir 3 mois à l'avance que Tante Suzon ferait une crise cardiaque, auquel cas on peut espérer profiter d'une réduction. Mais vu le prix d'un départ à la dernière minute (c'est-à-dire 15 jours à l'avance), mieux vaut se payer un week-end de 4 jours à Rome.

Bref, pour exorciser une année de galères essennecéeffesques, Pétronille a donc aujourd'hui testé pour vous :

"commander des billets de train par Internet"
[sous-titre : sur le nouveau site Internet de l'agence]

Première recommandation [et peut-être la plus importante de toutes] : ne jamais se connecter au site sans avoir prévu un fauteuil confortable, un exemplaire de Guerre et Paix et un énorme paquet de gâteaux au chocolat (risque d'hypoglycémie).
En effet, la page d'accueil est totalement incompréhensible, avec plein de photos partout qui sautillent, sans oublier en fond sonore la petite musique crispante de la gare qui ne nous est même pas épargnée. On est d'ailleurs tenté de cliquer sur n'importe quoi pourvu que ça s'arrête, et c'est comme ça qu'on se retrouve à investir dans une carte famille nombreuse alors
qu'on n'a même pas l'ombre d'un enfant (à part la joueuse de flûtiau du 7e étage, qui commence à faire partie de la famille).
Si ta télé tombe en panne et que tu souhaites occuper tes enfants coincés à la maison à cause de la pluie, je te conseille donc, lecteur bien-aimé, de les coller devant cette page d'accueil et de leur demander de trouver sur quoi cliquer pour accéder à la vente de billets en ligne. Cela présente l'avantage de te laisser le temps de faire le repassage de la semaine.

[Dans ma grande bonté, je t'indique donc, lecteur, la solution de l'énigme : clique en haut à droite sur la rectangle blanc, là où "acheter" est écrit en tout petit.]

Ensuite une deuxième fenêtre s'ouvre, comme ça ton vieil ordinateur se met illico à peiner et à souffler comme un forçat, ce qui va faciliter ta concentration. Tu tombes donc sur une page pleine de pubs, où on t'aguiche avec des prix de dingue de type "aller-retour Paris-Amsterdam pour 15 euros". Pour te faire gagner du temps, je te le dis de suite, n'y songe même pas, sauf si tu souhaitais justement partir le lundi matin vers 5h41 et rentrer le mardi matin vers 2h12. Le reste du temps, ça fera 160 euros.

Ne te laissant pas déconcentrer, tu remplis les cases dans le petit encadré bleu, à gauche. Tu entres le nom de ta ville de départ. Si c'est Paris, ça va. Sinon, le site te propose des dizaines de noms de villes à peu près équivalents (par exemple, si tu pars de Tours, il va te proposer plein de villes qui ont aussi un "R" dans leur nom, c'est pas génial, le progrès ?).

Si tu tapes Paris, le site, pour te montrer qu'il t'a compris et qu'il est trop intelligent, va dérouler un petit menu où il te propose de cliquer sur "Paris". Si tu ne le fais pas (après tout, tu viens de le taper, tu as envie de garder ton propre texte), le site va planter. Ausis je te conseille de ranger ton orgueil au placard et de cliquer sur la proposition du site.

Au moment de préciser l'horaire du train souhaité, fais bien attention, lecteur naïf, à entrer précisément l'heure qui t'intéresse car le lien "voir les trains suivants" n'a jamais, de mémoire d'homme, fonctionné.

Jusque-là, tu crois que tout va bien et tu commets l'erreur fatale : tu cliques sur "Continuer".
Là, deux possibilités :
- soit, au lieu de proposer des horaires, le site te demande combien de voyageurs vous serez et si vous avez des cartes de réduction. Pourquoi cela n'est-il pas intégré dans le formulaire de la page précédente ? Mystère insondable s'il en est.
- soit, et c'est le cas le plus fréquent, tu te retrouveras sur la même page, avec cette délicieuse phrase cultissime écrite en rouge, en petit, en haut de la page : "Une erreur technique est survenue. Nous vous prions de bien vouloir nous en excuser".

Si tu n'as pas ce message d'erreur, n'aie crainte, cela signifie simplement que tu l'auras plus tard, au moment où tu auras sélectionné les horaires qui te conviennent.

Si tu as une ou deux heures devant toi, et si tu n'as pas encore balancé ton ordinateur par la fenêtre au bout de la trentième mention de l'erreur technique, tu peux donc réitérer l'opération dans l'espoir que cette [censuré] Erreur Technique [mettons-lui des majuscules, car elle le vaut bien] soit finalement réparée. Bien sûr, le train que tu voulais est maintenant complet puisqu'entre-temps 150 autres internautes ont réservé les dernières places, et tu dois te rabattre sur le train suivant, plus cher, évidemment.

L'Erreur Technique peut également survenir, comme ma chère maman s'en souvient encore, au moment d'imprimer ton billet. Car oui, lecteur, tu peux choisir d'imprimer ton billet à domicile. A tes risques et périls. Car si l'Erreur Technique fait sa majestueuse apparition au moment où tu veux l'imprimer (c'est-à-dire une heure avant de prendre ton train), personne, pas même saint Christophe lui-même, ne peut plus rien pour toi.
- à la gare, les gens du guichet (que tu parviens à approcher après trois heures de queue, puisque seuls 2 guichets sur 36 sont ouverts) te rient au nez en te disant qu'ils n'ont pas accès à cette fonction mais que tu devrais envoyer un mail au service maintenance,
- si tu envoies un mail au service maintenance, on te répond cordialement que ton problème sera traité dans les 48 heures minimum (oui, euh... mais mon train est dans une heure),
- si tu téléphones au service maintenance, on te répond tout aussi cordialement qu'on ne sait jamais combien de temps ça prend, de résoudre une erreur technique, et qu'en attendant, il est impossible de te fournir un autre billet (et comme c'était un billet non échangeable, non remboursable, tu l'as dans l'os, évidemment) mais que tu peux leur écrire un mail récapitulant ton problème (voir paragraphe précédent).

Il existe cependant une solution ultime,
réservée aux veinards qui habitent près de la gare du Nord : se rendre dans un service particulier, dans les bas-fonds de ladite gare, où des agents planqués derrière une vitre (vu le visage mécontent des usagers qui font la queue, ça se comprend) peuvent éventuellement t'aider.

Ce qu'il ressort de cet article pétronillesque du jour, c'est que je te recommande vivement, cher lecteur, la voiture, le tracteur, le skateboard, le stop, le tandem, le side-car, voire la randonnée, si tu dois te déplacer.
par Petronille publié dans : Testé pour vous
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Vendredi 19 octobre 2007

Chers et bien-aimés lecteurs, ne vous laissez pas abuser faussement par le titre de cet article. Pétronille précise immédiatement qu'elle n'est absolument pas en train de proférer des insultes envers son lectorat chéri, lequel ne se trouve pas non plus subitement propulsé au coeur d'une chronique animalière digne des émissions nocturnes qui entretiennent gaiement nos pires insomnies.

Non. Si elle écrit aujourd'hui, c'est pour partager avec vous une joie nouvelle qui l'assaillit à un moment où elle s'y attendait le moins. Mais lisez plutôt : lors d'une fin de journée relativement habituelle, alors que Pétronille avait passé l'après-midi à se cailler les pieds (qu'elle a mignons mais frileux) devant son ordinateur, cherchant à mettre du sens dans des phrases qui, mises bout à bout, ne voulaient décidément pas en produire, le mâle de la maisonnée rentra avec un petit sourire en coin, généralement annonciateur de félicités diverses et variées. Tout fiérot, il tendit à Pétronille un petit paquet cadeau, qui, une fois ouvert, révéla son contenu aussi romantique que poétique : un CD intitulé Le sens du poil. Joli programme, en vérité. Et c'est ainsi que Pétronille découvrit un monde nouveau, celui d'un groupe lillois nommé Les Blaireaux (hé oui, d'où le titre de cet article, comme quoi tout vient à point etc etc).

Non contente de découvrir avec un regard extasié et un gros fou rire la douce mélodie de la non moins poétique Auberge du chat qui pète (à écouter d'urgence, surtout en cas de gros coup de ras-le-bol lié aux joies de la grève des transports, du temps maussade, de la chaudière capricieuse, des voisins psychotiques et autres désagréments qui peuvent vous être tout personnels, lecteurs), Pétronille se rendit en urgence acheter des places pour voir de ses propres yeux ébahis et néanmoins éblouis ces 6 spécimens blairesques en concert à Paris.

Le grand Soir, lecteurs, c'était hier. Et au sortir de ce concert, Pétronille s'est décidée à leur faire sans vergogne et avec ses petits moyens une publicité qu'ils méritent amplement. Car ce concert fut une débauche de chansons drôles, fines et enlevées, rehaussées par les banjo, trombone, saxo et autres accordéons. Les Blaireaux sont d'attachantes petites bêtes, prenant un plaisir communicatif à jouer pour un public très rapidement tout acquis à leur cause, d'autant qu'en plus de la musique - ce qui était déjà beaucoup - ils nous ont carrément offert un véritable spectacle, un feu d'artifices de chorégraphies, de saynètes, et d'imitations en tous genres, de quoi nous donner à tous envie de rire, de sauter partout... et de revenir les voir. Bref, lecteur, ne boude pas ton plaisir, et va faire un tour dans leur terrier.

Le mot de la fin leur revient : "merci d'être velus".

Pétronille ne voit rien à ajouter à cela.

par Petronille publié dans : Testé pour vous
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Lundi 16 juillet 2007

Aujourd'hui Pétronille se la joue bonne copine et carrément partageuse en se mettant au service de ceux de ses lecteurs qui voudraient épater une amoureuse (ben oui, un homme qui cuisine, c'est sexy, on ne le dit pas assez), ou inversement, en leur offrant, avec l'autorisation bienveillante de sa copine Paloma, la recette du gaspacho andalou dont Pétronille s'envoie des litres par jour, que voulez-vous, c'est tellement bon (et bon à la santé, rajouterait insidieusement ma mère). C'est un plat qui peut se déguster en apéritif en se regardant amoureusement dans le blanc des yeux (si on est au début d'une relation) ou qu'on peut manger en plat principal devant une série télé de type "Six Feet Under" pour ne pas en citer (en cas de relation plus ancienne ou de célibat prolongé ou de soirée filles : que voilà un plat qui sert à toutes situations !).

Alors lecteur, n'attendons pas plus longtemps, je te laisse prendre un papier et un stylo, d'autant qu'il faut préparer ce délicieux gaspacho au moins 5 heures à l'avance, ça te laisse juste le temps de faire tes petites courses et d'appeler ta belle pour un dîner à la bonne franquette.

Recette pour 6 personnes (ou pour une seule, dans le cas pétronillesque de gaspachophagie aigüe) :

*Peler et épépiner un concombre. En débiter les 3/4 en morceaux et garder le reste pour servir.

*Peler et épépiner un kilo de tomates et en débiter les 3/4 également.

* Retirer les graines d'un demi poivron rouge et le tailler en morceaux.

* Emietter 4 tranches de pain de mie dans un saladier et arroser de 20 cl de bouillon froid et de 5cl de vinaigre de Xérès.

* Peler 2 oignons blancs et 2 gousses d'ail et les ajouter aux morceaux de légumes dans un autre saladier : mixer et laisser macérer 2 heures au frais.

* Mixer ensuite ces légumes avec le jus de macération. Incorporer le pain trempé tout en mixant.

* Ajouter du sel et du tabasco.

* Réserver au frais au moins 3 heures. Servir avec des branches de céléri et des dés de tomates et de concombres.

Voilà, ne me remercie pas, lecteur, envoie-moi juste un faire-part quand tu épouseras ta douce éblouie par tes talents culinaires exotiques ou un simple commentaire pour me dire comment tu t'en es sorti et si tu as eu du succès, ça me fera plaisir.

par Petronille publié dans : Testé pour vous
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Samedi 30 juin 2007

Aujourd'hui, Pétronille s'adresse à la lectrice parisienne qui sait de quoi je parle, et à la lectrice provinciale, jeune insensée qui rêverait d'être à Paris pour faire les soldes au lieu de devoir se taper les éternels mêmes magasins de sa jolie ville. C'est pour rétablir la vérité sur les soldes parisiennes que Pétronille, courageusement, et sans même qu'on le lui demande, c'est dire son abnégation totale au service de ses lectrices, s'est décidée à tester pour vous : "faire les soldes à Paris".

Précisons avant toute chose que "faire les soldes à Paris", en langage pétronillesque, ce n'est absolument pas arpenter les belles avenues en déambulant de manière désinvolte devant les vitrines Pr*d*, G*cci et autres créateurs dont les boutiques sont gardées par des cerbères en costard qui vous ouvrent la porte si vous avez une tête à avoir un compte en banque bien garni ou un époux en voyage qui vous aurait laissé sa carte bleue pour vous consoler. Pétronille, en bon membre de l'Education Nationale en situation précaire, n'a absolument pas les moyens (ni l'envie, pour être franche) de se payer ce genre de choses, et se contente de faire les soldes dans des boutiques de filles bien plus abordables.

La 1e étape, et non la moindre, est de parvenir à entrer dans le magasin, devenu l'antre d'une marée humaine extrêmement impressionnante qui fait passer la foule d'un concert des Stones pour de gentilles familles en promenade digestive un dimanche de printemps. Sages et avisés, les fiancés de ces mesdames attendant tranquillement adossés au mur en face de la porte d'entrée en se grillant une clope ou envoyant des textos complices à des copains dans la même situation - exception faite des malheureux dont l'amoureuse a ab-so-lu-ment besoin de l'avis pour savoir si telle robe lui va.

2e étape : parvenir à approcher un rayonnage, voire, en cas de chance extrême, toucher les vêtements et pouvoir en sélectionner quelques-uns, puis, en cas de miracle incroyable - merci sainte Rita - trouver sa taille. Jusque-là, la lectrice provinciale (sans aucune condescendance, hein, Pétronille étant provinciale elle-même et très contente de l'être) ne voit pas de grande différence avec les soldes dans sa ville à elle. Alors sache, douce lectrice, qu'à Paris, la shoppeuse est capable de t'arracher des mains un pull que tu avais placé sur ton avant-bras avant de s'enfuir sournoisement, tandis que d'autres te filent des coups de coude ou de parapluie (ben oui, il pleut à Paris) pour se frayer un chemin vers la robe dont tu rêves depuis 15 jours. La queue vers les cabines d'essayage pouvant aller jusqu'à l'entrée du magasin, tout le monde est agglutiné devant les quelques miroirs dispersés dans le magasin et se pousse à qui mieux mieux pour avoir la chance de s'entr'apercevoir dans le reflet. Et surtout, surtout, lectrice, tandis que tu essaies de petites choses devant le miroir, ne pose pas tes habits, même à tes pieds, car une shoppeuse qui les trouvera à son goût les embarquera pour passer à la caisse (expérience vécue, j'ai dû user de toute ma persuasion pour expliquer à la jeune touriste japonaise qui avait ramassé ma veste et voulait l'acheter qu'elle provenait d'un autre magasin, que mes clés étaient dans la poche, bref, qu'elle était à moi). Ce qui donne des scènes cocasses où te voilà à essayer une robe tout en gardant ton sac enroulé autour de tes chevilles, ta veste glissée sous une aisselle et ton jean roulé sur tes genoux.

Enfin, tout cela, bien sûr, dans la mesure où tu trouves ta taille, lectrice, car les magasins parisiens, en période de soldes, regorgent de pantalons slims taille 32 (dans lesquels seules les petites filles de 8 ans peuvent respirer sans difficulté) ou de chemisiers taille 48. Pour trouver quelque chose entre les deux, il faut avoir brûlé moult cierges à sainte Rita (patronne des causes désespérées, voir plus haut) depuis au moins le mois d'avril.

Et bien sûr (bis), il faut que les vêtements soient soldés... Car beaucoup de boutiques font apparaître comme par magie des stocks de vêtements soldés (moches et mal coupés) qui n'étaient pas en magasin avant les soldes, et mêlent judicieusement articles soldés et non soldés. Donc, en pratique, cela signifie que la superbe petite veste qui vous fait une taille de guêpe et que vous avez trouvée dans la pile de manteaux à -60% n'est en fait pas soldée et vous coûtera le prix d'un aller et retour à Rome, alors que les trucs informes et décousus, même à 9,90 euros, ne sont achetés par personne.

Bref, lectrices, Pétronille ne peut que vous conseiller : d'abord d'éviter talons et gros sacs qui s'emmêlent dans ceux des autres. Ensuite d'éviter de faire les soldes pour vous détendre après une dure journée, sous peine de finir dans un bar à descendre des mojitos pour vous calmer les nerfs après avoir failli étrangler une parisienne sans scrupules avec un pull 100% coton soldé 50%. Enfin, de faire les soldes en province, comme Pétronille, qui a trouvé plein de choses jolies, pas cher, à sa taille, sans même avoir à faire la queue en cabine ou à la caisse, et a sympathisé avec d'autres shoppeuses super gentilles. Les clichés ont la peau dure dans les articles de Pétronille, mais là, j'avoue que je n'exagère même pas et que tout est vrai.

par Petronille publié dans : Testé pour vous
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Lundi 25 juin 2007

Aujourd'hui, Pétronille a testé pour vous, lecteurs téméraires qui ne dédaignez pas, parfois, quand le coeur vous en dit, vous lancer dans des aventures risquées à fort potentiel de cicatrices et de genou écorché, les joies du vélo dans Paris.

Hé oui, la Pétronille moyenne en a quelque peu sa claque, du métro, il faut bien le dire. Des rames bondées génératrices de transpiration abondante, des chants slaves ou de l'accordéon à 19h, quand tu as toute ta journée dans les pattes, l'oeil torve, la cerne violacée, les orteils gonflés et le dos en compote et juste envie de te jeter sur ton lit en pleurant de soulagement, sans parler des mains baladeuses des types à la goutte au nez, de la chaleur ambiante qui t'oblige à ôter manteau et pull puis à tout remettre sans te faire piquer ton sac au passage, avant de ressortir, des escalators en panne pile quand tu as des talons et un ordinateur de 5 kilos dans ton sac ou qu'une mère avec une poussette te supplie de l'aider à monter ces 180 marches parce qu'aucun parisien mâle n'a daigné l'entendre quand elle le demandait poliment.

Bref. Le métro, quand on peut s'en passer, c'est pas plus mal, voilà une devise hautement pétronillesque à méditer.

L'alternative écolo-musculairement correcte, c'est le vélo. Bien sûr, le lecteur parisien aura immédiatement compris que le vélo de Pétronille a été acheté 20 euros dans une brocante, et c'est déjà presque trop cher car à Paris, qu'on se le dise et que ça se sache, aucun vélo n'est en sécurité, même solidement ligoté à coups d'antivols et chaînes en tous genres (qui te prennent 15 mn, le matin, pour les enlever, et te ralentissent dans les montées car ils pèsent deux tonnes dans ton sac). Pétronille vous en parle avec quelques sanglots étouffés, alors que le deuil de son premier vélo, petite merveille blanche n'ayant laissé derrière elle qu'un antivol sectionné gisant misérablement à terre par un matin brumeux, est à peine achevé. Les trottoirs de Paris sont jonchés de carcasses de vélos, roues défoncées, selles volées, sonnettes écrabouillées, un vrai charnier que le passant pressé regarde d'un oeil indifférent tandis qu'il évite du mieux qu'il peut une crotte de chien fumante.

Une fois en possession de son vélo, Pétronille peut s'élancer à la conquête de la capitale. Et là, lecteurs, vous attendez le "oui, mais", et effectivement, il y en a un. Un petit oui, un gros mais. S'élancer à la conquête de la capitale en vélo, c'est bien joli, mais... encore faut-il déjà pouvoir récupérer son vélo le matin, puisqu'il est coincé entre deux scooters qui l'ont un peu raboté au passage, d'ailleurs, Pétronille en profite d'ailleurs pour lancer un cri déchirant aux possesseurs de scooters : bordel de m*** (censuré) arrêtez donc de vous garer sur les parkings à vélos !!!

Bref.

Le second "mais", c'est surtout qu'il y a peu de pistes cyclables, à Paris, qu'on se le dise. Celles qui existent servent de place de parking aux camions les jours de marché, ou traversent en diagonale un boulevard meurtrier où aucune voiture ne vous laisse passer puisque de toute façon elles roulent trop vite pour vous apercevoir, perdue toute seule au milieu de l'artère, avec de la graisse noire sur vos mollets délicats. Le reste des pistes, hé bien les vélos les partagent avec : les bus - les scooters - les motos - les taxis et non, il n'y a aucune mention inutile à rayer. Je vous passe donc la joie, le bonheur, la volupté d'une balade en vélo derrière un bus à forte teneur en gaz d'échappement déversé directement du pot à vos poumons, avec, en prime, derrière vous, un taxi furax dont les pare-chocs effleurent votre roue arrière parce que vous avez l'audace de ne pas pédaler à 50 km/h. Je vous laisse imaginer l'angoisse d'une provinciale comme Pétronille, accrochée fébrilement à son guidon, réprimant une envie bien compréhensible de faire pipi, s'élançant à 18h, heure de pointe parisienne s'il en est, sur le rond-point de la Bastille, avec des bagnoles et des motos de tous les côtés.

Faire du vélo dans Paris, à moins de profiter des dimanches où les quais de Seine sont fermés aux voitures, c'est risquer sa peau, ses cheveux, ses poils, ses poumons, sa vie toute entière, sans parler des échanges de mots subtilement imagés avec les propriétaires de scooters et autres gens sympathiques qui font pipi sur vos roues pendant la nuit (oui, le parisien de nuit - rien à voir avec le parisien de jour - a la fâcheuse habitude de faire pipi là où il le peut c'est-à-dire, par ordre d'importance : contre un mur, contre une poubelle, sur votre vélo).

Espérons donc qu'avec la nouvelle politique de vélos à louer qui se met en place le mois prochain, le cycliste parisien pourra conserver encore quelque temps ses mollets, musclés avec peine à coups de pédales furieux, et qu'on finira presque par se croire à Amsterdam, Copenhague ou Strasbourg.

par Petronille publié dans : Testé pour vous
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